samedi 17 décembre 2016

Mains




















Il faudra des terres lointaines
Des chemins et des sables
Des maisons inhabitées
Tant de routes à entendre
Des crépuscules et des aubes
Des hommes à enfanter

Il faudra les prières des dormants
Les yeux de l ' âme
Tous les chagrins
Toutes les tristesses
Les amours heureux
Les amours éphémères
Ma main ouverte
Ma main fermée

Tant d 'horizons
Toujours plus loin
Là bas, dans les brumes de la mémoire

Ta main ouverte
Ta main fermée

Parcourir les intimes
Silences des grands fonds
Un mot comme seule épopée

Nos mains ouvertes
Nos mains fermées

Tourner au ciel
Étoile
Atome
Respiration de l ' Univers
Tourner, tourner, aveugle,
Émiettée
Dispersée

Mains ouvertes
Mains fermées

À chaque arbre inscrire
Me dire
Femme
Femme
Grands lointains

Porter le monde en mon ventre

Et il y aura cette porte entrouverte
La pénombre
Un rire, un oiseau
Le miel et un souffle sur la nuque
Ma main ouverte
Ta main offerte
Un silence en médaillon

Et à mes chevilles te porter
Homme du bout des routes
Homme devenu mien

Ouvrir mes mains aux mondes
N' être que cette larme accrochée à tes cils

Mariem mint DERWICH

( Artiste,  Oumar BALL)





vendredi 16 décembre 2016

Conte du désir...














Les mots de la nuit
De toutes les nuits du monde
Les mots chuchotés

Et tes flancs pour horizons

Les mots couleurs
Ceux qui brodent la respiration
Les mots éparpillés

Et tes mains comme une couche

Les mots liquides
La trace sur la peau
Les mots paupières

Et ta bouche comme le ciel

Les mots qui s 'endorment en ton cou
Frissons
Les mots amants

Et ton ventre pour regard

Fleurs de nuit
Que ces mots
Je les enferme en mes cheveux
Me faire collier
Pour que tu naisses papillon
Sur ma langue posé

Et tes doigts sur mes désirs

Ployer, ployer,
Danser en ton odeur
Dérives

Et la chanson brumes de tes yeux

Au bout du chemin ton corps sur le mien
Tournoyer l 'amour
J' ouvre mes jambes pour que tu naisses

Souffles...
T 'inspirer, m 'expirer
Nous rendre à la déraison
Ne rien posséder
Tout avoir
Il est un voyage à l'infini de nous
Une vague

En ta paume qui se danse mémoire
J'enferme la femme amour

Mots des temps musiques

Et à ta bouche conter
Mon je t'aime...

Mariem mint Derwich

( Maria Fortuny)










Il y aura toujours une île par delà une île
Un ciel derrière le ciel
La mer et le sel
Un infini qui dira que tout est
Que rien n 'est
Qu 'il est des bouts du monde
Et des ports
Et des rives pour dormir
Et des vagues pour les voyageurs
Des vents dans mes cheveux
Une musique
Expiration

Derrière la dune entendre la dune
Les nuits d ' étoiles
Le murmurer du sable

Étendre les bras
S ' inspirer
Au bout des doigts naître colliers

Rendre à la mer
Fugacités
Les mots
Les couleurs
Abysses

Et il y a l 'entre île
L 'entre respiration
L 'entre minutes
L 'entre nuages
Clair obscur de la lumière
Silences
L 'entre vies
Fermer les yeux
Eaux
Plénitude
L 'entre plaisir
Entre deux

C'est là que je t 'attendrai

Mariem mint DERWICH

( Artiste,  Claude Delmas)

mercredi 14 décembre 2016

J'habite un homme



À tes mains inscrire mes seins
Et à ta bouche me faire voyages
Ceux des lointains
Ceux d 'ici
Ceux des musiques en mon ventre tournoyées

À tes flancs poser mon souffle

Un atome tourne et tourne

À mes cuisses redire le désir
Tatouages de ton regard
Et la chambre qui s ' éveille amante
À tes doigts, souffler les mots
Femme rondeurs,
Femme amour

À la houle, à nos corps,
À la mer dans ma tête
Et l 'eau
Et la vague
Et l 'horizon au bout de tes paupières

Il est un homme qui m 'habite
Et que j'habite
Un homme allongé en mon corps
Posé en mon cou
Un homme offrande
Un homme sucre
Un homme envies

Je danse pour lui
Mots après mots
Chevilles
Poignets
Cheveux
Langue

Je raconte qu 'il n 'est de plaisir
Que celui des profondeurs
Ce qui monte et chavire
Et les histoires que les femmes chuchotent à l 'homme qui écoute
Que les corps se sont fait pirogues
Qu 'il est des voyages couleurs d 'une langueur

En cet homme qui m 'habite
Cet homme coquillage
Cet homme salé, embruns, brumes
Je dessine du bout de ma langue
Mon conte

Et la musique pour aimer.

Mariem mint Derwich

( Artiste, Michel Hendrich)



vendredi 9 décembre 2016

Et toi...













Il est des amours,
silences des profondeurs,
Et toi

Perdre le souffle
Dormir sur ta langue

Musique...

Centre et lisières
Et toi

Il n 'est de battement de coeur
Que celui qui envole

Et toi, ma houle
Mon homme
Inspirer expirer
Désir

Mariem mint Derwich

(Artiste,  Camille Claudel)











jeudi 8 décembre 2016

Désir




















Viendront les temps marées, les temps tempêtes,
Temps de la mémoire et temps scarifiés,
Temps des lames de fonds,
Coquillages et sables, temps du corps orphelin

Les temps silences, ceux qui content
Et ceux qui déchirent
Temps sans secondes, sans minutes, sans horloge

Et cet instant étiré à l ' infini,
Battement
Désir
Touche moi, prends, viens
La bouche comme une aile
Et tes silences qui se noient dans mes paupières

Le goût au bout des doigts
Broderie
Ce battement de coeur à jamais perdu
Un mot déposé au creux du cou

Cet infini redevenu fragilités
Les histoires que les enfants se murmurent
Et ta main devenue ma paume
Lignes d 'horizon

Déposer mes mots sur tes lèvres

L 'instant parfait du frisson sur la nuque
Dans la brume des corps
Être cette nuit qui s 'enfuit des yeux

N ' être que cette voix, ce rire, cette expiration

Ouvrir les bras à l ' homme qui s ' éveille enfant

Plénitude, plénitude...

Je me suis endormie sur ton épaule.

Mariem mint Derwich

(artiste, RODIN)


Et il y aura ton nom









À ma bouche poser un nom
Un nom petit rien, un nom beignet,
Un nom soupir

À mes doigts porter ce nom

Le dessiner vagues, embruns
Lui chuchoter ce nom
Frisson

À sa paume inscrire le désir
Et ce nom murmuré
Petit nom, petit nom

Prendre son corps tout entier en mes mains inspirer la houle
Silences
Au bord de sa peau devenir eau, profondeurs, clair obscur de ce qui se brode

Petit nom musique, en mon ventre bercé

En tes yeux à mes yeux noués
Je récite ton nom

Entends le...

Mariem mint Derwich






lundi 14 novembre 2016

El houb....













Que dit l'amante en son chant douloureux?
Que dit-elle la femme qui porte ses mondes en perles ?
Que chante la femme qui danse?

Que dit-elle de l'amour, elle qui s'est faite poésies
mots, vagues, ciel, vents, sable ?

