vendredi 17 mai 2013

Maux de moi....


Au commencement de toutes choses il y a cette petite fille en larmes

toute en déchirures et en explosions


Au commencement de toute chose il y a cette petite fille en zébrures

en miroirs à l'infini, démultiplication


Au commencement de toute chose il y a cette petite fille écartelée

en morceaux collés bords à bords


Au commencement de toute chose il y a cette petite fille martelée

sculptée, pétrie, malaxée, infinitudes des gestes


Au commencement de toute chose il y a cette petite fille violences

empoignée, exigée, redessinée à l'infini des autres


Au commencement de toute chose il y a cette petite fille solitude

et peurs, et colères, rouge, sang, griffures


Au commencement de toute chose il y a cette petite fille culpabilité

abandon, questions, pourquoi, comment, où, quand


Au commencement de toute chose il y a cette petite fille espoir

rêves, cauchemars, haine, s'il vous plait, non, oui, fuite


Au commencement de toute chose il y a cette petite fille obscurité

mourir, vivre, respirer, laisse moi, touche moi, va t'en, donne moi


Au commencement de toute chose il y a cette petite fille écriture

petits papiers des riens, tout, mal, peur, rires, cicatrices


Au commencement de toute chose il y a cette petite fille naissance


Maux, mots

Maux de moi....


Mariem mint DERWICH
(Photo : oeuvre de l'artiste Marie Louise Bodirsky)

L'instant parfait....














Il est des moments doux

soie feutrée des mots

langueur des sons


Dans la plénitude

l'instant parfait.


Il est des rondeurs

des lettres à broder

des ailleurs immensités


Dans la plénitude

l'instant parfait.


Il est des musiques

des notes infinies

des présences fantômes


Dans la plénitude

l'instant parfait.


Il est des enfouissements

des profondeurs

des lits de velours


Dans la plénitude

l'instant parfait.


Il est des routes

chemins de sable

le commencement de toute chose


Dans la plénitude

l'instant parfait.

Il est....
Mariem mint DERWICH

dimanche 5 mai 2013

Seules.....

Nous sommes toujours seules. Dans la touffeur des multitudes de la famille élargie, nous sommes seules. Solitudes parmi les solitudes de ceux qui peuplent nos maisons et nos vies. Petits grains d'une chaîne immense qui nous tisse mutuelles sans percevoir nos solitudes. Nous sommes tellement porteuses de tous les pluriels de nos entourages que plus personne ne voit que nous nous portons seules.
Nous sommes élevées comme projections de tous les fantasmes des notres. Nous sommes images, rêves, permanences, fulgurances des passés remaniés à la hauteur de toutes les douleurs des présents.
Derrière le masque lisse qui est le notre, masque modelé dans l'acceptation de destins présupposés être le fil conducteur de nos vies, nos solitudes nous écartèlent.
Nous vivons dans le monde. Nous hurlons dans nos mondes.
La femme hurle dans ses silences et sourit dans l'apparence de vie.
Elle est seule à percevoir la perversité de l'image que la société a d'elle : image maternelle, image aimante, image de douceur, image de reproductrice, image de frivolité, image tatouée...
Elle sait les poèmes, les chants, les hommages. Elle sait nos hommes amoureux de cette image et passant leur vie à se démultiplier dans les regards féminins, s'y noyant jusqu'à la jouissance, acharnés qu'ils sont à reculer la mort en se fondant dans ces multiples féminins, catharsis orgasmique.
Elle sait les luttes quotidiennes, le lent défilement des minutes, des secondes, des instants de la survie.
Dans sa solitude la femme est folie, cris, joues griffées, cheveux secoués, spasmes dans le ventre, vomissements, sangs, ongles, rages, perfidies...
Elle est ces envies de mort, de défiguration, de laminage des barrières. Elle est poings levés. Elle est ces corps qui se roulent par terre, mains vers l'infini, jambes ciseaux ouvertes, peau qui brûle.
Elle est détestation de soi. Et des autres.
Elle se pare, se dessine. Cisèle sur ses yeux les couleurs de l'attrait. Sculpte ses joues. Se fait autre, se crée autre, celle des autres. Elle se fait séduction car elle sait ce que l'on nous apprend : que la séduction, le mensonge, l'apparence, la sexualité comme arme, sont les seuls moyens de survie.
Alors elle se fait vestale, actrice de ses propres souffrances.
Nos femmes se font mises en scène, dansant dans l'érotisme du dialdiali, de l'encens, des parfums, des fards, des douceurs / promesses...
Dans cette schizophrénie des sentiments, elles se sculptent patiemment, offrandes consentantes d'un jeu de mort.
Nous sommes toujours seules, dans le silence de l'agonie, la permanence des destins, le bruit léger des mots....
Mariem mint Derwich

Poser ses mains sur son visage....







Poser ses mains sur son visage,
occulter les yeux,
les fermer,
les rayer de tout

Poser ses mains sur son visage
et couler, doucement

Poser ses mains sur son visage
clore la bouche
empoigner sa mémoire
la vider

Poser ses mains sur son visage
pour ne pas saigner

et encore et encore,
affronter, empoigner,
poussière de mémoire après poussières,
batailles  de sang

Poser ses mains sur son visage,
et vaincre

Poser ses mains sur son visage,
hurler jusqu'à l'infini des étoiles,
hurler à briser sa voix,
à mourir

Poser ses mains sur son visage,
se regarder, éclater en autres

Poser ses mains sur son visage,
et taper, taper,
taper encore.
Crever.

Poser ses mains sur son visage,
casser le miroir....

Mariem mint Derwich


(Photo : oeuvre de David  Walker)






vendredi 19 avril 2013

Je m'appelle Mariem mint DERWICH et j'écris....

Après mûres réfléxion il m'a semblé que le moment était venu, pour moi Salomé, de sortir de l'anonymat. La démarche n'est pas aisée et implique un travail sur soi. Depuis des années j'écris sur ce blog. De façon trés sporadique, j'en conviens.
Grâce à l'anonymat j'ai pu poster mes textes et poésies, sans craindre le regard des autres : famille, amis, etc....
Les pesanteurs sociales font que femmes et écriture ne font pas souvent bon ménage dans nos sociétés. L'expression féminine est encore tabou. En particulier quand sont abordés les thèmes des intimités, des sentiments profonds....
La poésie, hormis pour 2 ou 3 femmes, est quasi masculine en Mauritanie.
La poésie en français l'est encore plus.
Ce blog est mon histoire, mes fractures, mes doutes, mes "Moi" métissés, mes interrogations.
Il est mon cheminement personnel.
Il est temps, aujourd'hui, que je sorte de l'anonymat.
Je m'appelle Mariem mint DERWICH et j'écris....

Mariem mint DERWICH



mercredi 27 mars 2013

Le bout du voyage....












Dans ma tombe

j'ai posé mes mains


dessiné l'ailleurs


Dans ma tombe

j'ai griffé le sable


Psalmodié mes autres


Dans ma tombe

j'ai gravé mon nom


Chanté mes éclats


J'ai entendu la prière

les mots en arabesques


les voix fugitives

des folies expiatoires


j'ai fermé les yeux

calfeutré ma bouche


j'ai glissé

glissé comme on s'envole


j'ai libéré les amarres

je me suis posée dans ma paume


et j'ai pleuré

Enfin, le bout du voyage.....

Salomé

jeudi 24 janvier 2013

Fulgurances...














Dans la fulgurance des vents
sables, sables, mouvances
aquarelles et sépias

dans la fulgurance des étoiles
dunes et courbes
regards, mots, maux

Dans la fulgurance des infinis
et des espaces


à la portée de mes bras
sur ma bouche
et ma peau
et mes yeux

il y a cet immensité douloureuse
comme un voyage dans la chair

fragments et tessons de verres

des fuites et des larmes

et le cosmos
mon pays comme une arabesque de douleur

tatouage des blessures

Dans la fulgurance des ailleurs

mon instant d'ici

mon moi en multiples

Ya Allah!

