jeudi 3 juillet 2014

Ma langue ( à mes fils)....













J'ai la langue roulée à toutes les langues,
animal d'ailleurs comme un accent sur ma mémoire

J'ai la langue en offrande, malaxée aux voyages
petits points en casquette à poser sur tes yeux

J'ai la  langue en abandons, en départs, en retours, en partance
ports, navires, à te donner en héritage

j'ai la langue en vrilles, volutes,  en plafonds de cathédrales
Murmurée à tes oreilles d'enfant , en chapelets prières

J'ai la langue en mains levées, boucle sur mes lèvres
enracinée dans mes enfances arc en ciel, orée des mondes

J'ai la langue primale, bercée à la hauteur de tes avenirs
salivée à l'odeur de ton corps potelé

J'ai la langue partagée en amours dentelles
caressée à l'aura de tes petits poings serrés

J'ai la langue des douceurs, bonbons de l'enfance
enrobée en fumées des désirs

J'ai la langue de ma mère, en bracelet chuchotis
enroulée dans mes doigts en envols

J'ai la langue en exil, douleur des départs
éternité des multiples de moi

J'ai ma langue, la seule que j'ai,
à t'offrir pour que demain ne soit pas mort
et que tu ouvres tes bras
au souvenir de nos mondes,
mon petit homme

En ma langue je te re crée

Ma langue des lendemains, tu es devenu.

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Gabriel Moreno)


mercredi 2 juillet 2014

Apesanteur










Il y a des petits cailloux blancs
et des sables qui brûlent

Et des forêts sombres, profondes
où j'entends des voix

Il y a des nuits cauchemars
et les cris des enfants qui meurent

Et des draps froissés, mouillés
où j'imprime mes poings

Il y a des eaux vertes et bleues
et des noyés moqueurs

Et des coups qui claquent
où je griffe les abîmes

il y a des chemins qui s'enfoncent
et des crucifiés en sanglots

Et des univers de sang
où je déchire mes yeux

Il y a des profondeurs de jaspe
et des pleurs d'enfant

Et des enroulements
où je cache mon corps

Il y a des respirations aïgues
et des étouffements

Et des endormissements
où j'impose mes vies

Il y a la vie en dessins déliés
et la paix, le silence,
l'absence

Mon corps en apesanteur....

Mariem mint DERWICH

(Artiste inconnu. Photo prise au Miam de Sète par Old Nut)



dimanche 29 juin 2014

Je te porte











Je te porte

En foulard entre mes mains
enroulé sur ma bouche

Je te porte

Ombres et feuilles
lumières et étoiles

Je te porte

En miroir passés
couleurs d'ailleurs

Je te porte

Arc boutée, animale
tendresse et courbes

Je te porte

En mots liquides
osmoses et sables

Je te porte

En notes façonnées
sur ta mémoire effleurées

Je te porte

En bracelets de cheville
ébauches de toi

Je te porte

accroché au bord de mes yeux
lové dans mon ventre

Je te porte

En zébrures d'amour

Je te porte
à l'infini de tes maux
portée des exils
pointu des larmes

Je te porte
poing levé

Sur toi
repliée

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Véronic Martignac)



Mots en amour













J'ai les mots de mes erreurs
déchirures
Mots du monde
Maux de moi

J'ai les mots de mes ailleurs
explosés
Mots du monde
Maux de moi

J'ai les mots de mon amour
douceur
Mots du monde
Mots de lui

J'ai les mots en écharpe azur
tendresse
Mots du monde
Mots de nous

J'ai les mots en couleurs
amour
Mots regrets
Mot pardon

J'ai les mots à l'orée de sa peau
caresses
Mots de l'homme
Mots envols

J'ai les mots de mon désir
Lui

J'ai les mots en amour

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Helen Abbas)

lundi 23 juin 2014

Matins du monde.