Elle a posé sa main à la bouche de l'homme
pour cueillir les mots qui racontent les notes bleues

Que dit-elle l'amante en son amour repliée?
Que dit-elle la femme qui aime, en souffles ocres?
Que chante la femme qui marche?

Que dit-elle des voyages, elle qui s'est transformée en lumières
éclats, jaspes, satin, écume, tempêtes?

Elle a cambré les reins, ployé son cou à la main de l'homme
et essaime les envies, fait naître les fleurs de nuit

Que dit-elle l'amante en son homme abandonnée?
Que dit-elle la femme en prières jolies?
Que chante la femme qui brode l'absence?

Que dit-elle de son corps qui imprime les aurores
houle, caresses, regards, feux, horizons?

Elle aime à la déraison de ses bras, lavée dans le souffle de l'amant,
l'amant qui tisse demain et aujourd'hui et l'après de la vie
Elle est cette femme qui a refermé ses doigts sur sa chevelure

Elle dit, la femme qui aime :
" Tu es, absolu de l'instant qui s'arrête de respirer
Tu es, toi homme mien, ma maison aux fenêtres ouvertes
Tu es, toi mon amour, la lumière dans le miroir des yeux
Tu es, celui-ci et encore plus, dans le livre aux pages blanches je t'écris
Tu es sur mes paupières
Oiseau et eau"

Elle dit la femme qui parle à l'homme :
"et dans ce temps qui s'écoule j'invente les contes des amants
les jours de pluie et les jours de sable
je te donne mes vies pour que ta vie devienne mes vies
Je parle aux heures pour leur raconter qu'il est une maison
où tu es et où je suis
et dans cette maison aux murs j'accroche les rêves fous de ceux qui aiment"

Elle aime, la femme qui aime, elle aime à la démesure de son amour...

Et, en cette femme qui aime dans la couleur qui naît, tu es papillon
à ma bouche gravé.....

Mariem mint DERWICH

( Aartiste calligraphe : Abdel Malick Nounouhi)

mercredi 2 novembre 2016

L'éphémère et la silhouette













Je te danserai l'éphémère sur la dune endormi
l'imperceptible de la trace
le vent qui efface, caresse chuchotée,
les notes envolées, fugitives des histoires d'antan

Je te danserai la lumière de la lune
la silhouette tremblotante
au feu assoupie,
ce que murmure l'homme quand il rêve

Je te danserai les palmiers au ciel découpés
le nuage dans le regard des bergers,
les gestes esquissés et qui s'en sont allés,
la paume au sol posée, disparue

Je te danserai l'entre souffle,
les crépuscules, l'instant parfait,
la plénitude d'ici
quand d'autres parlent de demain

Je te danserai l'ailleurs, l'horizon en renaissances,
le lieu secret de l'homme qui s'expire,
il y aura cet à peine visible,
silences

Je te danserai les pistes et les déserts,
un mot balbutié sur la paupière de la nuit,
que tout s'enfuit, que tout reste,
qu'il n'est de battement que celui que l'on porte

Je te danserai la flamboyance de la mer,
la goutte d'eau puisée,
la vague qui fait les mondes,
l'empreinte de ton pied sur le sable mouillé

Je te danserai les brumes qui rendent aux yeux la fulgurance,
le silence des choses, les chants des mondes,
les animaux de l'aube et les premiers frissons,
la beauté de ce qui est et la silhouette tremblée de toi homme

Je te danserai les couleurs mises aux à peine rencontrés,
les livres que l'on n'écrira jamais,
la poésie enfermée dans la main,
les mots et les oiseaux, la trace et le rien

Et, au milieu de la nuit du monde,
l'heure bleue, celle des hommes enroulés en prières,
l'immensité de ce qui s'écoute,

Je te danserai l'éphémère et la silhouette....

Mariem mint DERWICH

(Artiste Hengki Koentjoro)


mercredi 26 octobre 2016

A la mer je retourne












Ecrire parfois en minuscule,
en horizon,
en virgules,
en points,
en petits riens

Inhabitée, habitée

Au bout d'un cil j'ai accroché la mer
rideau de pluie, rideau d'eau

Inhabitée, habitée

Dans le temps spasmes, le temps de rien,
j'enferme en ma langue mon nom

Inhabitée, habitée

Aux lointains des mots j'entends les silences,
mon absolu, ma rédemption

Inhabitée, habitée

J'ai le coeur en banco, en argile, en sables, en dunes,
toujours ce battement qui s'enfuit

Inhabitée, habitée

l'éphémère, l'imperceptible,
trace d'un oiseau sur l'ombre de mon corps,
mots à mots, silences à silences,
je ramasse les vents morts,
je les tresse à mes cheveux,
à la vie, à la vie,
et mon âme devient orphelinat

Inhabitée, habitée je suis,
balbutiement d'une inspiration

je referme le rideau de pluie, le rideau d'eau

Inhabitée, habitée

Et à la mer je retourne.

Mariem mint DERWICH

(Artiste Mustapha BELKOUCH)


lundi 24 octobre 2016

Chanson du vent













A cet instant là, silence perlé,
il y aura le dire, il y aura le chanter
Juste à cet instant là, soyeux et pointu

Aux yeux fermés la nuit donnée,
il y aura le boire, il y aura le murmurer
la langue comme un soupir

A ces silences, à l'eau qui danse,
il y aura le caresser, il y aura le frissonner,
fermer le regard, ouvrir le regard

A ces mains qui s'endorment,
il y aura le raconter, il y aura l'aimer,
en l'âme devenir

A ces sommeils qui s'agitent,
il y aura l'arrondir, il y aura le dessiner,
un dormeur rêve qu'il s'envole

A ces crépuscules arc en ciel,
il y aura le réciter, il y aura l'enchâsser,
au pli du cou arrondir le souffle

Au corps, sable et vagues,
il y aura le broder, le désirer,
la peau désert à traverser

Et, au milieu d'un mot silence,
n'être plus que le bruit du vent
dans la vague qui s'en vient

Sur les murs, paumes ouvertes,
j'ai goûté le sel,
grand blanc de ce qui fut.

Mariem mint DERWICH

(Photo prise par moi)

mercredi 5 octobre 2016

Ne pas dire, ne pas écrire, écrire....

Y-aurait-il une écriture des impossibles? une langue qui ne soit pas langage  mais symboles? Quelque chose qui ne commencerait pas et qui ne finirait pas, juste un entre-deux, un moment fugace où le multiple redeviendrait unité...
Ancrage d'une syllabe muette, onde d'une apostrophe, musique d'une majuscule, délié d'un point d'interrogation...tout un monde de symboles sans qu'il y ait forcément sens mais qui donnerait à ce qui court sous la peau l'apparence du vivant.
Il faudrait écrire et brûler aussitôt les mots. Et recommencer, recommencer, arpenter l'univers fait page blanche, aller encore plus loin, tellement loin qu'arriverait enfin l'évaporation de soi...
De mots à mots, jamais prendre, jamais tenir, mais donner un souffle à ce qui monte de cet espace liquide que nous sommes, ce lieu d'eaux et de profondeurs, ce lieu matrice où tout se crée, se dé crée, se recrée, infiniment....
Fouiller dans les algues, descendre, descendre... Sans langue, sans paroles, sans langage. juste ce scintillement fugace. Ne pas dire, ne pas écrire, écrire...
Une vie d'écriture sans écriture et, à la fin, retrouver sa parole, juste pour le dernier mot, celui qui mûrit en nous toute notre vie , que nous ne percevons pas ou si peu, écho lointain d'une peur, d'un amour, d'un instant...Ouvrir la bouche sur ce mot ultime et fermer les yeux....