Salomé....

lundi 26 mars 2012

Douleurs












Tous mes "je" éparpillés aux vents
graines démultipliées
en excisions
en cris
en souffrances
en laideur

Les poings serrés jusqu'à la nausée
des choses et des mots

Chocs de mes mémoires
dans l'indifférence des ailleurs

La rage comme moteur
la douleur comme cataplasme
Rasoir des folies
qui bordent mes paupières
cousues sur mes fuites
Mourir

Ventre noué jusqu'à l'abominable
des choses et des mots

Martélement des blessures
dans l'indifférence des ailleurs

Exploser jusqu'à disparaître
milliers d'atomes enfin libérés
mes larmes jetées aux cieux
enfouies dans les sables
pétries par le feu
laminées

Arracher mes yeux
effacer

La bouche ouverte jusqu'à l'éternité
dans l'indifférence des ailleurs

Mourir
Renaître
Hurler
Mentir
Briser
Partir

Douleurs...

Salomé.

lundi 5 mars 2012

A mon père...











Que n'as tu appris à me regarder
à me toucher
à me humer
à retrouver en moi tes multiples réunis en mon masque d'absence

Que n'as tu appris à me parler
à m'écouter
à me dire
à tisser en moi tes multiples langages

Que n'as tu appris à ciseler l'enfant
à la lover dans tes bras
à la poser sur tes ailleurs
à broder tes multiples mémoires

Que n'as tu appris tes absences
et mes douleurs
mes larmes dans la solitude des années qui passent
tes rêves dans le vent

Que n'as tu appris à ouvrir les yeux
à me voir dans le vide de ton abandon
à effacer les rejets
et les mépris

Que n'as tu appris ta place
ton rôle
ta tendresse inconnue
et ta foi en les autres
sauf en moi

Que ne m'as tu apprise
moi ta fille
porteuse de ton absence
chaînes éternelles

Ton absence dans mon absence...

Salomé

mardi 24 janvier 2012

Regarde moi !

Regarde moi !
J'ai dansé dans les jardins d'Aranjuez
J'ai brodé le monde à la coupe de mon ventre
J'ai hanté les mémoires des hommes des caravanes
J'ai dormi sur la langue de Nizar Qabani
J'ai roulé sur les paupières d'Ousmane Diagana
J'ai ciselé les cuisses de Senghor

Regarde moi !
J'ai brûlé Omar Khayyam
J'ai tourné sur la peau de Djalal od Din Rûmi
j'ai volé sur la voix d'Oum kalthoum
J'ai griffé les cordes des tidinit
et les les arabesques du t'bol
J'ai foulé la pudeur

Regarde moi !
J'ai été étoiles et servante
J'ai été celle que tu as lapidé
J'ai été ta mère et ta femme et ta soeur
J'ai été Awa et Bilqis et Schéhérazade
Et Leyla et Majnoun
J'ai été le croissant de lune et la croix

Regarde moi !
J'ai été ta vie
Je suis devenue ta peur, ta mort, ton péché, tes expiations
Le fouet de la censure

Regarde moi toi qui ne me vois plus
Toi qui m'efface de tes mémoires en excisant en moi la beauté
Toi qui voudrais crever mes yeux et couper ma chevelure
et gommer jusqu'au néant ma peau et mes dents

Regarde moi toi qui ne crains pas la Mort
mais fuis devant moi
Toi qui me vomis tout en espérant me posséder dans ton paradis
remodelée à la mesure de tes fantasmes

Regarde moi !
Tu me tues
Et tu ne me vois pas...

Salomé


jeudi 19 janvier 2012

Je...



Je suis une, duelle ,plurielle, en brisures d'atomes
sur l'infini de ta peau

à l'orée de ton cou mes "tout" rassemblés,
blessure des gestes

Je suis une, duelle, plurielle, en brisures aigues
sur l'infini de tes mémoires

à l'orée de tes mains mes ailleurs éparpillés
peau scarifiée

je suis l'autre, repliée, roulée,
déployée soudain
comme une peau sanglante

Je suis une, duelle, plurielle, en stigmates d'étoiles
sur l'infini de tes mots

à l'orée de mes prières tes envols d'avant
houle des hanches

Je suis une,duelle, plurielle, en poussière de sable
dans le refuge de ton cou

Je m'envole dans l'éparpillement de mes mémoires
de douleur

Je suis celle là....

Salomé

dimanche 15 janvier 2012

Lettre à toi qui te reconnaîtra ( seconde partie et fin...)

Sinon, dans ton bout de Sahara, rien n’a vraiment changé ici. C’est ton pays que tu connais. Selon l’AMI, son excellence ( peu importe, le discours est le même depuis 20 ans de toute façon, je suis sure qu’ils commencent à faire du copier coller lol) serre des mains, « idechen » des projets, nous souhaitent bon ramadan, bonne fête du ramadan, met des costumes plus grands que lui, met des lunettes de cow boy. Mais je devrais pas dire ça du président des pauvres ( des pauvres de quoi ? d’esprit ?), il fait ce qu’il peut ye weylou. Attends, l’Azerbadjan, Chavez, Alger, l’Afrique du Sud. Il ne veut pas faire comme les autres. C’est un original ! c’est le Lady Gaga de la politique extérieure ! ne ris pas ! pense à son premier succès, c’était poker face ( Sidi Ould Cheikh Abdallahi, t’aurais du écouter un peu plus les hits parades lol) !
Il a du bon. J’avoue : déjà, il ne trimballe pas sa madame partout. En plus, il a pas une moustache faciale (moustache qui couvre quasiment tout le visage). Et tu me connais, les petits ventres, je trouve ça attendrissant. Et j’avais oublié l’essentiel : il fait des goudrons ! partout ! bientôt entre ta salle de bain et ta chambre, tu pourras avoir un goudron. Pas sure que t’es de l’eau dans ta douche par contre, les pompes d’aftout esahli explose un peu partout en ville. Mais tu pourras rouler.
Il nomme, dénomme, surnomme des messieurs avec des têtes de déjà vu ailleurs.
Les grognons sont toujours les mêmes. Juste certains qui grognent moins que d’habitude. C’est difficile de grogner la bouche pleine (Messoud, si tu nous écoute…).
La vie est de plus en plus chère. Mais tu connais les mauritaniens, on se plaint, mais on gère nos obligations sociales du mieux qu’on peut. On garde la face.
Certaines coutumes tiennent bons. De nouvelles se sont créées. C’est une société en pleine mutation, comme Nouakchott, éternel chantier. Mais c’est à pas de tortues. Dans un silence strident. On va quelque part ; c’est sur. Pas sur que ce soit dans le bon sens !
...

"Pour l'enfant, amoureux de cartes et d'estampes,
L'univers est égal à son vaste appétit.
Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes !
Aux yeux du souvenir que le monde est petit !

Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
Le coeur gros de rancune et de désirs amers,
Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
Berçant notre infini sur le fini des mers :

Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme ;
D'autres, l'horreur de leurs berceaux, et quelques-uns,
Astrologues noyés dans les yeux d'une femme,
La Circé tyrannique aux dangereux parfums.

Pour n'être pas changés en bêtes, ils s'enivrent
D'espace et de lumière et de cieux embrasés ;
La glace qui les mord, les soleils qui les cuivrent,
Effacent lentement la marque des baisers.

Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir, coeurs légers, semblables aux ballons,
De leur fatalité jamais ils ne s'écartent,
Et, sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !

Singulière fortune où le but se déplace,
Et, n'étant nulle part, peut être n'importe où !
Où l'homme, dont jamais l'espérance n'est lasse,
Pour trouver le repos court toujours comme un fou !
Le Lotus parfumé ! c'est ici qu'on vendange
Les fruits miraculeux dont votre coeur a faim ;
Venez vous enivrer de la douceur étrange
De cette après-midi qui n'a jamais de fin ? "

C. Baudelaire, extrait du "voyage"

Séphora

jeudi 12 janvier 2012

Je regarde M....