Il y a les matins du monde
et les nuits
et les aurores
et les crépuscules
les feux de brousse
les étoiles
les pirogues
les mangues
le sucré
le doux
l'amer

il y a tout cela
et plus encore

Il y a les couleurs
les oiseaux
les traces
les dunes
les pierres
l'eau
les graines
le plaisir
les rires
les pleurs
les sourires

il y a tout cela
et plus encore

il y a le roulis
le désir
l'amour
les jeux
les chuchotis
les draps
les mains
la faim
chevelures
aime moi
prends

il y a tout cela
et plus encore

il y a là bas
et ici
et toi
et moi
et les miroirs
et les prières

Il y a tout cela
et plus encore

Aux matins du monde
je t'aime

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Valérie Lamarre)

J'écris














J'écris ces petits mots
mots des riens
mots d'ailleurs
petits cocons
dans ma mémoire
enfouis

J'écris comme on lutte
étouffement
respirations
bouche ouverte

J'écris ces petits mots
mots de vie
mots d'ici
papillons éphémères
de mon corps en zébrures
dessinées

J'écris comme on saigne
cicatrices
fermetures
ouvertures

J'écris ces petits mots
en Je
en Nous
en Tu
en Elles
en Eux

J'écris ces petits mots
en chuchotements
vents
vagues
sables
amnésie

J'écris
chants
notes
frontières
petits signes
enroulés

je me déroule
en écritures
façonnée

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Sergio Amilcar)




jeudi 19 juin 2014

Nuit....







Sur tes paupières closes
ma bouche comme un accent
petites vagues mouillées
ancrées à ton sommeil

Sur tes doigts déployés
mon souffle comme des ailes
ressacs des mots
en volutes sensuelles

Sur ton cou alangui
mon regard comme une encre bleue
écritures de l'absurde
ailes de papillons

Sur ton épaule alanguie
mes cheveux comme des moucharabiehs
petits filaments de nuit
en chatouillis amoureux

Sur ta bouche apaisée
ma joue comme un lit
arrondie en bracelets
nacre des désirs

Sur nous endormis
la musique comme une aube
l'instant suspendu
en chuchotis déroulés

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Rodin)




mercredi 18 juin 2014

Lisières













Je me pose aux lisières du monde
en couleurs, en rondes enfantines

mains en extase
en offrandes, liées, déliées, ouvertures, prières

Je m'emprunte aux yeux des autres
sanguines, aquarelles, bleuets, vents, épines

Je me plie en fragments évaporés
tessons, coupes, pots, calebasses, flèches

cheveux déployés
en sacrés, béatitudes, jouissances, pointues

Je me coule dans les mers inconnues
en eaux, utérines, matrices, cocons, noyées

Je tape la terre, pieds, coups, appels
aux sables mêlée, claquée, griffée

J'ouvre mes ailes aux portes des paradis
absolue, sanctuaires, mausolées, tombeaux

Je me scarifie au dos des caravanes
crépuscules, feux, possédée, baraquée

yeux en transes
chante, danse, chante, musiques

Je me pose en tes mains enroulée
endormie, paupières, ventre, soleils

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Martine Quesnel)

mardi 17 juin 2014

Fleurs rouges













Elle est là
la petite fille
arc boutée
toute en terreurs

Elle est là
et je la regarde

Elle est là
la petite fille
en fleurs rouges
déchirures

Elle est là
et je la regarde

Elle est là 
la petite fille
en éclats coupants
rasoirs

Elle est là
coeur au bord des lèvres
peur
obscurité
non
non
s'il vous plait
J'aime pas
Monsieur
s'il vous plait

Elle est là
et elle me regarde

Petite fille
cloche pied
corde à sauter
bonbons
oiseau de feu
billes
poupées
mots
crayons
couleurs

Monsieur
j'aime pas
non
non
s'il vous plait
maman

Elle est là
la petite fille

et elle pleure

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Gabriela Bodin)




lundi 16 juin 2014

Ecritures




















J'écris ma terre
comme on dessine des aurores
En arrondis, en aspérités

terre

Je tatoue mon ciel
en poussières éphémères
En cercles, en angles

ciel

Je dessine mes murs
peintures éparpillées
En calames, en ombres chinoises

murs

Je façonne l'homme
en perles bleues
corps absolus, tournoyés

l'homme

Je ris sur les vents, emportée
en murmures , notes
Tidinits, ardines, koras

vents

Je cueille les nuits
Habtas, guerbas, chapelets
Mode blanc, mode noir

nuits

Je joue aux berges du fleuve
enroulée, déroulée
Glaise, rouges, sangs

fleuve

J'enfouis ma bouche, aspirée
aux fourrures des animaux
rahla, voyages, musiques

bouche

Je sème des miroirs
au sommet des dunes déposés
palmiers en bouquets

miroirs

J'ouvre mes bras
immensité

Je te porte, je t'enfante

renaître, à l'infini des couleurs
dans l'odeur de l'encens
et le chant des mosquées

Arabesques et tatouages

J'écris ma terre.

