lundi 17 octobre 2022

Le chat de Patagonie

 Au fond de mon café

un chat de Patagonie

et un voisin

et un bateau

et le feu d'une terre recommencée.

J'écoute le monde

conversation

dans des yeux lointains.

Accoudée au bar

au fond de mon café 

un chat de Patagonie

habite une voix

une voix voiles, une voix des frontières

une voix sels et embruns.

Au fond de mon café

un chat de Patagonie

arpente les mers

dans le chant des haubans.

Je regarde ma tasse de café

pour entendre

pour fermer la porte aux bruits de bottes.

Je m'en vais

Je laisse ma tasse inachevée

pour qu'un chat de Patagonie

amarré à la mémoire d'un vieux marin

puisse s'endormir

dans une histoire racontée maintes fois,

à chaque fois semblable,

à chaque fois différente.

Mon chat de Patagonie

ramassé sur une côte aux vents rugissants,

mon chat de Patagonie est mort

dit le vieux marin.

Alors,  pour l'homme qui a traversé les mers

je laisse ma tasse de café

parce qu'un chat, un chat de Patagonie, y dort...


mercredi 7 septembre 2022

Tu dis Rugueux

 Mon pays dit "J'habite un pays rugueux"

Tu dis écailles

Tu dis sel

Tu dis épines

Tu dis sang

Tu dis " il a volé"

Tu dis " Il a donné"

Tu dis " Je t'aime"

Tu dis " Je prends"

Tu dis rugueux le souffle

rugueux le toucher

le boire, le manger, l'inspirer

Tu dis "Noir"

Tu dis "Blanc"

Tu dis négritude

Tu dis peau blanche

Tu dis le sillon dans les champs

Tu dis la trace de la dune

Tu dis nuages

Tu dis fleuve

Tu dis femmes

tu dis Talibés

Rugueux tes sillons mains

Rugueux l'amer de ta salive

Tu dis Je prie

Tu dis Meurs

Rugueux, rugueux le rônier

rugueux le mil, le sorgho, la boue, la pluie, le soleil

Tu dis écailles

Tu dis poissons

Tu dis chameau endormi

Tu dis mouton sang et couteau

Tu dis Pays

Mon pays te dit " J'habite un pays rugueux"

Rugueux les pieds

Rugueux ton sommeil, ton lit, ton livre ouvert

Rugueux tes yeux ouverts, tes yeux fermés

Tu dis Colère

Tu dis Donne moi

Tu dis Laisse moi

Tu dis Je suis douleurs

Tu dis Je danse au mariage

Tu dis Ma fille

Tu dis Eux, Elles, Pas moi

Mon pays te dit " J'habite un pays rugueux, au creux d'un oued de paroles,

dans les pierres et les levers de soleil, dans l'acacia et dans la trace des mains,

j'habite un pays rugueux, moi pays qui t'habite, moi pays qui m'habite"

Tu dis Je passe

Tu dis Je tue

Tu dis Va t'en

Tu dis Je suis ici et là bas

Tu dis rugueux le chemin et la trace des oiseaux ancêtres

Et puis tu rentres chez toi,

rugueux les murs, rugueux les regards

et tu dis " Je suis seul dans mon pays rugueux qui habite en moi 

et qui s'habite dans l'ombre d'un Alif."

Alors, assis au coin du mur, tu couds ta bouche.


Mariem mint DERWICH


mardi 7 décembre 2021

Fleur de sel

À la fleur de sel de la peau,

la pierre des chemins.

Parcourir le torrent

là où la route se termine


Et le ciel qui devient pourpre


La douleur est une grande marée

qui attache les histoires,

trame des algues à la lisière du faisceau

qui balaie la mer et la mémoire.


J'ai marché le long de l'abime

dans le feulement des vagues

J'ai cru voir

J'ai cru voir

J'ai cru voir


Accrocher ses yeux

et la mer autour

tout autour

dans les sillons du visage


C'est ainsi que le corps se dénoue bateau

pour les larges

et les routes

et les grands ressacs


J'ai vu des hommes partir

et des femmes revenir

au long des sables,

y écrire des pointillés


Et l'infinie virgule,

dans le miroir d'une histoire

murmurée la nuit,

l'infinie virgule

a arrêté l'horloge

avant mes mains

avant mon coeur 


J'ai vu le tout dedans

et j'ai donné ma parole

en échange de la mer

pour que mon sommeil

enfin

ne soit que la carte de mes vies inventées.


Mariem Mint DERWICH

jeudi 1 octobre 2020

À Trois Rivières, une question

(à Joséphine BACON) 

une question a été posée

entre le café et un gâteau,

sur une feuille rouge au sol.