Je regarde M., son corps puissant tout en déliés et pleins. Je la regarde bouger, rire, bouder parfois... M. est une jeune femme, veuve trop tôt, mère...
Je regarde M. avec sa féminité et ses rondeurs. Ses hanches qui ont porté, son ventre, ses bras, son cou.
Je vois ses jambes fermes et ses sourires.
Je regarde M. et ses coquetteries de petite fille, la pudeur, parfois, du regard qui se baisse et va se poser quelque part où personne n'a le droit de cité, contrée qui ne lui appartient qu'à elle.
Que voit elle quand son regard s'enfuit ainsi? Quels rêves, quels envies, quels mondes merveilleux arpente t'elle dans la solitude de son veuvage et dans le néant des années qui vont venir ?
Quel homme imagine t'elle? Celui qui viendrait recréer sa féminité et lui offrir une nouvelle vie, elle dont le premier mari est parti trop tôt et dont elle partage le souvenir avec sa co épouse, et ses enfants restés là bas, au village...?
M. vit. M. est morte. M. est seule.
M. regarde t'elle les années qui viennent et ce temps monotone qu'elle émiettera lentement, grain après grain, dans la solitude du corps jeune qu'aucune main ne viendra caresser et faire renaître aux sentiments ?
M. a une quarantaine d'années. Elle a cette beauté timide des femmes qui ont enfanté.
Et cette solitude gravée au coin des yeux.
M. répéte tous les jours les mêmes gestes du quotidien, tapis qu'elle tisse patiemment. La patience elle connait. Depuis la plus tendre enfance on lui appris la patience. Etre femme ne se peut sans la patience.
Et les attentes, et les renoncements. Elevée, formatée, sculptée dans l'attente de l'aboutissement ultime, celui enseigné par les femmes de sa famille, le mariage, les enfants, servir un homme, son homme, enfanter....
M. a suivi le chemin qu'ont emprunté avant elle des milliers de femmes, foulant la poussière et ne regardant pas les côtés et les déviations.
M. fut, car mariée et mère. Même si elle a partagé son homme avec une autre femme ( "chez nous c'est comme ça") elle avait atteint la plénitude d'une famille nouvelle, d'un toit, d'une nouvelle identité.
Mais son homme est mort et M. est là, avec ses souvenirs et ses enfants.
Sa peine s'est atténuée et elle a repris la trame du tapis de son enfance et de son adolescence.
M. est patiente.
Et espère l'hypothétique homme bon qui voudra bien d'elle à nouveau. D'elle et de ses enfants.
Hypothétique car qui acceptera de regarder M. avec ses enfants? Qui verra en elle la femme de chair sans se refuser les bouches à nourrir? Quel homme bon verra M. comme un être humain et la prendra elle et ses enfants sans ergoter sur le coût de prendre ses enfants?
Quel homme posera un jour son corps sur le corps vivant de M. et célèbrera sa féminité et sa vie sans penser d'abord " bouches à nourrir"?
Car, chez nous, M. n'est pas seulement veuve. Elle est mère de plusieurs enfants et ceux ci, de bénédiction sont maitenant envisagés comme "coût" économique...
Terrible veuvage des femmes jeunes qui apprennent, avec la perte de leur mari, la solitude et la mort du corps et des désirs.
Je regarde M. et pleure sa féminité perdue et les siècles de solitude qui l'attendent.
Je regarde M. et touche du bout de ma mémoire ses rêves cachés.
Je regarde M. et effleure ce corps puissant veuf jusqu'au dernier souffle, arcbouté dans la moiteur des nuits où il crie sa présence.
Je pleure cette société où M., femme et mère de 5 enfants, va s'étioler et voir mourir ses désirs, s'effacer jusqu'à disparaître, annihiler ses envols....
Je regarde M. qui , parce qu'elle a 5 enfants, ne trouvera surement pas un homme qui la prenne...
Je regarde M. en agonie....
Salomé.



mercredi 11 janvier 2012

Lettre à toi qui te reconnaîtra (première partie)...


Tu es loin, alors je t’écris pour te tenir informée de ce qui se passe ici. Ne pas vivre ici, avec les tiens et tiennes te donne l’impression que Mauritaniland est un paradis. Tu as le luxe douloureux de l’exil, celui de rêver, de fantasmer une ville qui serait en partie comme dans tes souvenirs d’enfants, mais aussi moderne à ses heures perdues ( vers 11h quoi lol).
Alors j’ai décidé, de te gâcher ce plaisir là. Qui châtie bien aime bien, dit le dicton.
Je vais te conter cette ville comme je la vois. De mes yeux mi attendris par un pays et des gens que j’aime, mi attristés par les attitudes des gens et par l’état de ce territoire entre le Maroc et le Sénégal ( Big up à tous ceux/ celles qui ont du expliquer une fois dans leur vie ou se trouve la Mauritanie).
Tu me parles souvent de tes amours d’antan. De ces moments volés d’adolescente dans une ruelle sombre où, le cœur à la chamade, une caresse sur ta main t’a transportée. Tu t’en souviens encore de ce premier baiser, lèvres serrées mais brulantes comme après un verre de thé, un millième de seconde que tu as cru avoir le pouvoir de changer une vie.

J’aime écouter ces histoires là, parce qu’elles me rappellent qu’il y a eu un temps avant aujourd’hui.

Aujourd’hui, aucune fille, à l’aube de sa feminité, ne s’émeut d’un baiser. Internet et la télévision ont eu raison de cette innocence, à grands coups de clips de rap américain (naissance de la bitchitude), de films pornos (apogée du fantasme animalier), de feuilletons tous horizons (Mexique : je résume pour les incultes héroine pauvre tombe amoureuse du milliardaire, qui découvre que son père n’est pas son père et que sa mère ne le sait pas ! Fernandel si tu nous écoutes ! Turque : la méchante est en fait une gentille, l’homme qu’elle aime sera défiguré mais est, en fait, un agent secret du Mossad qui lutte contre les gangs d’Istanbul). Cette fille là, on lui a déjà dicté son comportement, ce qu’elle est sensée ressentir, faire. Elle sait comment faire plaisir aux hommes, comment les utiliser. Il n’y a plus de lowzars, il n’y a plus de barbies, elles passent de l’enfance à l’âge adulte. Les hommes sont les jouets. Cette attitude est aidée par les vestiges de notre culture maure qui nous poussaient, nous femmes, autrefois objets de désirs intouchables et inavouables, à ne jamais s’attacher.
Alors, elles, leurs corps portant encore les traces de l’enfance, jouent les tigresses; appâtent, guettent se jettent sur leurs proies. Il fait bon ne pas avoir de limites. Ces petites en perte totale de repères, ne veulent plus ressembler à la mauresque. Génération maouiya oblige ( de ta tour au Qatar, si tu nous entends !), l’école n’a plus aucun intérêt. On y a apprend rien, que les profs daignent venir ou non. Et puis à quoi ca servirait, elles savent bien, que celles et que ceux qui font la pluie et le beau temps à Nouakchott, en politique, comme dans les salons n’ont pas aplati leurs postérieurs sur des bancs...
Tu serais étonnée ! tu aurais du mal à comprendre. Il y a un tel décalage entre elles et nous ! je ne dis pas qu’elles sont perverses. Je ne le pense pas. Pour la plupart, cela fait juste partie d’une quête d’identité, d’une recherche de soi, dans ce « bordel » (je sais que tu me permettrais l’expression) qu’est Nouakchott. Un masque de plus à porter. Nous aussi, nous avions nos masques. Sauf que le soir venu, après toutes les représentations, nous les enlevions, et nous retrouvions notre nous.
En même temps, je dis ça, mais nous sommes foncièrement pareilles. Nous cherchons toutes un moyen de se sentir femme, de se sentir aimée avant d’être désirée. Il y a des fois, ou j’aimerai avoir une pancarte sur ma melehfa qui dit « les gars, oui, j’ai des fesses, des seins, mais ce serait gentil de faire semblant de vous intéresser à autre chose ».
...
(à suivre...)

Séphora

mardi 3 janvier 2012

Homo Mauritanicus...