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Adriana Laube)





mercredi 11 juin 2014

Homme...

A la lisière
des petites choses
et des choses immenses
insignifiantes
lumières
tu es

fragmenté aux frontières de mes yeux
en souffles étalé
tu es

A la porte de ma bouche
endormi sur ma langue
en mes mains posé
couleurs
lampe tempête
tu es

roulé en mes mots, chatouillé
en signes allongé
tu es

Au seuil de mes infinis
dans les rires des nuages
des pluies
des soleils
dans le mouvement
de la caravane
dans l'herbe
et l'arbre
dans l'oiseau miel
et le cri des étoiles

Dans le pourpre de la nuit
la langueur de l'argile
le dos des femmes
les pieds des hommes
l'azur du regard
la peur de l'aurore
le dessin du scarabée
l'aile des mains
le chant des sables
homme racine

tu es.

Mariem mint DERWICH

(Artiste :  O'Keeffer)



Dessins....












En douceur d'eau
enrubannée de palmiers
cerclée de bracelets

je suis

corps de sable

En douceur fumée
arrondie en yeux
dessinée henné

je suis

corps de ressacs

En touchers parfumée
enroulée en voiles
déployée en étoiles

je suis

corps de dunes

En miroirs multipliée
enfouie en chaleurs
façonnée de khôl

je suis

corps de caravanes

En matrice endormie
façonnée regardée
en mots tatouée

je suis

corps de l'homme

En regards sculptée
en souffles déhanchée
en chevelures envolée

je suis

corps ancré.

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Gesine Marwedel, Body Painting)

vendredi 6 juin 2014

Je tourne....













Dans la plénitude
l'absolu des musiques
Coeur et âme

Je tourne

Paume au ciel
paume à la terre

Je tourne

Je me fragmente
en poussières
d'infinis

Je tourne

Yeux aux vents
ventre cosmos

Je tourne

Dans l'abîme
le reflet des notes
hanches et bouche

Je tourne

boréales en bandoulières
corps en atomes

Je tourne

Je plane et plie
femme liane
à l'orée de ta langue

Je tourne

femme oiseau
femme calebasse
femme murmures

Femme,
je tourbillonne....

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Julio LEPARC)


jeudi 5 juin 2014

Danser....










Je me promène
en dentelles
de sables
brodée

Je roule
au long de la dune
enfantine
enfantée

Je vole
en ailes de chuchotis
enroulée
tourne boulée

Je te sens
enveloppée
en trames
déployée

Je dessine sur ma peau
emperlée
profondeurs
'aïn sita, bracelets

Je te roule
à mes doigts émerveillés
poterie
chantonnée

Je m'enfonce
eaux, douceur
en tes yeux
recréée

Je respire
l'air des larges
en voilures d'étoiles
abysses

Tournoyée
à l'aurore
des mondes
je chuchote....

Mariem mint DERWICH

(Artiste : LU1990)




mercredi 4 juin 2014

Et il y a toi, mon homme....

Il y a des choses simples, douces. Il y a des années et des siècles, des heures et des secondes, des ombres et des soleils, des pleurs et des rires, des milliers de choses, atomes dispersés, danses des soufis, mots d'ailleurs, des sables et des mers, des ressacs et des enracinements...
Des houles, des bateaux, des azurs, des verts profonds, et des poissons...
il y a toutes ces petites choses qui font l'urgence de la vie.
Et il y a toi, ancré dans ma vie.
Comme une mémoire renouée, un long cri de reconnaissance, une musique sur mes yeux.
Il y a toi, à la lisière de toutes mes frontières, campé dans mes cheveux.
Il y a ces mots de nous, petits scarabées amoureux, jouant sur ma peau.
Je te regarde, magnifique, tout en élans, je te regarde à la démesure de mes intimes.
 Dans mes mots de toi il y a tout le temps du monde, l'immensité, les millions de solitudes, les millions de rencontres.
Et il y a toi.
Mon homme de tous temps, mon homme envols, mon homme saveur, passion, mon homme feu, mon homme papillon...
Ton visage en coupe dans mes mains.
Mes doigts qui se promènent sur ta joue, sculptent ton nez, mettent en notes ta bouche, frôlent ton cou, jouent avec tes mots, les jettent aux vents, les rattrapent, les enferment, les mouillent, les cachent, te les redonnent... Plénitude de tes traits en mes traits endormis....
Et il y a toi...
Fragilités, zig zag de tes mémoires, en blessures, en espérances, en douceur, en tendresses, en colères, en soupirs...
Et il y a toi, mon homme...