Mariem mint DERWICH

Silences...









Le monde s'endort au bout du silence...
Des silences à souffler sur ses doigts,
à entendre nuages et ailes,
des silences et des vents,
des arbres, battements, abîmes...

Mariem mint DERWICH

mardi 4 octobre 2016

L'Atlantide...

Il y a , dans l'écriture, comme un silence.
L'écriture qui ne serait que silences, comme un renoncement de soi, à soi, du monde, des autres, des pensées....Annihiler la pensée, ce fatras qui cogne le cerveau et qui, contradictoire, rend l'écriture possible.
Poser le mot, le poser ultime. Et à partir de cet ultime, encore un mot, un autre mot ultime...De derniers mots en derniers mots, pensée inversée.
Délimiter ce qui ne l'est pas pensent certains.
Non.
Ecrire c'est l'océan, c'est liquide. Accepter cet infini fait d'eau, de vagues, d'abysses, de lumières, d'obscurité. Les grands fonds quand on s'efface.
Mise à distance de soi...
Poser l'écriture comme une langue, particulière, secrète, cabalistique, signes et percepts, affects .
Pour écrire accepter que rien n'est...
Et la solitude, absolue, celle qui donne une texture à ce silence qu'est l'écriture.
Il y aurait un mot premier et un mot ultime. Là, en filigrane de cette langue des grands fonds qu'est l'écriture.
Que faisons-nous en écrivant, si ce n'est chercher ces deux mots, derniers mots après derniers mots, retours et départs?
L'écriture tangue. L'écrivain devient marin, arpenteur des infinis, courant après les horizons qu'il entend, qu'il perçoit.
Il n'y a pas de ports dans l'écriture, il y a juste des escales, celles du questionnement, des hypothèses, des réponses imparfaites.
Des escales où, malgré nous, le soi devient mémoire, dissonance.
On n'écrit pas  pour se débarrasser, on écrit pour s'assembler, se désassembler, expiation à l'envers, douloureuse mais vitale.
Oui, c'est ça, expiation...Expiation et rédemption. Le grand foutoir de l'intellect, le cirque du monde quand ne nous sont nécessaires que le silence et la solitude.
Penser, ne pas penser, écrire, ne pas écrire, être, n'être, n'appartenir, appartenir, inspirer, expirer.
Ecriture de la verticalité pour redevenir horizontalité...
La minuscule de nos vies tramée en majuscule de solitudes et de silences.
Et, toujours, cet entre-deux, cet entre-îles, cet entre-respiration, qui se fait lien et infini.
L'écriture c'est l'Atlantide...

Mariem mint DERWICH

samedi 20 août 2016

Le livre de l'amoureuse...













Si j'avais les mots de lumière, les mots de l'arène,
les mots qui dorment sur la peau,
je te regarderais
ma bouche à la hauteur de ton souffle

Je te dirais

Les histoires de gens qui s'aiment, petites minutes,
lenteur du temps, nuages, pluie, herbe

Je te dirais, dirais jusqu'à la fin de la nuit, au bout de toutes choses,
quand les couleurs oublient de dormir

Je te dirais

Deviens musique, notes, chants
Deviens moi respiration, à n'être plus que silences,
Deviens langue pour murmurer le chemin du désir,
Deviens regard, pour que je vois
Deviens mains, mes mains, pour voyager

Je te dirais

Les vents dans les cheveux et l'amante,
les pas pressés et le goût de l'absence

Je te dirais l'absolu de l'amour, l'instant qui dort, la femme qui danse
dans le bercement de ta parole

Je te dirais

Deviens moi épaule, ventre, cou, nuque
Deviens celui qui fait naître, hanches, roulis
Deviens mon aube, ma lune, mes étoiles,
Deviens celui qui dort entre mes seins,
Deviens ma bouche pour que je parle enfin

Je te dirais

L'amoureuse en toi endormie, silences du monde
L'amant en mes mains posé et à qui je raconte mes histoires de femme
Le mot comme une aile, le mot qui marche

Je te dirais les rêves fous des animaux perdus et la silhouette,
La voix qui berce, qui met des frissons sur la peau,
les murs que l'on brise, mon corps, ton rire, parler

Et tous ces petits mots, livre de l'amoureuse, je les inscrirais aux eaux de la mer,
mots poissons, mots vagues, mots ressac, mots sable, mots noyés, mots liquides.

Deviens mes paupières pour m'entendre
Deviens partitions pour me lire
Deviens poésies pour que je te fasse naître

Je te dirais, amant, ami, amour, balade, douceur

Je deviens voix pour que tu m'écoutes....

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Oumar BALL)

Mémoires...













Aux ressacs, aux vagues, aux houles, à la mer qui danse,
aux étoiles de mer qui dessinent les soleils,
aux frontières, aux sables qui se naissent dunes et voyages,
aux lointains qui tremblent, aquarelles ocres, liquides,
aux murs s'ouvrant en portes, en fenêtres, en horizons,

Aux langues, paroles, mots, chansons de gestes, chansons des gestes,
aux lettres qui ploient dans l'instant,
aux espérances sur le dos des vents,
aux corps qui tournoient, absolu, absolus, absolue,
aux yeux qui s'ouvrent, aubes, crépuscules

à la lisière, au centre, frontière, coeur,
à la lumière qui s'endort sur mes paupières,
à la poésie qui se chante éternité,
à la falaise des grands voyages, néants, virevolter,
à l'enfant qui tient mes doigts, mémoires, amie,

à l'amour, corps immense, aux flancs qui se rêvent pages,
à la musique, ventre, cocon, matrice, portées, danseuse,
à ma bouche, j'inspire, j'expire, douceur, puissance,
à mon cou, tatouages des empreintes,
à la main, parois, vertiges, fugitifs, fantômes, sources,

aux nuits, aux étoiles, aux murmures, aux arbres, au ciel, aux crépuscules, aux rires, aux présents,

Au papillon devenue ailes, chuchoter,
à l'oiseau qui se déploie dans le mitan des jours,
à l'homme devenu 'oud, tidinit, t'bol, résonance,
à la langue sur laquelle se tient le monde, histoires,
à mon ventre qui s'ouvre, prières,

Au souffle, au souffle, au souffle, à l'instant

A la peau devenue désirs, élans, frissons,
au feu, aux immobilités, aux fulgurances,
aux infinis

Et dans les paumes, femme, femme,
poser le front, visage, soupirs, lignes de vie, mort,
naissances
ployer, ployer,
aimer,

A mes doigts, ailes, j'ai posé mes mémoires

Mariem mint DERWICH

(Artiste photographe Sidi Mohamed ould KHATTRY)


jeudi 28 juillet 2016

TERRE ET LANGUE....













J'ai une terre comme une langue,
déployée et ocre

J'ai une langue comme les sables,
à la bordure des choses tues

J'ai une terre comme une parole,
mot unique, mot qui serait tous les matins des mondes

J'ai une langue faite murailles et montagne,
enfantements de la musique

J'ai une terre qui se dit en vents, en nuages, en larmes d'enfants,
elle dort sur l'épaule d'une femme

J'ai une langue envolée en prières,
là-bas, là-bas, là-bas...

J'ai une terre grains de sable,
infinitude....