Parler des relations amoureuses ou, tout simplement, hommes / femmes chez nous revient quasiment tout le temps à parler d'hypocrisie. L'hypocrisie comme définition, ou re-définition, des rapports humains, des rapports amoureux ou juste "sexuels". Cette hypocrisie qui fausse les échanges et fait des femmes les victimes non consentantes mais obligées de discours manipulateurs.
Car il ne faut pas se tromper de cible : ce sont bien les femmes qui sont victimes de ce jeu pervers et nauséabond qui fait d'elles des objets, ceux à conquérir d'abord. Puis à "consommer" comme on consomme une gourmandise. Et, enfin, à jeter, comme on jette un mouchoir sale.
Le prototype de l'hypocrite "amoureux", si courant chez nous, est celui que l'on pourrait appeler le "pervers manipulateur", centré sur un but unique : la recherche d'un plaisir sexuel non tarifé, hors sentiers "matrimoniaux". Car, souvent, cet homme là est marié mais drague partout... Ce qui, chez nous, est d'une banalité affligeante.
Les relations dites sexuelles prennent alors une dimension quasi ésotérique. Rien n'est jamais simple.
Première hypocrisie : la non consommation. Beaucoup de nos hommes sont les champions du " je te prends sans te prendre". Cette étonnante propension à mettre de l'hypocrisie partout semble être une norme.
Le "pervers manipulateur" cherche le plaisir tout en essayant de faire s'accorder une pseudo morale religieuse. "Je ne te pénètre pas donc je ne trompe pas ma moitié et je ne suis pas dans le haram". A lui les jeux "oraux", les discours culpabilisateurs, la destruction systématique de l'image que la femme a d'elle même. Cette dernière n'a d'autre choix que soit accepter et  rentrer alors dans un cycle douloureux de questionnements, soit  refuser et, ainsi  se sauver psychologiquement. Car, dans ce jeu terrifiant du " pas de pénétration" c'est l'homme qui décide, c'est l'homme qui impose, c'est l'homme qui est centre, questions, réponses, exigences.
Pas de place, chez lui, pour l'écoute de sa compagne occasionnelle ou habituelle. Toujours ce même discours masculin du " Moi, Je".
Après l'acceptation forcée de la non consommation viennent ensuite les hypocrisies effarantes. Car, dans ce genre de relations, on n'est jamais loin de la schizophrénie pseudo religieuse. Si la pénétration classique est refusée, la pénétration anale est sollicitée. Sans parler de la fellation.
Toujours en faisant le grand écart entre un présupposé Haram et un encore plus présupposé Hallal.
Quelle hypocrisie religieuse que cette analité revendiquée ! Un summum de perversions mentales...
Nos hommes expliquent souvent qu'ils ne "trompent" pas leurs légitimes en pratiquant l'analité! Mais qu'ils les "tromperaient" en pénétrant leur conquête de la façon la plus simple qu'il soit.
Combien de nos femmes ont accepté ce jeu contraintes et forcées, pensant ainsi retenir un homme. Combien ont, après coup, ressenti une immense sensation de dégout, d'horreur d'elles mêmes? Combien ont pleuré?
Ces hommes qui ne jouissent que dans la négation des femmes.... Le meurtre symbolique des femmes...
Et, hypocrisie suprême, le Pélerinage après tant de perversités... Car, le pervers manipulateur, va en Pélerinage, abandonnant à son sort sa ou ses compagnes du moment, leur faisant porter des culpabilités qui ne sont pas à elles, dont elles ne sont responsables en rien. Jusqu'au bout, dans ces relations, la femme est celle par qui le péché arrive, celle qui détourne l'homme supposé de bien du droit chemin, celle qui accepte toutes les perversions et qui souille l'homme. La  femme putain...
Si le phénomène était minoritaire nous pourrions en rire. Il est, malheureusement, très en vogue, en particulier dans la société maure. La nouvelle société maure, instruite, mondialisée.
L'égoïsme, la vanité, les déviances, comme terreau des relations. L'homme nouveau de Mauritanie a quelque chose qui ne va pas...
Il se construit sur les cadavres symboliques des femmes. Il ne vit que dans un rapport dominant dominé hypocrite. Il crée sa morale.
Il ne jouit que dans son irrespect pour les femmes...
Salomé.






















jeudi 8 décembre 2011

Femme je suis...













Dans les pleins et les déliés de ma mémoire dansent toutes les empreintes.
Femme buvard, porteuse d'eau et de larmes.
Femme fatale des fantasmes.
Femme enfant, celle du père, cet absent des constructions mentales.
Femme des autres, ceux qui disent "fais, sois, donne, reste!"
Femme des dunes de l'histoire
et femmes des défaites et des victoires.
Femme henné et parfums et odeurs et lait et chatouillis.
Femme ventre, fils et filles, perpétuation de l'espèce.
Femme enfantement.
Femme esclave, niée, objet.
Femme métissée des frontières des mémoires collectives.
Femme sang, menstrues, douleurs, honneurs.
Femme, folie, marabouts, gris gris, tiédé et leghzana.
Femme des combats.
Femme jalousie.
Femme amante, sensuelle, envolée.
Femme excisée, écorchée, griffée.
Femme libre, chaînes et khessal des rêves.
Femme bracelet, femme bijou.
Femme calebasse, guerba, tissus.
Femme rondeurs, fesses charnelles, plis cachés.
Femme prières et cris.

Dans les pleins et les déliés de ma mémoire,
femme atome, en ronde perpétuelle,
implosion, explosion, naissance.
Femme je suis....

Salomé.

Que Dieu ait pitié de nous...

Dieu qu'il est difficile d'être femme en ces temps de "printemps" ou "révolution" arabes! Dieu que c'est difficile, tout court..Avant, après, pendant....
Comme si  le coeur des discours religieux ne pouvait battre qu'à l'orée des fantasmes féminins.
Comme si la femme était LE problème, le seul, l'unique. Celle par qui tout péché arrive et par qui toute expiation devrait passer.
Comme si nous étions les symboles du mal. Du mal absolu mais aussi de la beauté, de la tentation, du haram... Awa et le péché originel....
Mémoires perclues de nos islamistes New Age qui mêlent tous les non dits, les frustrations.
"Printemps" après "printemps", femmes, nous nous retrouvons dans les modélisations d'espaces socio culturels qui se construisent à la hauteur des fantasmes projettés sur la femme.
Il ne suffit pas de nous couvrir. Il faut nous "tuer" symboliquement, nous cantonner aux rôles qui nous sont présupposés dévolus : mères, gardiennes d'un ordre patriarcal, femmes, vertus, dignité, pudeur, honneur...
Cachez donc ces corps qui ne sont que tentation pour les hommes ! Voilez! Enfermez! Niez!
Effacez donc toute trace de l'humanité féminine pour que les hommes se sentent enfin "libres" !
Dans certains pays on lapide. Dans d'autres on flagelle. Dans d'autres on entame le processus de négation des femmes, avec l'assentiment et le consentement de certaines femmes.
Dans d'autres pays, encore, on tue les bébés filles à la naissance.
Petit à petit la parole religieuse présentée comme réformatrice ( les nouveaux barbus se désignent eux mêmes comme Islamistes Réformateurs) s'insère partout.
La femme est devenue le symbole de tous nos maux. Comme si la vue d'une femme dévoilée avait un impact économique! ou bien, comme si la femme jouissant des mêmes droits que l'homme était un frein au développement!
On entend les nouveaux discours qui indexent ce qui a fait la beauté de nos civillisations arabo musulmanes.
Il faut effacer la poésie, la poésie amoureuse.
Eradiquer le Ghazal, ce poème d'antan, où le poète chantait l'amour et la liberté, la beauté des femmes et la séduction comme lien social de désir.
Eradiquer le Rubbayyat, ce quatrain délicieux venu des mémoires persannes.
Eradiquer la musique et la poésie profane.
Eradiquer l'amour....
Oublier que la poésie arabo musulmane est l'une des plus belles poésies du monde! Avec la femme comme objet central, la reconnaissance de la femme en tant qu'égal de l'homme.
Aujourd'hui un Djalal od Din Rumi serait décapité en place publique. Un Abu Nawass, délicieusement pervers et amoureux des hommes, serait lapidé, insulté, égorgé...
Un Nizzar Kabbani serait brûlé....
Alors, en souvenir de ces temps anciens où les barbus n'avaient pas encore gagné et où l'homme se reconnaissait à l'aura des femmes, ces rubbayyat de Djalal od Din Rumi  ( 13 °siècle):

"J'ai couru au jardin et j'ai cueilli une rose.
Je craignais d'être vu par le jardinier.
J'entendis la voix du jardinier me dire:
Qu'est-ce qu'une rose, je te donnerai la roseraie."