Une question a été posée

Je l'ai oubliée

Quelle était la question

dans le murmure des poésies

accrochées sur un fil?

Quelle était la couleur de la question

odeurs de la réserve?

Quelle était la couleur d'une réponse

à écrire sur une dune d'ici, de là bas?

Je ne sais pas, je ne sais plus

Mais je sais qu'à Trois Rivières

une question m'a été posée dans la parole de tes yeux

J'ai répondu à la question muette : 

regarde, une femme marche...

Toi et moi, debout, la poésie dans la langue des Anciens.

Entre le caribou et le chameau

une confluence :

la mémoire des sangs et de nos mères / pères / paires / mers


Mariem mint DERWICH

samedi 4 avril 2020

Mais la mer...

Je ne sais pas la déchirure du ciel
ni le vol d'un nuage
- ils murmurent, ils murmurent -
Je ne sais pas la terre ouverte
le sang dans les sillons
et le mot enfoui

Je ne sais pas ce que raconte l'oiseau
- la fenêtre est devenue un théâtre lointain -
La vie, dehors...

Je ne sais pas
Je ne sais pas

Je ne peux pas écrire l'aube
- là, quand ça pleure de soleil naissant -

Je ne sais pas
Je ne sais pas

Mais je sais la mer
mais je sais la mer
et le chant des forêts
- laminaires -

Je ne sais pas
Je suis là
Je ne suis pas là
- Où étais-je donc ? -

Le monde s'est tu

Mais je sais les paroles de la mer

- Là bas, là bas -

Toi et moi nous n'y sommes plus

Mariem mint DERWICH


dimanche 1 décembre 2019

Rue du corps perdu...

Et soudain
mon corps
corps cage
corps arbres
corps chaud
corps dunes
corps femelle
corps encens
corps enfants
- Et soudain -
mon corps se replie

À l'orée des yeux
- et soudain mon corps -
redevient épines
corps ronces
corps cicatrices
corps sang

- Et soudain mon corps-
accroché aux haubans
contre le ciel bas
mon corps martyr
mon corps orphelin
mon corps tempêtes

Et soudain
(mon corps)
dans la seconde
s'enfuit

Et toute la mer
et tous les vents
 - et soudain mon corps -
a disparu
replié
puzzle désordonné

Un mot au monde
déposé sur la nappe en plastique
- et soudain mon corps -
n'est plus

( et mon corps soudain
se regarde, mal)

Mariem mint DERWICH


jeudi 21 novembre 2019

EAU

Nous irons en nuages
Béance des départs marées

Et le sel sur la nuit

Le vert, le rouge
Lumières

Nous irons en mouvances
Oiseaux de mer
Là où le monde ouvre les yeux

Fin de la terre
L'homme est-il nouveau?

Nous irons parler sables
Accrocher les étoiles
et mon nom, et ton nom et leurs noms
Noms voiles, noms sommeils
Eau

Et le sel sur les yeux

Nous irons vagues

N'aie pas peur me dis-tu

Je n'ai pas peur
A t'on peur de la nuit?

Nous irons en racines

Et le coeur dans les mains
Murmurera
Le port qui s'éveille

Nous irons en béances
Ma bouche à ta peau
Tes cils à mes cheveux

Et nous dormirons au monde

N'aie pas peur me dis-tu...

Mariem mint DERWICH


vendredi 16 août 2019

Au bout des nuages
l'écume tait les mots

et moi je marche

Au bout de l'eau
la note noire et la note blanche
pour le ciel, pour le sel,
pour une après-midi

Au bout d'une cale
l'horizon

(Je t'aime dis-tu)

Mariem mint DERWICH

lundi 22 juillet 2019

Note

Tu ouvres le regard
je ferme les yeux
Les paupières ne sont que mots de l'aube
( et les bateaux s'endorment à la nuit
La marée et les silences)
Tu fermes le regard
j'ouvre mes yeux

Au bout, tout au bout, tout au bout
au bout de la terre, au début de l'eau,
je lis tes yeux en mon regard fermé

Je compte les mots et la note unique

Peut-être est-ce ainsi que l'on aime...