Mariem mint DERWICH

(Artiste photographe  : Sidi Mohamed ould Khattry)

lundi 27 juin 2016

Il m'a fallu..Lumière













Il m'a fallu devenir et les vagues, et le ressac et la houle,
Il m'a fallu devenir profondeurs, abysses,
Il m'a fallu m'échapper, m'inspirer, L'expirer,
Il m'a fallu des bords de falaises, des morts infinies,
Il m'a fallu des prières, des abîmes, des suppliques,
Il m'a fallu ôter, encore ôter, vêtements de l'âme après vêtements de l'âme,
Il m'a fallu des battements de coeur, entre deux de ce qui vit,
Il m'a fallu des aubes et des crépuscules, des soleils et des pluies,
Il me reste tant de temps morts à vivre vivants,
Il me reste encore toute cette route de Lumière pour L'entendre me murmurer :
" Où es-tu?"

Renaître en chaque instant, gestation perpétuelle,
La Perfection dans l'imperfection,
Compter du bout des doigts et finir par ne plus savoir compter,
Et, à la fin des alphabets qui disent l'âme, revivre en Sa Langue

Nous avons dix doigts, c'est pour s'entrelacer aux autres,
Nous avons deux mains, c'est pour que nous puissions devenir livres de prières, en prières,
Nous avons une bouche, c'est pour que nos souffles s'arriment aux souffles de l'univers,
Nous avons un corps, c'est pour signifier la texture de Ce qui ne se voit pas, Ce qui n'est, Ce qui est...
Nous avons un temps, c'est pour dérouler l'Infini intemporel et nous rappeler la fugacité,
Nous avons un esprit en inspirations, c'est pour s'expirer,
Nous avons l'Amour,
Et nous disons " Mon Dieu, retrouve-moi"

Tournoyer aux mondes,
Tournoyer en particule, en poussière, en grain de sable,
Catapulté aux confins de ce qui se perçoit

Entendre les chants qui montent...

Mariem mint DERWICH




mardi 21 juin 2016

Vous souviendrez vous?












Quand mes yeux au monde seront fermés,
quand mes yeux atomes seront ouverts,
quand mon âme seule sera,
quand je ne serai plus que silences,
Infini,
quand je renaîtrai à l'aube du monde,

vous souviendrez-vous?

Quand dans l'espace d'une note de musique,
mon souffle deviendra vague,
quand dans l'interstice devenu horizon,
quand je tiendrai une main pour aider au grand voyage,
Immensité,
quand ma langue déposera le dernier mot,

vous souviendrez-vous?

Vous souviendrez - vous de la femme qui fut?
Entendrez vous à vos vies sa silhouette?
Vous souviendrez - vous qu'elle a aimé?

Vous souviendrez-vous?

Quand, dans la fugacité d'un désir, je fermerai la porte de ma maison des sables,
vous souviendrez - vous qu'elle fut danses et tournoiements?

Vous souviendrez - vous?

Que direz vous de la femme en souffles ocres?
Vous souviendrez - vous de l'enfant qui ouvrait ses mains au ciel?

Vous souviendrez - vous?

Quand, dans les vents essaimés au destin, je m'allongerai,
vous souviendrez - vous des traces laissées à la poussière des chemins?

Vous souviendrez - vous?

Quand mes yeux au monde seront fermés,
quand je serai pour l'éternité cette petite fille qui chantonne,
quand je poserai ma bouche à mes lèvres qui ont tant inspiré,
quand une aile de papillon deviendra le temps retrouvé,

Vous souviendrez - vous?

Que direz vous de la femme qui regardait le ciel?
vous souviendrez - vous des hommes qu'elle a aimé?

Vous souviendrez - vous?

Vous souviendrez - vous qu'elle fut musiques, et coeur, et battement et pluie?
Vous souviendrez - vous qu'elle a posé ses mains sur les murs?
Vous souviendrez - vous qu'elle a rêvé, rêvé, rêvé?

Vous souviendrez - vous des abandons, des sangs, des larmes, des cris?

Que direz vous de la femme qui a tant aimé?

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Frédéric Hebraud)


lundi 20 juin 2016

L'enfant qui rêve....













A la barque qui vient de l'Orient,
aux vents qui portent les mots,
aux hommes qui tournoient dans le suspendu,

Aux portes fermées, aux portes ouvertes,
aux enfants qui sautent et rient,
aux arbres qui s'endorment,

A l'eau, aux abîmes, aux houles, à l'Océan,
aux sables déroulés,
aux contes des heures,

Aux minarets en poussières, rêves,
aux chapelets, aux doigts devenus prières,
aux litanies, aux lèvres psalmodiantes,

A la femme qui marche, sépia du monde,
aux vertiges d'un regard,
aux morts qui racontent,

Aux fins des horizons, aux cieux doucement respirant,
aux corps dans la lumière d'un soir,
aux pas sur les chemins de lune,

A l'aïeul qui enchâsse sa main à ma peau orpheline,
aux caresses, aux baisers, aux mots de l'amour,
aux rires, aux poèmes au mitan des soleils,

Aux livres, pages blanches, pages bleues,
aux bonbons d'un soupir, sucré, amer, salé, miel,
aux offrandes d'un je t'aime,

A l'infini, aux alphabets qui meurent,
aux paroles en vents, voiles, encens,
aux bouts des jetées, voilures, bateaux,

une enfant dort et se dessine clairs obscurs, ailes des anges....

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Rodin)

dimanche 19 juin 2016

mourir et vivre













A ma main ouverte, à ma paume pastels,
j'ai posé une ligne de vie,
une ligne d'amour,
une ligne des vents,
je joue,
un doigt suivant les chemins,
ceux qui nous habitent,
les marches forcées,
les méandres,
les larmes qui noient les regards

A mes lignes, sillons têtus,
dans ma main en livre ouverte,
aile devenue le monde soudain gris,
je joue,
les prières en éclats au bord des lèvres,
le souvenir d'un parfum,
une voix de la nuit,
le murmure en sables chuchoté,

A mes mains qui bégaient,
à mes doigts orphelins,
à mes psaumes peaux, odeurs, mots du feu ,
à mes envols oiseaux de paradis,
à mes frissons, à mes paroles enfuies,

je joue

A mes yeux posés sur mes mains lignes et fractures,
à mes paupières endormies volets,
à la lisière de ma joue,
aux mondes tournoyants,
aux cris qui montent du ventre

je joue

Aux zébrures d'un jour qui se noie,
à la bouche ouverte, ouverte, ouverte,
aux traces,
au frisson cheminant sur le pli d'une dune,
à la douleur qui vient dans ses voiles

je joue

J'ouvre les lignes de ma paume,
je joue la mort, je joue la vie,
les départs et les chaînes,
j'ouvre les lignes, mots tus,

je joue

A ma paume qui ne raconte plus rien,
absurdité du temps,
je fracasse ma vie,

Je joue, je joue, je joue

Il faut tous ces jeux de mes doigts
pour que la vie s'ancre,
pour que la mort vienne,
je joue, je joue les matins morts aux fronts des chansons

je joue

A mes mains qui ne sont plus,
je joue mes mots, mes larmes

Je me roule en boule dans le pli d'une trace ténue
et je pleure, je pleure, je pleure
en ma main devenue vierge,
bleue, bleue des ciels qui se ferment,

J'ai scarifié ce qui fait mal en mes lignes,
en ma paume inutile,

Mourir pour vivre, à ma paume devenue enfer...

je joue

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Guy Denning)

De mon autre, "Elle du Nord", Mona Mac DEE...