"En souvenir de ta lèvre, je baise le rubis de ma bague;
N'ayant pas celle-là, je baise celui-ci.
Ne pouvant atteindre ton ciel,
je me prosterne et je baise la terre."
Dieu qu'il est difficile d'être femme!
Que Dieu ait pitié de nous....

Salomé.


jeudi 1 décembre 2011

Envole moi...





















Dans mes nuits de solitude j'ai ployé mes cheveux pour t'y emprisonner
j'ai fermé mes mains sur ta bouche
j'ai plié mes bras à l'infini des frontières de ta peau

Dans mes nuits de solitude j'ai enfermé mes chevilles dans la rondeur
des gestes de l'amour

Dans mes nuits de solitude j'ai fermé tes yeux
et écris sur ta peau les mots de l'absence
gravé mes murmures pour que tu n'oublies pas

Dans mes nuits de solitude j'ai plié mes jambes dans l'absolu
des gestes d'amour

Dans mes nuits de solitude j'ai dormi dans ton odeur
posé ma bouche sur ton épaule
envolé mes peurs

Enferme mon visage et mon regard et ma peau et mes doigts..;
Envole moi...

Salomé.
J'entends souvent autour de moi mes amies dire que l'on ne peut pas faire confiance aux hommes, qu'il faut toujours surveiller, épier. La phrase la plus souvent entendue est " l'africain et, en particulier, le mauritanien, est un coureur".  Et d'élaborer des stratégies de "mise sous tutelle" conjugale, traquant les coups de fils, les déplacements, allant jusqu'à, parfois, suivre son mari ou petit ami en voiture. Quand ça ne se termine pas par la grande scène finale, avec cris, indignations, menaces....
Nos femmes aiment leurs hommes mais ne leur font absolument pas confiance. Ou, plutôt, elles aiment l'idée qu'elles ont de leur homme et d'elles mêmes sans se poser, souvent, les bonnes questions. Et l'idée qu'elles se font du mariage.
Car si, avant le mariage, tout est suggéré et érotisé, passé le jour des noces, nos femmes changent. Partant du fameux principe de la pudeur ( la sahwa) finis les fantasmes et les délices entrevus lors de flirts parfois poussés. Nos hommes se retrouvent alors avec LA femme bien, celle qui ne montre pas, celle qui ne donne pas, celle qui n'exprime pas, celle qui semble subir l'acte sexuel comme une obligation, somme toute assez désagréable, mais chemin obligé du mariage. Avec ce tout petit truc propre à nos femmes qui fait que l'homme revient.
Si nous, femmes, avons besoin de sentiments et de jeux amoureux, c'est pareil pour nos hommes.
Ils ont autant besoin que nous de jeux, de désirs, de demandes, de chuchotis. Ils aiment les gestes de l'intimité. Ils aiment que leur soit montrés nos désirs.
Comment s'étonner que nos hommes aillent voir ailleurs si dans leur couple nulle place à l'érotisme et à l'amour? Comment en vouloir à un homme qui va chercher ailleurs ce que sa légitime ne lui donne pas, à savoir le sentiment d'être désiré, fantasmé et aimé?
L'amour, pour s'épanouir, a besoin des choses de..l'amour. Celles du corps et des sentiments.
Je dis à mes amies, souvent : " lui dis tu que tu as envie de lui? Lui montres tu ton envie de lui? L'aimes tu pas seulement avec la morale et la pudeur mais aussi avec ton corps et tes sentiments? Montres lui tu tes jouissances? Lui dis tu tes envies?". A chaque fois j'ai droit au sempiternel " chez nous ça se fait pas".
Alors " si ça ne se fait pas", ne t'étonnes pas que ton homme aille se chercher dans les yeux d'une autre!
Lui qui cherche, au travers de ton corps, le sentiment d'être. L'amour est partage, pas sahwa.
Il est gestes et caresses. Il est baisers et salives. Il est érotismes et gourmandises. Il est envols et dons. Il est naissance perpétuelle et renouvellée. Il est plaisirs.
Sommes nous si handicapés de l'amour que nos hommes "baisent" avec leur femme et font l'amour avec leur maîtresse?
Sociétés excisées...
Salomé.


mercredi 26 octobre 2011

Casse Tête

Tout le monde sait que si le bon Dieu avait voulu qu'on comprenne les hommes, il nous aurait envoyées un "mode d'emploi"!
Mais essayons quand même de les comprendre dans la mesure de nos moyens! lol
Ma mère avait coutume de dire " Gorko opetakee yewee woto yeliyadé (ne laisse jamais ton mari s'ennuyer sinon il ira chercher ailleurs)". Dans la société Halpur, tout est là pour la satisfaction de l'homme (la femme, on s'en fout: s'il est content tout le monde est content)
Donc  en parlant avec ma soeur et ses amis, j'ai pu avoir leurs avis pour savoir ce qui, selon elles, pourrait retenir nos hommes (je parle des mauritaniens).

  • utilisation d'artifice: Dialdiali, bine bine ou galli (pétits colliers qu'on met autour des reins); on en a de tous genres: en perle, en bois ou des lumineuses
  • bethio, petit pagne qui se porte la nuit
  • le thouraye ou encens
  • être à l'écoute de ses besoins, 
  • ou faire comme certains, lui mettre les pieds dans de l'eau chaude et les lui masser quant il revient fatigué du boulot
Mais on remarque que malgré tout cela n’empêchait pas nos hommes d'aller ailleurs. On aura beau utiliser ces artifices il est impossible de les contenter. Tu mets tes dialdiali lumineux qui sentent super bon et un bethio joliment décoré, il ira voir en face où il y a des jeans serrés et des strings ou des boxer. Tu mets du thouraye, le jour où il en marre, il devient asthmatique! T'auras  beau l'écouter ou le masser, il trouvera que tu es trop soumise et qu'il a besoin de sensations fortes!!!! Echanger avec lui sur divers sujets, au début il appréciera après il t'accusera de faire l'intellectuelle! ( sous entendu : je n'aime pas les femmes plus "intelligentes" que moi)
Tu lui proposes l'amitié amoureuse parce que tu as juste envie d'être dans ses bras de temps en temps mais il trouve le moyen de tout faire foirer!! Morale de l'histoire : il n'y a rien à faire! 
A un moment, tu te dis que "c'est chez toi que ça va pas". mais tu te rends compte que t'es pas la seule dans ce cas; que d'autres ont fourni beaucoup plus d’effort que toi mais que ça n'a pas marché! 
Alors quoi faire?
Car, on aura beau à être des épouses, des mamans, des amies ou des amantes pour nos hommes,  ils trouveront toujours le moyen de nous briser le coeur! 
Ma mère avait l'habitude de dire que l'homme est un animal égoïste qui ne pense qu'à son bien être!
En tous cas, cette phrase résume bien nos hommes, perpétuellement insatisfaits, égoïstes, cavaleurs et nomades de l'amour, victimes consentantes des jeux....

Dalida

Sahwa, honneur et codes....