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Marie Christine Thiercelin)




Nous













Toucher, sentir, aimer
dans la langueurs des regards
s'inventer

Prendre, empoigner, donner
et souffle à souffle
se regarder

Brûler, tatouer, graver
salive et lèvres
se broder

Dire, murmurer, jouer
paumes à peaux
se perdre

Ployer, renaître, frissonner
bouche à bouche
se recréer

Et dessiner, et inventer, et espérer
jeux d'amour
jeux d'ailleurs
jeux de nous
en tapis déployés

Ta bouche
ma bouche


Mariem mint DERWICH

(Artiste : Rodin, " Le Baiser")


mardi 27 mai 2014

Que dit l'homme?













Que dit l'homme
qui tourne
et tourne
encore

Toupie
et mots

Que dit il
dans sa bouche
à l'infini
étirée

Pieds
et empreintes

Que dit l'homme
aux portes de la ville
barrières
et policiers

Dents
et crachats

Que dit il
dans ses mains
à l'immensité
griffée

Tombeaux
et martyrs

Que dit l'homme
sur lui même
replié
respirations

Misères
et folies

Que dit il cet homme
aux portes de la ville
emmuré
en fêlures

Poussières
et vents....

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Helen ABBAS)

Seras tu là?













Quand je me retournerai
Seras tu là ?

Entre mains et yeux
du chemin de toi à moi

Quand je me retournerai
Seras tu là ?

Du souffle infini
à la parole déliée

Quand je me retournerai
Seras tu là ?

De l'empreinte et de la paume
en tatouages de ma langue

Quand je me retournerai
Seras tu là ?

Seras tu là,
en mémoires azurées
entre la terre battue et les rizières
ancré à mes cils
papillon de nuit

Seras tu là ?

Quand je me retournerai

Seras tu ?

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Patrice MURCIANO)

dimanche 11 mai 2014

Je t'aime t'aime...













Je t'aime t'aime tam tam,
des mots
Roulis, envols ,saveurs
Chant de la peau
Musique du corps

Je t'aime t'aime tam tam,
des langues
à l'orée de tes yeux mes doigts brodés
Je t'aime t'aime tam tam,
des vagues
Petits mots, grands riens
jeux des notes
t'aime t'aime tam tam

Je t'aime t'aime tam tam
Clair obscur
vérités, lumières et mensonges
salives
Je t'aime t'aime tam tam
Chocs et mille choses
des amours et des pleurs
T'aime t'aime tam tam
Je t'aime t'aime tam tam,
des gestes
A ta bouche arrimée
A mes yeux suspendu
t'aime t'aime tam tam
Je t'aime t'aime tam tam
en envols et en soupirs
Endroit de Nous
ta main, ton souffle, les lignes et moi

Je t'aime t'aime tam tam
musicalité des sentiments
cloche pied
corde à sauter
t'aime t'aime tam tam
Je t'aime t'aime tam tam
Je te prends
tu me plies
t'aime t'aime tam tam
 Je t'aime t'aime tam tam
Vents et eau
Mouillés
T'aime t'aime tam tam
Je t'aime t'aime tam tam
Je, Nous ,Tu , Il, Elle
Promesses de l'aube
t'aime t'aime tam tam
Mariem M. DERWICH
(Artiste : Carol Carter)


lundi 7 avril 2014

Il est....















Il est...
certitudes et souffles
mots et paroles
Rires, lui

Gestes à gestes
peau contre peau
souffles...

Il est...
ma vérité, le tout
sur mes riens
langueur...

Ma paume, lignes de vie
amour, pénombre
soupirs

Il est...
rondeurs et envies
sa bouche
comme un lit

Mes mains en envols,
sa peau, errances,
chavirée...