Je suis :
une maison vide,
une vitre brisée,
une étoile ternie,
une défaite,
une chanson triste,
un soleil voilé,
un bas filé,
une lune cachée,
un champs dévasté,
un ciel de Novembre,
et je t'attends,
dissimulée, près des murs au papier déchiré

Mona Mac DEE

( Artiste / Crédit photo : Mona Mac DEE)

mardi 14 juin 2016

En moi tu es...













Il est des silences en profondeurs,
des silences comme des regards,
en ton cou endormie,
je tais le mot qui monte,
le dessine air et ciel

ma place, ma place

Tout ce qui ne se dit pas,
l'inscrire, le chuchoter,
le rendre à l'eau, le rendre au souffle,
le rendre à tes paupières fermées,
espace

ma place, ma place

j'ai cet amour couleur de la dune,
coeur et battement,
cet amour, cette urgence,
danse mon âme, danse,
une étoile te regarde

ma place, ma place

au bord du coeur frissonner,
je pose mes mains à tes horizons,
j'inspire, j'inspire,
gout sucré, gout amer,
ris mon ange, ris

ma place, ma place

je sème les lettres de ton nom,
à la porte de ce qui est caché
j'ai inscrit la paix et le chant,
un parfum 
aime, mon coeur, aime

ma place, ma place

Il est des silences comme des crépuscules,
veilleurs d'éternités

ma place, ma place

Et dans la nuit rendue à la prière,
je referme mes mains sur mon visage
dans la pénombre redevenue maison,
je murmure à mes doigts

tu m'es, amour, aimé...
Tu m'es...

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Victor-Edmond Leharivel-Duroc)

vendredi 10 juin 2016

Mondes...













J'ai posé mes yeux aux regards magiques,
iris dans les profondeurs.

J'ai roulé à ma bouche le scarabée qui parle d'amour à la dune,
enfermé les chants des baleines dans les lagons lointains

J'ai offert mes cheveux  aux vents porteurs d'ailes, multitudes,
chants des nuages et éphémère

J'ai inscrit mes doigts aux dos des chevaux des plaines,
fait un voeu caché dans les crinières

J'ai dansé les traces de l'oiseau qui ne vole pas,
perle de La Grande Île, il m'a dit....

J'ai ouvert mon cou aux sources qui font naître,
devenue eau et écailles et la pierre bleue des profondeurs

J'ai noyé ma peau aux vagues des déserts,
histoire des mondes de là-bas, à l'heure des animaux qui vont boire

J'ai tournoyé les cyclones, ouvert le monde en palmiers,
essaimé mon coeur aux arbres, racines, racines

J'ai imprimé mon front aux cils de ce qui danse,
j'ai posé mes pas aux chemins oubliés, j'ai dormi dans la grotte

J'ai bu à l'eau qui voyage, gouttes tatouées à ma peau,
rires des poissons et des petits cailloux

J'ai posé mes mains aux sables qui racontent les aubes des hommes,
me suis allongée à l'oreille du minuscule, grains à mes lèvres en éternité

Je suis née encore et encore, au épaules des compagnons de route,
en coeur d'eux, en coeur de nous, besaces pleine de rêves

Avoir le corps étoiles, en multiples, en herbe, en pluies, en orages,
être miel et abeilles, entendre, entendre, entendre jusqu'au bout du souffle

j'ai aimé le monde, le monde m'a enfantée, il m'a aimée à son tour,
en mes doigts soudains déployés j'ai posé son immensité,
et dans le petit jour endormi d'une île lointaine,
j'ai coulé ma peau à l'eau des yeux de la terre

A l'ange qui dessine mon corps sur la route, à l'ombre des lucioles,
des papillons, dans la fourrure d'un animal, un murmure a ri,
doucement, doucement....
J'ai ouvert ma poitrine, douceur de la lumière des jours

J'ai enjambé les montagnes et les rivières et les océans et les déserts et les villes et les hommes,
j'ai volé si haut que les soleils m'ont attrapée,
j'ai entendu les langues des enfants, les rires des insectes, les amours des femmes,
j'ai brûlé en encens envolé

Aux nuits qui viennent je dépose ma parole, mes silences,
fermer le regard et ouvrir les yeux,
poser mes mains en colombe, dans le jeu des clairs obscurs,
jouer avec les rayons

et m'endormir dans l'herbe mouillée....

Mariem mint DERWICH






jeudi 9 juin 2016

Aube première











Tournoyer, tournoyer,
l'incommensurable,
l'indicible,
la dilatation perpétuelle,
l'éternité faite verticalité

Toucher l'homme et toi et toi
Nous au-delà du Moi

Enjamber les aubes des mondes,
ouvrir les yeux
dire, dire, dire,
le mot qui monte,
le mot effacé

Et l'homme chaviré et toi et toi
Ils au-delà du Nous

Dans l'apothéose de la parole devenue vents,
lancer l'atome au front des étoiles,
en faire le commencement et la fin,
dé créer, recréer, dé naître,
au bout du Tout, dessiner l'invisible

En l'homme perdu et toi et toi
Je au-delà du Eux

Ouvrir l'âme, en faire tous les déserts,
tous les jardins, tous les silences des nuits,
poser sa bouche aux immensités,
méditant aux nuages chantonné,
inspirer, inspirer, expirer ce qui ne se nomme pas

Chercher

Hors l'homme aveugle et toi et toi
Nous devenu Je

Aux lointains de l'inimaginable
poser le souffle

Tournoyer, tournoyer

Si tu n'es pas aveugle comment peux tu danser?

Mariem mint DERWICH

( La galaxie d'Andromède. Crédit photo : NASA)



mercredi 8 juin 2016

Mon grain de sable...












J'ai posé un grain de sable sur l'aube qui vient,
écouté la chanson de celui qui appelle,
prière enfantement et le ciel qui s'ouvre...

Dans la douceur de la ville qui dort encore,
j'ai semé mon grain de sable,

J'ai posé un grain de sable à la porte de ma bouche,
il a déroulé les contes des hommes,
murs ouverts sur l'intérieur...

Dans le corps des balbutiants assoupis au mitan de leurs rêves
j'ai semé mon grain de sable

J'ai posé un grain de sable au cou de l'étoile,
entendu la nuit murmurer la ville endormie,
les mots de ce qui n'est ...

Dans l'attente de la femme qui part, miroirs et tessons,
j'ai semé mon grain de sable

J'ai posé un grain de sable, à la dune allongé,
il a roulé et s'est multiplié, homme devenu enfant,
histoire d'un alphabet qui essaime ses lettres

Dans la splendeur d'un crépuscule, au bruit des vagues,
j'ai semé mon grain de sable

Dans le lent et profond battement de coeur de l'univers,
mon grain de sable est devenu rires et danses et feu follet
il a dessiné le livre des choses que l'on ne dit pas,
celles que l'on ne murmure qu'à l'obscurité, endormis,
aux rêves des géants accrochés,

Dans le regard qui s'ouvre aux cartes des mondes,
j'ai semé mon grain de sable

A l'homme qui prie, à l'homme aux yeux tristes, à l'homme qui implore,
j'ai offert mon grain de sable devenu battement d'âme,
j'ai posé ce tout petit grain de sable au milieu de sa poitrine,
ce tout petit grain de sable
ce tout petit grain de sable

Dans le silence d'une maison des vents, à l'immensité déployée,
j'ai semé mon grain de sable

Mon grain de sable, tout petit, tout petit, fantôme fragile,
je le sème à ton visage en mes mains devenues livre,
je l'ai endormi en ma langue pour qu'il ne meurt pas,

Dans la béatitude d'un espace magique,
j'ai semé mon grain de sable aux murs blancs,
pour qu'il te raconte, encore et encore, les silences des larges,
les silences des lointains en nous,
les silences des néants

et la chanson de celle qui te parle...