Chez les Maures ( et aussi chez les Halpulaars, les Soninkés, les Wolofs, sous des formes un peu différentes) il existe tout un code de conduite qui a valeur de loi ; et qui, comme toute loi, codifie des frontières, des deadline à ne pas dépasser, des mépris pour ceux ou celles qui les transgresseraient, des "punitions", des rejets... Ou, à l'inverse, des récompenses morales. Cet ensemble de règles instituées par la société s'appelle la Sahwa, la pudeur. Elle stratifie les comportements. Elle codifie. Elle cisèle les relations entre tous les membres d'un groupe, d'une fratrie, d'une famille, d'une tribu et, par delà, entre habitants du même espace socio culturel. Elle est Force et pression. Elle est culpabilité et bienséance. Elle est le centre de tout et les frontières des autres. Dès la petite enfance elle nous est enseignée comme un mantra, afin de nous préparer à la vie en société ou, plutôt, aux multiples vies en société. Tout y est bien codifié : que peut on faire devant tel ou tel membre de la famille, à qui peut on parler, qui peut on regarder dans les yeux, comment se comporter, comment dire, comment effectuer les mille et une gestuelles quotidiennes, etc... Elle enseigne aux hommes de s'effacer, physiquement, devant leur beau père. Elle enseigne aux femmes les retenues que l'on suppose inhérentes à nos conditions d'inférieures : ne pas allaiter devant nos frères aînés, ne pas appeler notre mari par son prénom... Gare à celle qui nommerait l'homme qui partage et son lit et sa vie! Ce conjoint là ne peut être que "IL", gommé jusque dans son identité. De même, il faut à chaque femme, avoir un comportement digne, comme, par exemple, le jour de ses noces. Il est alors interdit de sourire, d'exprimer une quelconque forme de joie : la nouvelle épousée se doit d'être triste et de le montrer. Pendant que la fête, SA fête, bat son plein, que les amies dansent en honneur des nouveau mariés, que la musique fait chavirer la salle, la mariée est cachée derrière un voile, juste esquissée dans son voile de mariée. Sous ce voile elle a les yeux baissés, la mine compassée : aucune vague sur son visage. Pas de sentiments.
Surtout ne pas montrer son sentiment amoureux au risque de passer pour une fille de peu, mal éduquée et ne faisant pas honneur à sa famille et à son groupe.Surtout ne pas se réjouir, ne pas montrer, ne pas extérioriser. Lors de sa nuit de noce, surtout ne pas se laisser aller. Etre pudique, rougissante. Ne pas dire les désirs. Ne pas trop exprimer pour ne pas passer pour une fille de "mauvaise vie". La génération de nos grands mères allait encore plus loin : lors de l'acte sexuel, elles se couvraient le visage de leur voile. Honte des choses sexuelles. Honte du corps. N'être qu'un ventre, un utérus... N'être pas femme et subir.
N'être rien pour que le groupe soit tout...
Toute sa vie de femme mariée, de mère potentielle et de femme, elle sera porteuse de la bienséance, porteuse du code : humilité, timidité, abnégation, fidélité, compassion, pieuse, peu encline aux démons de la chair, asexuée et repliée dans les tabous comportementaux. Centre de la société et étendards involontaire des preuves de la moralité d'une famille.
Cette femme est la Sahwa, même si cette pudeur s'applique aussi aux hommes. Elle est ce code, plus que les hommes, car c'est par le comportement féminin que nos groupes sociaux se définissent : le sang / honneur de la virginité, la pseudo noblesse de tel ou tel comportement, la prétendue incapacité féminine à ne pas, dans la liberté, incarner autre chose que le haram, la luxure, le mal.... Le péché et l'envie.
Les femmes, centre de tout et de tous, comme frontières et barrières sociologiques par lesquelles la survie d'un groupe donné passe.
La négation comme objet de survie culturelle... Dans nos sociétés masculines qui ont tenté d'effacer les survivances du matriarcat de nos ancêtres berbères, les femmes sont et la vitrine et la face cachée, l'honneur et le déshonneur, l'amour et l'interdit, l'éducation et la désunion, l'être et le néant...
La Sahwa comme instrument de servitude... 
Salomé








dimanche 23 octobre 2011

Ecorchée...



Il est des douleurs comme il est des lapidations : pierres après pierres, nous sombrons, toujours plus profond. Des douleurs qui annihilent et effacent. Des douleurs qui déconstruisent. Ou qui reconstruisent.

Des douleurs qui nous font marcher le long des précipices, loin de nos familles et de leurs prisons mentales. Loin des convenances et des morales; loin des hypocrisies, qu'elles soient religieuses ou sociétales.

Il est de ces douleurs qui excisent la femme en nous.

Dans nos mondes du "Je" masculin, du " Ecoute moi, regarde moi, comprends moi, entends moi, efface toi, nie toi, accepte, prends, tais toi, moi, moi, moi, JE,..." nulle place, hormis celle toute symbolique que nos hommes pensent nous octroyer, pour les "Nous". Chez nous, le "Nous" est masculin.

Profondément masculin. Exclusif et réducteur.

Femmes, nous sommes réduites au "vous" qui signifie "Toi", mon homme. Celui qui mène, qui décide, qui offre et qui reprend, figure à peine voilée d'une toute puissance qui se voudrait quasiment divine, inconsciente d'égoïsme et de lachetés.

Tant de silences entre les hommes et les femmes! De murs, de barreaux, de négations.

Tant de meurtres rituels, symboliques certes, mais meurtres quand même!

Tant de ces non dits féminins qui flagellent les perceptions de soi.

La deconstrution féminine pour "sauver" les hommes, les faire se sentir mieux, dansant sur les restes de nos féminins pluriels.

"Reste là et sauve moi" sont les credo masculins des jeux amoureux.

Filles de tous nous devenons alors filles de personne. Filles de peu, filles des néants. Nous devenons nos propres cauchemars.

Car nous avons laissé à nos hommes le faux pouvoir de toute puissance. Nous leur avons laissé croire que nous étions leurs propriété exclusive. Nous leur avons fait croire et laissé entendre que nous n'existions que par eux, pour eux, en eux.

Ils nous veulent niées. Nous nous sommes niées.

Ils nous veulent amantes. Nous les avons aimés.

Ils nous veulent mères. Nous avons enfanté.

Ils nous veulent obéissantes et douces. Nous avons coupé nos langues.

Ils nous veulent compréhensives. Nous avons plié nos cous.

Ils nous veulent par intermittence. Nous sommes devenues leurs "intérimaires du spectacle" des sentiments.

Nous avons fermé les yeux et accepté les perfidies, les mensonges, petits et grands, les absences, les doutes.

Nous avons porté des culpabilités qui n'étaient ou qui ne sont pas notres, noyées que nous sommes dans le moule menteur de la femme qui peut tout et doit tout. La femme qui réconforte et qui apaise. Celle qui prend dans ses bras et qui accepte, sans jamais s'offrir.

Car ces Nous profonds, féminins, tous ces cris muets que nous portons en nous, tous ces doutes...qui les entend?

Surement pas nos hommes. Comment pourraient ils nous entendre quand ils s'écoutent, eux?

Leur cécité écorche, nous écorche.

Femme de rien, des riens du néant.

Femme de larmes et de souffrances. Femme en souffrance.

Femme de personne.

Comment se reconstruire après une lapidation? Comment se recréer après tant d'hypocrisie assénée à la mesure des diktats masculins?

Ecorchée, sanglante, meurtrie, blessée....

Femme de rien, à personne.

Salomé.






mardi 18 octobre 2011

"Dis moi s'il pense à moi..."



En amour, chez nous, rien ou presque ne se fait sans le divinatoire, Leghzana ou Tiédé, sable ou cauris...tout est bon pour se rassurer : m'aime t'il, m'aime t'elle? Sera t'il à moi, sera t'elle à moi?

L'affaire se corse quand les amours sont illégitimes...

Les angoisses des désirs amoureux sont telles que les amoureux cherchent partout les mots qui les rassureraient, ceux qui les feraient vivre. L'envie d'amour contre les barreaux des solitudes.

Combien de femmes se sont elles recroquevillées devant celle qui "lit", celle qui sait, celle qui peut et, surtout, celle qui apaise ? Combien, noyées dans les larmes intérieures, ont fait semblant que tout allait bien et se sont offertes à la "tiédeuse", comme on s'offre à l'inconnu, espérant les mots qui donnent l'espoir et le désir de se lever le matin.

L'inconstance de nos sociétés, en matière amoureuse, génére les angoisses. L'inconstance de nos hommes génére nos angoisses féminines.

Nos femmes ont peur, toute leur vie. Profondément peur. Meurtries par les désirs et les doutes. Satellites de leurs amours elles tremblent, à chaque instant, imaginant des perfidies, des trahisons, des "couchages" ailleurs.

Certaines ferment les yeux, sauvegardant ainsi une tranquillité qui n'est qu'apparence. D'autres cherchent des "maraboutages" tous plus farfelus les uns que les autres, ouvrant la chasse aux cheveux, aux fils d'un habit de l'aimé, aux rognures d'ongles....

"Marabout Marabout, dis moi que je suis la plus belle"....