Il est...
ma soif, sources
jeux, lui, moi,
nous

Comme un voyage,
ses mains en offrande,
brûlures...

Il est...

Mariem mint DERWICH

(Tableau, Artiste : Andrius Kovelinas)


jeudi 12 décembre 2013

Entends...











Laisse tes paupières envelopper les pleins des rêves
les bleus des infinis
les ocres des paroles
les verts des minarets
les rouges des soleils

laisse tes poings contenir les déliés de tes mots
les jaunes des ailleurs
les oranges des crépuscules
les violets des dessins
les indigos des femmes

Laisse tes lèvres humer les vents du large
les émeraudes des vagues
les sépias des coquillages
les safrans des sables
les bleuets des abysses

Laisse tes langues chanter tes mémoires
les feux de la brousse
les charbons des yeux
les arc en ciel de tes cils
les mordorés des peaux

Laisse tes mains en coupe sur ton front
parchemin des chapelets
corail des grains
sanguine des poèmes
azur des tidinit

Laisse le souffle
et l'envol
et renaître
et crier
et l'extase

Ferme les yeux et entends.....

Mariem mint DERWICH




samedi 7 décembre 2013

Donne moi








Donne moi l'urgence
les pas dans la nuit
les rêves cassés
Le pointu de la cicatrice

Et dans ton cou
laisse moi dormir
imaginer
voir
voler

Donne moi la peur
le désir
l'abandon de toutes choses
le couteau de la nuit

Et dans ta paume
laisse moi mourir
fermer
déchirer
enfanter

Donne moi ta bouche
les cris
les pleurs
les coups
la douleur

Et sur tes yeux
me poser
me brûler
l'infini
la terre

Donne moi tes mots
l'absurde
les rires
la langue
les os

Donne moi la femme
et l'homme
et l'enfant
et le ciel
et l'enfer

Donne moi le rien
le petit rien
le caillou
l'oiseau
le feu

Donne moi ta langue
gravure
bêtise
bonbon
amertume

Et dans le néant
corps explosé
déchirée
griffée
la douleur

Donne moi ma faute
péché
abomination
expiations
autres
eux

Et dans ton cou
laisse moi dormir
imaginer
voir
voler
être à nouveau

Morsures...

Mariem mint DERWICH

Vertige....












Tu déroules tes doigts
A mes doigts emmêlés

Touchée
roulée
pliée
éparpillée
caresse

Tu déroules tes doigts
A mes doigts arrimés

Vertige
foetus
partance
vibrés
lavés

Tu déroules tes doigts
A mes doigts ancrés

mouillés
senteurs
livrés
donnés
sueurs

Tu déroules tes doigts
A mes doigts malaxés

Ombrés
liserés
désirés
tatoués
aimés

Tu déroules tes doigts
A mes doigts empoignés

Tu déroules tes doigts
A ma bouche envolée

Expirée

Je déroule mes doigts
A ta peau moiteur

Vertige

Mariem mint DERWICH







mardi 3 décembre 2013

Ancrages...





J'ai la couleur de mes mémoires
tatouages
sangs
paroles

Chansons de mes ailleurs
boucles
mots
chuchotis

J'ai la saveur de mes autres
grands pères
mères
fils

Rondeur de mes lignées
abécédaires
passés
notes

J'ai mes autres en partage
métisse
miroirs
tessons

Lit de mes voyages
tissages
fers
valise

J'ai l'exil de mes riens
pointus
rieurs
effleurement

Petites choses
immensités
souvenirs
gratter

J'ai lui et elle et eux et nous
et moi
et tout
ancrages

Mariem mint Derwich


dimanche 25 août 2013

Il y a dans ma mémoire....