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Chahab)








lundi 16 mai 2016

silences...

Il en faut des silences et des mots du silence, EN silence, pour dire, pour écrire, pour parler.
De cette écriture devenue parole, celle qui sort, qui vient, qui repart, qui meurt dans la douleur de l'expulsion.
Il en faut des intimes pour vivre, pour tenir, pour avancer, sur cette page blanche qui devient coeur et battement. Dans mes doigts qui dansent j'entends le pointu, l'acéré, le sanglot mais, aussi, la joie.
Coudre ses lèvres pour que les mots naissent, voici l'écriture.
Fermer ses lèvres, devenir silence pour que les mots soient parole muette, ce cri silencieux de la parole devenue oiseau.
Je n'ai jamais su dire, exprimer, dire cette parole langage, cette parole partage. Je suis orpheline de ma parole.
En cette parole mère et père, ces silences nés dans les profondeurs d'une douleur, il faut inventer, encore et encore, ce qui dit, ce qui ne se dit pas, ce qui est, ce qui n'est pas.
Le silence des grands fonds, des abysses, expulsé en silences des surfaces.
Ecrire c'est mourir et mourir encore et renaître en silences.
Je n'écris pas. Je parle. Je parle en silence.
Je dis mes silences, ravageurs, apaisants.
Un jour mes mains sont devenues langue. Et cette langue est devenue silence. Et ce silence est devenu mer, eau. Et ce silence que je porte en moi n'est pas silence imposé, pas de ce silence de l'amertume. il est le silence entraperçu derrière le silence quotidien.
Ma parole silence est ma langue des signes.
En chaque mot je pose une lettre, une syllabe, un alphabet sans sons. un alphabet qui redit à la main que le regard doit être fermé, qu'il faut empoigner tout au fonds, dans le ventre, qu'il faut poser ses mains sur ce qui bat en nous , qu'il faut le dépouillement du mot silence, le dépouillement..
En chaque silence une fulgurance. En chaque mot une fulgurance...
Redevenir langue, lèvres, fleuve...
Ecrire en silence, écrire en mots.
N'être que ce lien qui me relie...
Silence et mots, silence mots, silence, mots...
Et je parle...

Mariem mint DERWICH




J'ai ouvert mes bras et ôté mes yeux...













J'ai ouvert ma maison aux vents des grands larges,
et dans cette maison devenue corps
j'ai posé ton prénom,
lettre après lettre,
chacune liant les autres,
odeur de miel
odeur de lait
odeur d'encens

J'ai ouvert mes bras, j'ai ôté mes yeux

Dans cette maison devenue vagues,
j'ai posé mon nom, le Mim devenu Alif,
j'ai dessiné les racines et l'arbre de vie,
les feuilles qui entendent,
les fleurs regards,
et toi en lisière de mon souffle

J'ai ouvert mes bras et ôté mes yeux

Au coquillage posé à mon oreille,
j'ai murmuré les sables, les feux, le dessin du souffle,
mes doigts écartés, jeu d'enfant,
le précieux de la paume en ta paume déposée

J'ai ouvert mes bras et ôté mes yeux

j'ai remonté le mur, briques après briques,
pierre après pierre,
j'ai remonté le mur et je l'ai, de nouveau, détruit,
recommencement du balancier
et ton prénom qui continue de danser aux frontières perdues

J'ai ouvert mes bras et ôté mes yeux

Le monde né rondeurs, lointains, prières,
et mon corps en allers retours,
se posant et là et là et ici et ici,
houle, houle, houle,
clore sa bouche,
ouvrir sa langue
et ton prénom qui vole

J'ai ouvert mes bras et ôté mes yeux

je me suis déposée au creux de la dune,
dans la courbe brodée ligne,
je me suis déposée au creux de la dune,
j'y ai posé les lettres de ton prénom

et me suis endormie...

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Carol Carter)


dimanche 15 mai 2016

Entre deux...













J'ai toujours ma bouche à ta bouche posée,
allongée en ta langue,
endormie en souffle,
entre deux silences,
entre deux chansons

J'ai toujours ma bouche à ta bouche essaimée,
mouvement fluide du mot devenu eau,
mes lèvres mains, mes lèvres peau, mes lèvres, tes lèvres,
entre deux prières
entre deux lointain

J'ai toujours ma bouche à ta bouche écoutée

Et en ta bouche à ma bouche devenue,
je deviens tes yeux et tes contes,
je grave la paix et l'envie et le désir et les chants des corps
en ta bouche mienne
je berce ce qui vient
petits cailloux des amours

J'ai toujours ma bouche à ta bouche liée

Entre deux espace
entre deux univers
entre deux étoiles
entre deux nous inscrit en respirations

J'ai toujours ta bouche à ma bouche récitée

Entre deux....

Mariem mint DERWICH

( Artiste : Chagall)


samedi 14 mai 2016

Pays, tu leur raconteras....












Tu leur raconteras, pays mien,
tu leur raconteras ta fille, fille parmi tes filles,
fille parmi tes hommes,
tu leur raconteras les vents qui l'ont fait naître,
tes vents de l'Est et tes vents de la mer.
Tu leur diras qu'à ses chevilles elle porte tes dunes,
tes contes,
tes griots,
tes notes de lune,
tes notes de soleil.
Tu leur diras qu'elle est fille tienne,
née et née encore,
à chaque aube,
dans chaque chant des mosquées.

Tu leur raconteras, pays mien,
la lignée, le nom des siens,
l'odeur de sa mère,
le rire des murs de pierre,
là bas dans la ville qui dort.
Tu leur raconteras qu'elle a posé ses mains,
en obole aux parois d'Amogjjar,
aux murs de la grande ville,
aux chants de la nuit bavarde.

Tu leur diras, aux siens,
qu'elle est ton nom,
dans la splendeur soudaine d'une aube,
dans le repli d'une batha,
dans la subtilité liquide d'un marigot,
tu leur chanteras qu'elle est fille des nuages,
fille des mots fantômes.
Tu leur raconteras qu'elle porte l'amour,
l'amour,
l'amour

Tu écriras dans la poussière des pistes,
tu écriras qu'elle a la couleur ocre de ses mémoires,
qu'elle a enfanté des rêves,
des petits d'homme auxquels elle a soufflé son nom matrice.
Tu leur diras, tu leur diras, les campements,
qu'elle est sang et chair, sang
sang

Tu leur raconteras qu'elle est fille des rencontres,
fille métisse, fille racines, fille mangue, fille datte,
tu leur diras qu'elle dort dans la calebasse des mondes,
qu'elle est le lait qui court sur la peau,
tu leur diras qu'elle est yeux ouverts, tes yeux,
tu leur diras qu'elle porte ton nom,tes noms, tes incantations,
tu leur raconteras, aux siens, qu'elle dort sous les pierres des cimetières,
dans la prière de ceux qui restent et espèrent.

Tu inscriras à leurs regards brûlés, ton nom,
mon nom,
leurs noms

Et, dans l'infini qui est, tu deviendras pays intime....