D'autres se confient à celles qui lisent l'avenir, pathétiques dans leurs demandes de réconfort.

Brûlent leurs yeux dans la rondeur des cauris, ces coquillages si ...sexuels dans leurs formes.

S'enfantent de nouveau femme d'un homme aimant.

L'amour comme une bataille perpétuelle, un pugilat des sentiments amoureux, une confrontation.

L'amour comme un champ de bataille, avec ses faits d'armes, ses bravoures, ses trahisons, ses ennemis, ses morts, ses prisonniers. Des vainqueurs et des vaincus.

Du sang et des larmes. Des armistices fragiles et des souffrances psychologiques terribles...

Avec, tout au bout de cette vie de questionnements, la déconstruction de soi, de son image.

"Tiédeuse, tiédeuse, dis moi s'il pense à moi..."

L'avenir deviné comme palliatif aux déclarations amoureuses et à la fidélité...

Salomé















lundi 3 octobre 2011

Si j'étais celle là qui se porte en secret ( féminins possibles)...




Si on m'avait permis les expressions amoureuses, je dirais à mon homme, comme libérée, envolée :


fais moi danser jusqu'à la perfection des broderies amoureuses. Prends mon visage en coupe entre tes mains et souffle, souffle doucement... Fais moi tourbillonner encore et encore.


Laisse moi te regarder comme on boit. Poser mes doigts sur ta main et en savourer chaque imperfection.


Si on m'avait appris les envols des mots et l'importance des amours je dirais à mon homme :


envole toi, envolons nous. Cassons les tabous, les chaînes, les morales, les barrières. Jettons nos masques et laissons nous dériver. Corps intemporels et regards chavirés.


Si m'avaient été enseignés les rêves et tous les possibles, je dirais à mon homme les mots interdits des promenades amoureuses. Sans rougir. Sans honte et sans pudeur. Sans craindre le sourire amusé ou le regard étonné. Je lui dirais les envies et les blessures. Je lui dirais les mots qui brulent. Je lui dirais les soupirs amoureux. Je lui dirais les érotismes des jeux.


Si on m'avait laissée devenir, je dirais à mon homme, tous les gestes et les baisers.


Mon corps comme à la dérive. Son corps comme un port. Son cou comme une couche. Sa bouche comme la fin et le début de toutes choses. Sa mémoire comme une griffure.


Si j'étais celle qui sommeille je dirais à mon homme : pose tes yeux sur moi, colle ta bouche à la mienne et chuchote....


Si j'étais celle là qui se porte en secret, j'aurais des voyages en offrandes...



Salomé.

vendredi 30 septembre 2011

Rondeurs...



Il est trés à la mode, chez nos jeunes et moins jeunes femmes, de se mettre au régime. Tous les régimes : des plus farfelus glanés dans des magazines aux plus sérieux sous surveillance médicale.

Régime et sport sont les nouveaux crédos féminins. On pourrait rajouter " hommes" : régime + sport + hommes. Car, évidemment, en ligne de mire, en pochette surprise, L'Homme, l'homo mauritanicus, fin en soi dans nos imaginaires emprisonnés. La course à la minceur comme argument érotico amoureux...

De salades grignotées, en carotte vapeur, en passant par les haricots verts, les jeuns, les marches au stade Olympique...cette génération là se construit une image de soi toujours et encore prédéfinie par le regard masculin et les présupposés fantasmes que ce même regard aurait sur l'idéal féminin.

Nos femmes se pensant au travers de regards masculins qu'elles pensent être des réalités, se mettent, à l'image de leurs consoeurs occidentales, à martyriser leurs corps. Découvrent ( vraiment?) la mauvaise image de soi, la déconstruction mentale.

Elles fabriquent des envies masculines. En se détricotant...


Pourtant que le moelleux est beau. Il est, dans ses rondeurs, érotique, envies, chatouilles.

La femme charnue / charnelle, celle des poètes, n'est elle pas belle dans cette plénitude infinie des chairs? Elle est bateau, rivière, voyages, frissons.

Elle est monts, vallées, creux, sources, odeurs, caresses. Elle est la découverte perpétuelle des infinités que la chair peut dévoiler.

Elle est voyage des yeux, des mains ,des lèvres. Elle est ce ventre rond qui rappelle les maternités et la douceur des eaux utérines. Elle est l'attache des épaules douces et sensuelles.

Cette femme charnelle est comme une vague sur le sable : elle enveloppe, elle efface, elle ramène.

Elle est seins magnifiques dans leur arrogance étalée.

Elle est croupe tout en rebondis.

Elle est cuisses voluptueuses, satin des envols. Elle est cette nuque qui ploie derrière un voile ou un foulard et qui appelle un baiser.

Elle est mollets ronds.

Elle est ce pli à la taille, émouvant dans son imperfection.

Elle est cette trace sur la peau, cette vergéture, "coulée de lait" de nos poètes, qui a été tant et tant chantée et qui griffe, le temps d'un instant, la soie de la peau, petit animal impertinent qui nous rappelle nos faiblesses.

Elle est ce corps sur lequel les mains d'un homme se promènent, tout en gestes sensuels. Elle est ce corps qui chante.

Erotisme des voyages à l'infini de nos chairs impudiques et pourtant si douces...

Salomé et Dalida






dimanche 25 septembre 2011

Mes yeux en médaillon...











Amoureuse envie

amoureuse coquine

amoureuse mutine

amoureuse souffles

tes mains dans mes cheveux


Mes yeux en médaillon

tes yeux en miroir


frissons de ton soupir

cou déployé

tes mains en coupe

ambre

houle


mes yeux en médaillon

tes yeux en miroir


le long chant de la peau

posée sur tes lèvres

arômes

touchers

ma bouche sur tes chants


mes yeux en médaillon

tes yeux en miroir


cheveux fleurs

chatouillis, friselis

doigts et sueur

sur ma langue les murmures

nous


mes yeux en médaillon

tes yeux en miroir


Salomé

Elle est...



J'ai, il y a maintenant longtemps, accompagné une femme qui m'était chère dans ses derniers pas sur cette terre et le voyage vers un nouveau monde. J'ai tenu sa main et écouté son souffle laborieux tenter de sortir de ses lèvres. j'ai vu ses yeux fermés et regardé son visage vieilli, où chaque ride racontait un combat de sa vie. J'ai humé son souffle et posé mes doigts dans ses cheveux. Je lui ai parlé doucement, ne sachant pas si elle m'entendait mais,MOI, il me fallait dévider ma douleur pour lui dire mon amour et ma terreur de la voir s'en aller.

Et je suis restée là des heures, écoutant ce râle de fin, ce râle qui n'en finissait plus.

Et je l'ai regardée. Jamais je ne l'ai autant regardée, cette femme qui était mienne alors, qui était devenue l'ombre d'elle même et qui terminait sa vie dans l'inconscience de l'étouffement.

Et je lui ai parlé. Parlé. Parlé à en pleurer.

Je lui ai égréné ses multiples vies, ses rêves brûlés, ses amours fanées. J'ai fermé les yeux et l'ai entendue me chuchoter sa vie et ses regrets et ses espoirs.
Dans son agonie, elle m'a brodée sa vie. Enfant, petite fille, jeune fille, jeune femme, femme mure, femme vieille. Elle m'a dit les mondes possibles ouverts à ses yeux de petite fille. Elle m'a dit les rêves d'amour et les yeux d'un homme, les rêves de mariage, les rêves d'envol.

Elle m'a dit le frisson et l'envie.

Elle m'a chuchotée ses brisures, les rides témoins de ses douleurs, les cheveux qui blanchissent, les sourires forcés.

Elle m'a frôlée avec les images de ses mains devenues vides quand ses enfants ont quitté sa maison .

Elle m'a promenée dans sa fidélité à un homme qui, innocemment, n'entendait pas.

Elle m'a racontée la soumission aux convenances et les sourires forcés, et les larmes rentrées, et le corps pris de frissons...quand l'envie d'ailleurs se faisait trop forte.

Elle m'a parlée de la mort de sa mère. De cette femme qui lui cachait ses larmes et l'a brodée la plus belle des mariées.