Mariem mint DERWICH

jeudi 13 juin 2019

Ma belle histoire,

Je ne voudrais n'être que ce corps tournoyant, ma main en la tienne et ta paume que je dessine en moi, que je remplis de petits grains de sable, ceux de la mémoire, ceux qui s'endormaient au soleil sur tes chevilles là-bas, quand tout l'horizon entra en mes yeux. Au bord d'une île, au bout du monde, dans le dernier soleil avant la mer....
Je ne voudrais n'être que la brume de tes yeux soudain enfouis en les miens, aquarelle étrange et douce qui raconte un homme dans toute sa vulnérabilité.
Je ne voudrais n'être que ma tête sur ta poitrine, quand tu murmurais tes vies et que je m'accrochais à ton odeur de peur de m'envoler, de disparaître de tant de bonheur et de tant de peurs aussi, quand quelque chose lâchait en moi, se dénouait, redevenait humain et non plus pierres et déserts.
N'être, naître, renaître... vivre.
Et toi en bord de moi, en morceau de moi, en particule unique, en mots sur mon âme.
Tu es ma diagonale de l'absence et de l'amour et je respire ainsi, pointillé arc-bouté à une mémoire.
Tu es ma diagonale de l'absence et de l'amour, et du désir et de mon monde devenu duel : ta peau, ma peau. Tes yeux, mes yeux. Ton coeur et mon battement infini.
Ma diagonale amoureuse...
Et, soudain, je ferme les yeux sur un sourire de toi si beau, si émerveillé, si amoureux, si étonné...quand tu redécouvrais la puissance de la vague.
Ma diagonale amoureuse...
À jamais ancrée en moi, à jamais tatouée sur mes mots...
Et alors un Je t'aime devient l'essentiel.

MMD

mardi 23 avril 2019

La robe

Il y a au fond de l'âme mille ruisseaux
(Mais qui es-tu ?)

Il y a au fond de l'âme mille ruisseaux
ils ont pourtant lavé de sang ma robe
ma robe
mes jambes

Je n'ai pas parlé

Il y a au fond de l'âme mille ruisseaux
et une voix
et mille voix
une voix pour chaque langue disparue
ils ont lavé de sang ma robe
ma robe
mes jambes

Je n'ai pas crié

Il y a au fond de l'âme mille ruisseaux
et mon corps
corps de ma mère
corps des mères de ma mère
l'enfantement infini
le bleu du ciel
l'amour
le sucre et le thé
le sourire d'un enfant poussière
une prière
des murs blancs dans le soleil
un livre et une pensée
un phare et une étoile

Il y a au fond de mon âme mille ruisseaux
(et une robe brodée de vents)

Mais au bout du fusil des juges
le monde est vide


Mariem mint DERWICH

lundi 8 avril 2019

Mot...

Chaque mot est un tatouage
épaule nue
main ouverte
paupières et peau
Chaque mot est un tatouage

Avant l'ici, avant le maintenant,
qu'y avait-il?
Avant le début du cri
j'ai pris la route
accrochée à un mot
Avant l'hier et avant l'avant

Chaque mot volé à la route
tes yeux pour encre
- je t'aime  -
Chaque mot est un tatouage

Non, me murmures-tu,
Chaque mot est une voile

Mariem mint DERWICH




mercredi 3 avril 2019

Aube

Entre un phare et moi
un chemin herbes mouillées raconte le petit matin
Je m'habille de sable et de sel
de bois sous mes pieds

Un oiseau strie le ciel

Dis lui, dis lui, dis lui les terres infinies
Dis lui que la mer vit en nos mains
Dis lui que l'on meurt au bord d'une bouche
Dis lui la marque d'un pied dans une marée qui monte

Dis lui qu'entre un phare et moi
un chemin herbes mouillées raconte le petit matin

Plénitude

Mariem mint DERWICH






(En miroir..)

Je me suis noyée dans le jour.
Je dors.
Je te regarde.
J'ai enroulé l'algue à mon poignet

Simplicité

Mariem mint DERWICH

mardi 2 avril 2019

Tableau

Tu dors
Je te regarde
Une seconde vient de s'écouler
Une algue s'enroule au cou du monde
Le bonheur est un grain de sable
endormi sur ta cheville
Tu dors
Je t'aime

Simplicité

Mariem mint DERWICH

samedi 30 mars 2019

B., l'homme sans terre...

Que restera t'il du monde arabe
quand la Palestine sera morte?
Qui écrit l'histoire, dis moi, qui écrit l'histoire?
Où la honte est-elle tapie?
Dans les fusils des soldats
dans les yeux qui se ferment
sur la terre lointaine
Dans le silence de ceux qui s'indignent en détournant la tête?

Que restera t'il du monde arabe
et de l'âme des fontaines et des oliviers?
Qui écrit l'histoire, dis moi, qui écrit l'histoire?
Qui écrit le ciel sous les bombes des avions?
Dis moi, que restera t'il de notre âme, dis moi?

Qui dessine la terre et les maisons et les bulldozers?