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Frédéric Hebraud)

vendredi 13 mai 2016

musique













Et il y aura des balancements, des allers retours,,
la douceur d'une main qui écrit,
le souffle déposé au creux du cou,
une musique dans la pénombre.

A la fenêtre s'endormira un oiseau

Il y aura des pluies abandonnées aux feuilles,
des rires montant de la cour,
une table, des bols, du pain,
une robe assoupie sur une chaise

Il y aura le soleil en flaques sur le sol,
quelqu'un qui tape à la porte,
un parfum fugitif,
une histoire enfuie

Au mur je poserai un rayon de miel

Il y aura un lit comme un voyage,
des draps froissés,
un souvenir de sieste,
une photo

Et la main qui écrit, qui écrit,
cette lettre qui ne partira jamais

Et dans ma mémoire je dessinerai ce qui n'est pas venu,
j'inventerai des couleurs,
je mettrai des notes à l'horizon,
je ferai de mon regard une île

J'ouvrirai les bras à la nuit qui vient
je laisserai les vents entrer,
défaire la chambre,
orner les murs

je deviendrai jardin

et tu seras là.

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Ademaro Bardelli)


Lumière...













Je
Tourner, tourner jusqu'à l'arrondi du Verbe,
tourner au bout du bout,
dans le grand commencement, Fin et Tout et Début

Je
Main au ciel et âme,
être hors et en, devenir ce mot lumière
étoile, galaxie, univers

Je
Tourner encore, dans la fulgurance prières,
tourner, n'être, n'être,
poser ma bouche aux confins de moi

Je
Entendre, entendre, entendre, ne plus entendre,
s'inspirer, s'expulser en atome
ciel après ciel, dans le chant des lointains de feu

Je
aux bouches des mondes qui s'ouvrent,
offrir ce qui monte, ce qui vient,
ce qui est et ce qui n'est pas

Je
absence, présence, verticalité du désir,
l'infiniment petit et l'infiniment grand,
silence des profondeurs

Je
Tourner, tourner, vide dans le délié de l'élan,
respiration, poussière,
vide

Je
imploser, consumer, recréer,
moi sans moi, moi en l'Infini,
chapelet de l'éternité devenue porte ouverte,
grain de poussière né papillon,
l'instant suspendu,
dépouillement
immatériel, corps, esprit, être sans être

et dans le dernier regard brûlé murmurer

Suis.

Mariem mint DERWICH

dimanche 8 mai 2016

Le désir et l'aimé...









Entendre la danse,
Implosion ultime,
Mettre la main au ciel et devenir musique
Poser les mots dans l'ailleurs endormi en nous
Frissons, prières,
L'inachevé devenu paupière et lèvres et salive et corps

Dessiner le poème qui vient,
Qui monte de la houle, vague et vague,
S'ouvrir coeur, s'endormir esprit,
Etre l'eau, le feu, la terre, l'air, le souffle
Regard de l'entre deux en boucle infinie
Devenir les quatre points cardinaux qui disent les mondes

A ta peau me glisser, celle qui dort en toi,
Tutoyer l'envie
Rêver le poème qui s'écrit

Refermer les doigts sur le poème qui vient...
Et à ta bouche murmurer l'arrondi.
C'est dans le silence de ton cou
Que la mer devient nuit.
Poser les mots caresses...
ta voix en voyages bleus.
Chuchoter à ton oreille,
Déposer du bout de la langue
Le désir et l'aimé.
Et, du bout de mes doigts devenus oiseaux, te dire...

Fulgurances des atomes dans ce poème qui vient,
Toi en moi, moi en toi
Dans la couleur des heures ré inventées
inspirer l'ultime geste.

Il est, dans la douceur de ma nuit, l'aimé, l'attendu

Et je lui dis, au long des perles de l'envie : " Je suis là"...

Mariem mint DERWICH

( Image : détail d'un mur du Palais Ennejma Ezzahra de Sidi Bou Saïd)



mercredi 27 avril 2016

A fleur de....









La peau à fleur de peau, à fleur des mains,
la peau en chuchotis, à fleur des yeux,
la peau à fleur frissons et à fleur couleurs

Ecriture

La bouche à fleur voyage, à fleur des lèvres,
la bouche en mots liquides, à fleur du souffle,
la bouche à fleur " dis moi" et à fleur " viens"

Murmure

La paume à fleur des choses, à fleur caresse,
la paume en rondes soyeuses, à fleur des paupières,
la paume à fleur sable, à fleur contes

Chanson

Le corps à fleur d'univers, à fleur d'étoiles,
le corps en arabesques, à fleur extase,
le corps à fleur Alif, à fleur du ciel

Moi

La langue à fleur Infini, à fleur Amour,
la langue en harmonie, à fleur de houle,
la langue à fleur salive, à fleur parfums

Envol

L'instant à fleur des riens, à fleur du tout,
l'instant en parchemin, à fleur de ton oreille,
l'instant à fleur harmonique, à fleur marelle

Lumière

Magie, frissons, à fleur du néant
à fleur d'absolu,
refermer la main sur le mot,
à fleur chapelet
partir à fleur du monde

Sentir

Mariem mint DERWICH

( Artiste : Mustapha Belkouch)


mardi 26 avril 2016

Fulgurance....












J'inscris le calame en ma langue,
fulgurance du mot, fulgurance de la parole dessinée

Au bout de moi il y a toi, et au bout de toi il y a les autres,
et au bout des autres je ré invente le Tu et le Je

Dans la plénitude de l'instant inspiré j'entends la musique,
horizontalité devenue verticalité,
absolu du rêve posé sur mes yeux,
heure tressée aux déliés de ta bouche qui dit à en perdre le souffle

Je t'expire, je t'expire pour mieux m'expirer moi,
atome en ton cou endormi

Dans mes mains repose une âme
je l'ouvre à la hauteur de l'horizon
je la dépose dans le lieu qui n'est pas
et à ton oreille je murmure la parole de la route

Dans le fragment qui appartient à la nuit j'entends la lumière de ce qui est
l'instant magique des questions et des ailleurs

Je ploie mon visage et ma chevelure et mes paupières
je me tends vers le ciel
je danse je danse
dans le Verbe qui raconte l'homme en plénitude

J'ai mis des couleurs à mes rires pour que tu entendes
et des soleils poésies dans ma voix pour que tu sentes

A ma peau en frissons je déroule les heures

A regarder le ciel en face, j'invente l'étoile,
l'infini de grâce, l'infini prières, l'infini beauté.

Je pose mes mains au monde

L'entends tu?

Mariem mint DERWICH

( Artiste : Andrew Salgado)

mercredi 20 avril 2016

Je te raconterai...











Je te raconterai,
te raconterai à en perdre la voix,
les choses qui ne se murmurent qu'à la brûlure du feu,
chaleur de ce mot ré inventé à la hauteur du silence

Tu poseras ta langue dans ma main,
et mes doigts, fragilités, seront calame

je te raconterai,
pour toi, rien que pour toi, dans cet instant suspendu
devenu cocon, le mot caresse

il y a des histoires d'eau, vagues et baleines.
Le bleu de la nuit des profondeurs,
dans l'irisé du regard.
Et les noyés, les noyés..

Vie et mort.
Danse des impossibles.

Et les nuages au fronton des murs.

Ce petit rien qui chatouille la peau,
l'absolu du geste esquissé, brodé...