Elle m'a pleurée la mort de son premier enfant, cette douleur qui ne s'efface jamais, portée au fond du ventre comme une offrande expiatoire, un calice de douleur jamais apaisé.

Elle m'a racontée les grandes mains de son homme et son souffle et ses mots et ses maladresses.

Elle m'a tissée des chansons d'amour, venues d'un autre temps, ses envols à la voix d'une griotte depuis longtemps disparue.

Elle m'a humée dans le cou et m'a remplie du parfum qu'elle portait.

Elle m'a ouvert la bouche et a gravé sur ma langue tous ses rêves.

Elle m'a abandonnée au bord de sa solitude, étendue derrière ses paupières fermées.

Elle est....


Salomé.









vendredi 16 septembre 2011

Et la tendresse?



Une amie nous disait l'autre jour qu'elle enviait une amie à elle qui est mariée à un français. Non pas parce qu'elle était mariée à cet européen mais parce qu'elle découvrait une autre façon d'aimer. Une autre façon que cet homme là avait d'aimer sa femme. Une façon si différente de la notre en cela que l'expression de cet amour passait par mille petits gestes tendres, d'apparence insignifiante, mais si émouvants : le petit bisou dans le cou au passage de la femme, la main qui se pose sur une épaule dans la discussion, les doigts qui remontent une mèche, l'effleurement...Toute cette gestuelle amoureuse qui suggère et qui recrée la femme.

Chez nous la plupart de nos hommes, tout amoureux qu'ils puissent être, ne connaissent pas ces choses là de l'amour quotidien. Cette ignorance les rend parfois maladroits.

Les gestes d'amour ne sont donnés qu'au moment de l'envie sexuelle. Après, c'est souvent, dos tourné, précipitation pour des ablutions soignées, comme si le sexe était sale et méritait, dès assouvissement, purification.

Rarement des mots, des envols, des chuchotis, tous ces petits trucs qui, même s'ils sont fleurs bleus, possèdent néanmoins un fort pouvoir amoureux.

Les mille et un gestes de la tendresse : petits cadeaux, coups de fil, gestes, tête posée sur une épaule, niaiseries propres aux gens qui s'aiment...

Il serait temps que nos hommes se convertissent à la "politesse amoureuse", aux jeux erotico/amoureux, aux petits trucs qui mettent de l'électricité sur la peau, aux chatouillis....

Salomé.






Femmes, "honneur", fantasmes...



"La femme est l'honneur de son homme, l'honneur de son clan, l'honneur de sa tribu". Ce sont les mots d'un ami lors d'une de nos éternelles passes d'armes oratoires entre ami(e)s. Et nous revoilà plongés dans une de ces discussions passionnées sur le fait d'être femme, le ressenti, la perception qu'ont de nous les mâles de notre pays.

Rien ne change jamais n'est ce pas? Femmes/honneur. Femmes/gardiennes. Femmes/vestales. Femmes/sacrées. Jamais "femmes" tout court, tout simplement. Femmes.

Carapaces après carapaces, comme des armures pour conjurer, les couches des fantasmes masculins projettés sur nous, nous emmurent. Car, pour placer les femmes au coeur d'un présupposé honneur, il faut bien qu'il y ait impuissance des codes.

Le fait de posséder un ventre fertile, un sexe, des seins, nous placerait il donc au centre des tous de nos sociétés patriarcales?


Si "l'honneur" d'un groupe social est défini par ses femmes, alors la bêtise de ce même groupe est définie par les hommes.


Pourquoi cet acharnement à nous enfermer dans des bulles imaginatives où toute liberté d'action et de pensée est quasiment blasphématoire?

Quand on fait de "ses" femmes le symbole de la bonne marche et de la cohésion sociale, il n'y a plus place pour l'individu.

La femme n'est alors que ce bel objet de désirs, aimé, fantasmé, chéri, chanté, courtisé, touché du bout des envies secrètes. Elle n'est perçue, alors, que comme objet sexuel, prompt à faire chuter " l'homme de bien" qui passerait sa vie à lutter contre les démons.

Nos hommes peuvent se promener de bras en bras, tromper leur femme, chercher à exister dans les mille regards féminins qui croisent leur route. Mais leur femme ou leur soeur ou tout autre membre féminin de leur groupe familial ou tribal est condamné à rester "sage" pour ne pas "souiller" un nom à qui on a donné tous les attributs d'un honneur dont personne n'est réellement capable de définir le contenu.


Car tout est sexe chez les humains. De l'enfant qui tête sa mère aux codes de comportement entre hommes et femmes, il y a toujours, en toile de fonds, la sexualité. Non pas celle dont s'abreuvent certains, le sexe porno, sali, déroutant et dégradant. Mais la sexualité comme moteur des relations humaines.


En enfermant les femmes dans des prisons vestimentaires, en les confinant à une place unique de femme/mère/gardienne, les hommes ont trouvé le moyen d'assoir une présupposée supériorité.


En les enfermant dans des codes sociologiques qui les nient, nos hommes ont fait de leurs femmes et filles des statues figées.


En les enfermant dans des projections machistes ils les ont dénaturées.


Et, surtout, ils les ont ligotées : l'honneur primant sur tout, ces femmes sont devenues l'exutoire de toutes les rancoeurs, de toutes les jalousies, de tous les manques et de tous les désirs refoulés.


Victimes, bourreaux.

Danse de désirs et de répulsions. De vie et de mort.

Comment en sommes nous arrivés à tuer symboliquement nos femmes?



Salomé.

mardi 28 juin 2011

Nos hommes...



Nos hommes sont émouvants, parfois. Agaçants, souvent. Présents, toujours. Petits garçons devenus hommes, ils tournent autour de nos centres. Et recréent indéfiniment nos mondes à l'aura de leurs désirs. Dès leur premier cri leurs mères ont patiemment brodé autour d'eux des murs de vanité car naître garçon est perçu comme un miracle à préserver. Ils grandissent uniques, planètes solitaires autour desquelles gravitent les femmes de la famille. Depuis la plus tendre enfance ils sont faits rois, enfants boudeurs, capricieux, centres de toutes les attentions et de tous les fantasmes qui font qu'il faut absolument préserver cette chose qui fait qu'ils sont plus grands, plus importants, plus magnifiques que leurs soeurs : la masculinalité.

On les modèle petits garçons pour en faire des hommes selon tous les codes en vigueur. Et, avec amour et mimétisme, on grave dans leur mémoire le mantra absolu du " sois un homme mon fils" mauritanien. Ils apprennent l'orgueil quand on nous apprend, à nous filles et femmes, l'humilité. Ils récitent l'univers à leur dimension, cet univers qui tourne autour d'eux et dont nous sommes, nous femelles, les satellites amoureux et dévoués.

Ils apprennent la cruauté innocente de ceux qui se pensent tout permis. Et nous façonnent comme des poteries exotiques. Ils aiment comme on boit, à satiété. Ils nous chantent comme on respire. Ils nous touchent comme ils se coiffent. Ils nous prennent comme, enfants, ils prenaient le sein de leur mère et nous abandonnent comme ils oublieraient leurs clés de voiture.

Ils nous voilent pour mieux, eux, se dévoiler. Ils nous possédent comme un bijou.

Ils se posent sur nos corps comme des enfants.

Et nous les regardons...

Nous regardons tous leurs non dits, leurs larmes interdites par l'amour des leurs, leurs cris, leurs souffrances.

Et, parfois, nous touchons du bout de l'âme ces instants précieux et émouvants où ils ne sont plus des hommes, mais nos hommes, notre homme. Abandonné un moment...

Ce moment où l'homo mauritanicus redevient un petit garçon, yeux rêveurs.

Et c'est dans l'émouvant moment où nous prenons leurs yeux qu'ils sont nos pleins et déliés. Ce tout petit moment où ils pensent nous posséder comme un jouet et où ils ne sont plus que bateaux libres.

C'est ainsi : nos hommes ont été modelés centres et nous bords et clôtures par des cultures qui ont fait de l'homme le pilier du monde et des femmes les gardiennes.

Et quand ils se voient immenses nous, leurs femmes et filles et mères et amantes, nous les sentons dans ces rares moments d'intimité réelle, posés sur nos bouches comme des ailes de papillons.

Salomé