Tu déposes tes yeux en mes mains
tu me racontes que tu es fils d'une terre sans terre
tu pleures
Qui écrit l'histoire, tu me dis, qui écrit l'histoire?
Qu'écriront ils sur ma tombe
moi sorti du ventre de ma mère
numéro sur une feuille
qu'écriront ils sur ma tombe
moi qui n'ai pas de papier?

Que restera t'il du monde arabe
quand la Palestine aura disparu?
Qui écrit l'histoire, dis moi, qui écrit l'histoire?

Où sont les oliviers de mon grand-père
la voix de Mahmoud Darwish
le parfum des petits matins
le rire des enfants?

Que restera t'il du monde arabe, dis moi, dis moi,
quand la honte aura éteint le monde?
Que restera t'il du monde arabe
à moi qui n'ai pas de nom?

Qui écrit l'histoire, dis moi, dis moi ?
Qui écrit le sang et la douleur?

Que restera t'il du monde arabe hormis la honte?

Dis moi, dis moi, qui écrit mon histoire?
Dis leur que je suis fils sans terre, sans nuages, sans ciel
Dis leur...
Dis moi, dis moi, qui écrit mon histoire?
Qui dira mon nom, dis moi?

Dis moi...

Mariem mint DERWICH

mercredi 27 mars 2019

Fractales

Une absence
miettes, doigts perdus sur un livre
mes nuits
puzzles
Émietter un mot
un mot après l'autre
dépouiller jusqu'au bruit
                         - une absence est un silence lancé aux vents -
fermer sa langue
froisser un foulard
                         - ton absence est un silence lancé aux vents -
Au bout du monde
un grain de sable
mes aubes
Plus de corps
mains ouvertes

S'allonger aux frontières
terres mers déserts
semer des gestes
fractales, lumières

Compter dans le noir
retenir son souffle
le coeur écrit un battement
chiffres magies d'une femme absence
fractales, le mur
fractales, le mur
La nuit vient de balbutier
                         
                           -  absence, silence, vents  -

J'émiette une absence
je construis ma maison de la côte
j'allume la lampe
pour qu'un voyageur habite un chemin du retour
J'ouvre le livre des voiles
La mer monte

Silence, vents

Mariem mint DERWICH









samedi 23 mars 2019

Nuit du bord du monde

Au bord du monde
Une femme
compte les étoiles dans l'eau
Et la nuit s'allume

Arpenteurs d'infinis

Ma bouche à tes silences

Ne dis rien,
je dors en ta paume

Un mot émiette l'absence

Ne dis rien,
je dors en ta paume,
je compte les étoiles dans l'eau
Et la nuit s'allume

Mariem mint DERWICH





jeudi 21 mars 2019

Entre une marée basse
et une marée haute
mes chevilles colliers de sable,
bagues de sel, orteils
Une algue écrit une île
Entre une marée basse
et une marée haute
un bateau
Et un sommeil...

Mariem mint DERWICH

dimanche 17 mars 2019

La première nuit du monde...

Une musique pour les nuages
et une musique pour le ciel
une musique pour la femme
une musique pour l'homme
une portée qui s'écrit soudain plurielle

L'heure des oiseaux qui rejoignent la mer
le vent salé
le mouillé sur la peau
la première étoile
la première nuit
la dernière nuit

Un phare s'éveille

Mouvement de la vague qui monte
marées
forêts marines

Et une prière pour l'horizon qui s'habille de pourpre

Une main immense posée sur mes yeux
une voix qui s'enroue dans une note
le bout du monde gouté à une bouche
l'argent d'une étoile

L'heure muette du vol de ceux qui sont libres
l'heure marine
l'heure des terres et des ports
l'heure sans temps

Un silence prend la couleur des histoires du fond de la mer
La nuit balbutie le battement de coeur d'un phare

Pénombre vivante
mes yeux battent la mesure de l'instant qui s'est arrêté
ils écrivent les mots et la musique

Un homme s'est endormi
il rêve qu'il vole
il rêve une voile si infinie qu'il ne reviendrait plus de derrière l'horizon
arpenteur et homme debout
il rêve pour que ma main se pose à sa respiration

Un phare danse une nuit, le présent et l'éternité
il n'a pas de passé
il ne bat que de l'avenir de la seconde qui s'en vient
l'homme de la mer ne vit pas l'avant
il est né pour la seconde contenue dans la seconde

L'heure intime
Grands larges
temps muet
temps du voyage
temps de l'épure
Le chant de la mer a effacé l'horloge

Un homme et une femme dorment

C'est la première nuit du monde.

Mariem mint DERWICH