Dans une nuit devenue étoile,
je te raconterai les vents, la plénitude de celui qui voit,
la poésie des marcheurs d'éternité,
les danses de ceux qui tournent,
les rires et les larmes, les colères et la paix

Enferme le mot en ta paume en prière,
souffle, souffle, expire le à l'orée de mes paupières
et dis moi les mots des enfants des lointains

Je te raconterai la musique, celle qui dort au creux de nos rêves

Je te dirai l'urgence de la vie et les arbres, et les nuages et le ciel...

Et je poserai mon corps sur le sable et je fermerai les yeux....

Mariem mint DERWICH

( Artiste : Gerhard Richter)

vendredi 1 avril 2016

Inspirer...











Creuser, creuser encore, creuser,
arborescence du corps, la peau qui brûle,
creuser, arriver au sang,
se dépouiller, ôter,
laver, purifier, oublier...

Se défaire de la parole,
extase des silences,
fermer la bouche,
se clore sur le dernier mot,
la mémoire qui devient lumière

Ne garder que la conscience,
petite, minuscule, fragile,
de ce qui n'est plus, de ce qui ne fut pas,
souffler la bougie des yeux,
plier le cou, pleurer

Au pas de ma peine,
inscrire les noms de ceux qui m'aimèrent,
les bras de ma mère,
le souffle de l'amant,
les rires des enfants

Aller au plus loin de mes ailleurs,
au plus profond de mes nuits,
là où la petite fille danse dans la poussière du soleil

Briser le miroir en voix multiples,
devenir l'une, devenir celle qui,
tapisser les murs de ma vie en tessons arc en ciel,
inscrire l'enfantement,
donner, donner encore, donner à en perdre la langue

Donner, le tout comme le rien

N'être, naître, partir, fantôme

Ne rien regretter, ni l'amertume, ni les départs,
ni les larmes, ni les cris, ni les colères, ni les serments des innocents

N'être, naître, partir, fantôme,
laisser partir les doigts et les odeurs

Donner l'ultime mystère, au delà de la falaise
et, enfin,
         
                         inspirer


Mariem mint DERWICH

(Artiste : Elias NAMAN)

vendredi 26 février 2016

Murmures...

Que murmurent les chameaux à l'oreille des hommes?
Que disent-ils à l'homme assis à la porte de la ville?

Dans les soupirs portés par les vents, j'entends les mots,
les mots qui racontent la mémoire,
les mots tannés, brûlés, les mots aux yeux ouverts,
les mots qui dorment sur la langue

J'entends celle qui sommeille, la main sous la joue,
allongée à l'ombre de la paroi de pierre,
ses cils dessinent la piste ancienne

Que murmure le souffle de l'enfant qui joue?
Que dit-il à la femme qui se réveille?

Dans le crépuscule qui s'en vient, je deviens mirage,
et je lève mes mains vers le ciel,
le silence se pose et je vois ce qui vient,
poussière d'ailleurs.

J'ouvre ma bouche, je suis celle qui danse,
la lune a posé ses yeux sur moi,
elle me dit " regarde, vois, vois, vois encore plus loin, vois la ville là-bas, vois ses hommes...."

Entends leurs chants invisibles, laisse les se poser sur tes cils,
qu'ils deviennent colliers et bracelets de chevilles,
et perle, et poèmes.
Qu'ils chuchotent dans l'ombre de leurs tombes, qu'ils te racontent leurs noms.

Que murmurent les dunes au cou des hommes?
Que disent-elles à ceux qui partent au loin?

A ma main se pose un voile bleu, et l'oiseau s'envole,
couleur des oasis, eau, palmiers, puits, silhouettes des pas,
je tisse ma mémoire, tapis et coussins, cuir et selles,
j'ai l'horizon qui m'appelle

Je sème les contes, je suis celle qui parle aux morts miens,
je suis assise à leurs pieds et je pose ma joue à leur joue,
ils me disent, ils me disent, ils disent " fille, femme, enfant notre...."

Que murmure le Gaf imperceptible, celui des yeux, celui de l'âme,
Que dit-il à la femme endormie sur la natte, cheveux déployés?

Que murmure la dentelle du minaret dans la splendeur du jour?
Que dit-il à la femme qui arrive à la porte de la maison?

Que me dit l'homme qui dort contre la femme?
Que dit-il dans ses rêves?

Dans le silence d'une minute infinie, je pose mon front sur mes immensités,
je suis sables, dunes,  points cardinaux, horizons, campement,
départs, départs, départs....

Que me murmure le chameau aux yeux tristes, à mon oreille orpheline?

"Va....et ne reviens pas du pays qui est...."

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Lionel SMIT)







dimanche 21 février 2016

Dis leur...

Et quand tu les rencontreras, au détour d'une piste ocre,
dis leur les jours d'éternité,
dis leur que je suis leur fille, chair et sang,
parle leur de cette femme qui est debout face au monde
et qui dessine, sur les parois des montagnes,
les lignes de son sang, la mémoire de ses noms...

Dis leur l'immensité de soi dans le repli des sables
et l'enfant qui danse aux vents de l'Est

Quand aux pas des chameaux tu murmureras les poèmes,
récite la prière des voyageurs, pour les choses qui commencent
et pour les histoires racontées la nuit à la lueur des feux,
dis leur que dans l'ombre des tentes les femmes tissent les étoiles,
elles chantent le lait, les étoiles, les mains devenues oiseaux

Dis leur le souffle brûlant qui monte de l'horizon,
et les hommes enroulés en chapelets

Sur les paupières brûlées, à l'orée des puits infinis,
dis leur que je suis là, en mémoire d'eux,
dis leur que je brode mes contes,
dis leur que leur fille chantonne aux pas qui viennent,
qu'elle invente demain, et encore demain,
dis leur qu'elle est passé et demain

Dis leur que cette femme a enfanté les chuchotis de la nuit,
et qu'elle est cette griffe sur la poussière

Et quand à l'ombre d'un regret, dans la dentelle d'un minaret,
à l'eau d'une oasis, tu écouteras leurs noms déroulés,
tu prendras dans tes mains ces silhouettes odeurs des caravanes,
dans l'instant suspendu à la porte de ceux qui sont enracinés à la terre,
dis leur qu'ils sont miens

Dis leur qu'ils sont miens, dans la rondeur de leurs libertés....

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Souleymane Abbas)


jeudi 4 février 2016

Etrange étrangère...












Être monde, chair du monde,
sang du monde,
s'inscrire en mots étranges,
être moi et celle là,
devenir elles, devenir lettre

Être dedans et ailleurs,
demander pardon,
toujours,
au-delà des silences des coeurs

Être grain de poussière et tempêtes,
dormir sur ta paume,
enroulée dans la douceur de nous,
étrange étrangère,
être

Être le ventre des mondes,
cosmos et étoiles,
petits des hommes,
femme et enfants

Être le chemin des vents,
rédemption, rédemption,
offrir ce qui vient en lignes d'horizon,
être notre, et tienne et vie,
s'envoler dans la splendeur d'une minute

Être chair du monde à ta parole arrimée,
être chair, chair,
étrange étrangère
au miroir de tes yeux ouverts aux lointains,
m'ancrer à la mémoire des sables

Etrange étrangère

Toi en ma vie, étrange étrangère,
amour des jours,  à l'aube de tout
je deviens celle ci, en renaissance,
et nous, et toi, toi, homme mien
qui ouvre la cage et libère l'oiseau

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Joan MIRO)