Il y a dans ma mémoire des chuchotis
des corps en aurores
des transparences
des flèches
des yeux comme des oiseaux

il y a dans ma mémoire
des mains qui s'envolent
des bleus et des ocres
des verts et des rouges
des jaunes et des néants

Il y a dans ma mémoire
des douleurs comme des agonies
des ouvertures
des fermetures
des prisons et des coups

il y a dans ma mémoire
des paroles
des cris et des caresses
des douceurs et des caramels
des petites choses

Il y a dans ma mémoire
des départs
des fuites
des enfouissements
des enfantements

Il y a dans ma mémoire
des lézardes
des multiples
des infinis d'espoir
des larmes

Il y a dans ma mémoire
des instants d'amour
langueur des mots
salives
soupirs

Il y a dans ma mémoire
ce JE réducteur
des projections
des images
des refrains

Il y a dans ma mémoire
des métissages
chaînes
angoisses
Bords ébréchés

Il y a dans ma mémoire
des infinis
des cosmos
des Moi en nombre douloureux
impairs

Il y a dans ma mémoire
ventres
vie
suppliques
prières

Dans ma mémoire
l'Autre......

Mariem mint DERWICH

(Tableau : oeuvre de l'artiste Carol Carter)

Ombres













Dans l'ombre des multiples,
Sables
bathas
Marigots
Dunes

Dans l'ombre des multiples,
la déchirure
Zébrure des gestes
Moiteurs
Aspérités

Dans l'ombre des multiples,
Solitude
Le Un comme le Tout
Point sur le ciel
Yeux

Dans l'ombre des multiples,
Sueurs
Sangs
Fermetures
Eparpillements

Dans l'ombre de mes multiples,
Roulée boulée
Sous tes yeux
Etalée
Crachée

Dans l'ombre de mes multiples,
il y a lui et lui et lui
Et moi

Le Un comme le Tout

Dans l'ombre de mes multiples

Rien.

Mariem mint DERWICH

(Tableau : oeuvre de l'artiste Françoise Nielly)

vendredi 17 mai 2013

Maux de moi....


Au commencement de toutes choses il y a cette petite fille en larmes

toute en déchirures et en explosions


Au commencement de toute chose il y a cette petite fille en zébrures

en miroirs à l'infini, démultiplication


Au commencement de toute chose il y a cette petite fille écartelée

en morceaux collés bords à bords


Au commencement de toute chose il y a cette petite fille martelée

sculptée, pétrie, malaxée, infinitudes des gestes


Au commencement de toute chose il y a cette petite fille violences

empoignée, exigée, redessinée à l'infini des autres


Au commencement de toute chose il y a cette petite fille solitude

et peurs, et colères, rouge, sang, griffures


Au commencement de toute chose il y a cette petite fille culpabilité

abandon, questions, pourquoi, comment, où, quand


Au commencement de toute chose il y a cette petite fille espoir

rêves, cauchemars, haine, s'il vous plait, non, oui, fuite


Au commencement de toute chose il y a cette petite fille obscurité

mourir, vivre, respirer, laisse moi, touche moi, va t'en, donne moi


Au commencement de toute chose il y a cette petite fille écriture

petits papiers des riens, tout, mal, peur, rires, cicatrices


Au commencement de toute chose il y a cette petite fille naissance


Maux, mots

Maux de moi....


Mariem mint DERWICH
(Photo : oeuvre de l'artiste Marie Louise Bodirsky)

L'instant parfait....














Il est des moments doux

soie feutrée des mots

langueur des sons


Dans la plénitude

l'instant parfait.


Il est des rondeurs

des lettres à broder

des ailleurs immensités


Dans la plénitude

l'instant parfait.


Il est des musiques

des notes infinies

des présences fantômes


Dans la plénitude

l'instant parfait.


Il est des enfouissements

des profondeurs

des lits de velours


Dans la plénitude

l'instant parfait.


Il est des routes

chemins de sable

le commencement de toute chose


Dans la plénitude

l'instant parfait.

Il est....
Mariem mint DERWICH

dimanche 5 mai 2013

Seules.....

Nous sommes toujours seules. Dans la touffeur des multitudes de la famille élargie, nous sommes seules. Solitudes parmi les solitudes de ceux qui peuplent nos maisons et nos vies. Petits grains d'une chaîne immense qui nous tisse mutuelles sans percevoir nos solitudes. Nous sommes tellement porteuses de tous les pluriels de nos entourages que plus personne ne voit que nous nous portons seules.
Nous sommes élevées comme projections de tous les fantasmes des notres. Nous sommes images, rêves, permanences, fulgurances des passés remaniés à la hauteur de toutes les douleurs des présents.
Derrière le masque lisse qui est le notre, masque modelé dans l'acceptation de destins présupposés être le fil conducteur de nos vies, nos solitudes nous écartèlent.
Nous vivons dans le monde. Nous hurlons dans nos mondes.
La femme hurle dans ses silences et sourit dans l'apparence de vie.
Elle est seule à percevoir la perversité de l'image que la société a d'elle : image maternelle, image aimante, image de douceur, image de reproductrice, image de frivolité, image tatouée...
Elle sait les poèmes, les chants, les hommages. Elle sait nos hommes amoureux de cette image et passant leur vie à se démultiplier dans les regards féminins, s'y noyant jusqu'à la jouissance, acharnés qu'ils sont à reculer la mort en se fondant dans ces multiples féminins, catharsis orgasmique.
Elle sait les luttes quotidiennes, le lent défilement des minutes, des secondes, des instants de la survie.
Dans sa solitude la femme est folie, cris, joues griffées, cheveux secoués, spasmes dans le ventre, vomissements, sangs, ongles, rages, perfidies...
Elle est ces envies de mort, de défiguration, de laminage des barrières. Elle est poings levés. Elle est ces corps qui se roulent par terre, mains vers l'infini, jambes ciseaux ouvertes, peau qui brûle.
Elle est détestation de soi. Et des autres.
Elle se pare, se dessine. Cisèle sur ses yeux les couleurs de l'attrait. Sculpte ses joues. Se fait autre, se crée autre, celle des autres. Elle se fait séduction car elle sait ce que l'on nous apprend : que la séduction, le mensonge, l'apparence, la sexualité comme arme, sont les seuls moyens de survie.
Alors elle se fait vestale, actrice de ses propres souffrances.
Nos femmes se font mises en scène, dansant dans l'érotisme du dialdiali, de l'encens, des parfums, des fards, des douceurs / promesses...
Dans cette schizophrénie des sentiments, elles se sculptent patiemment, offrandes consentantes d'un jeu de mort.
Nous sommes toujours seules, dans le silence de l'agonie, la permanence des destins, le bruit léger des mots....
Mariem mint Derwich

Poser ses mains sur son visage....







Poser ses mains sur son visage,
occulter les yeux,
les fermer,
les rayer de tout

Poser ses mains sur son visage
et couler, doucement

Poser ses mains sur son visage
clore la bouche
empoigner sa mémoire
la vider

Poser ses mains sur son visage
pour ne pas saigner

et encore et encore,
affronter, empoigner,
poussière de mémoire après poussières,
batailles  de sang

Poser ses mains sur son visage,
et vaincre

Poser ses mains sur son visage,
hurler jusqu'à l'infini des étoiles,
hurler à briser sa voix,
à mourir

Poser ses mains sur son visage,
se regarder, éclater en autres

Poser ses mains sur son visage,
et taper, taper,
taper encore.
Crever.

Poser ses mains sur son visage,
casser le miroir....

Mariem mint Derwich


(Photo : oeuvre de David  Walker)






vendredi 19 avril 2013

Je m'appelle Mariem mint DERWICH et j'écris....

Après mûres réfléxion il m'a semblé que le moment était venu, pour moi Salomé, de sortir de l'anonymat. La démarche n'est pas aisée et implique un travail sur soi. Depuis des années j'écris sur ce blog. De façon trés sporadique, j'en conviens.
Grâce à l'anonymat j'ai pu poster mes textes et poésies, sans craindre le regard des autres : famille, amis, etc....
Les pesanteurs sociales font que femmes et écriture ne font pas souvent bon ménage dans nos sociétés. L'expression féminine est encore tabou. En particulier quand sont abordés les thèmes des intimités, des sentiments profonds....
La poésie, hormis pour 2 ou 3 femmes, est quasi masculine en Mauritanie.
La poésie en français l'est encore plus.
Ce blog est mon histoire, mes fractures, mes doutes, mes "Moi" métissés, mes interrogations.
Il est mon cheminement personnel.
Il est temps, aujourd'hui, que je sorte de l'anonymat.
Je m'appelle Mariem mint DERWICH et j'écris....

Mariem mint DERWICH



mercredi 27 mars 2013

Le bout du voyage....












Dans ma tombe

j'ai posé mes mains


dessiné l'ailleurs


Dans ma tombe

j'ai griffé le sable


Psalmodié mes autres


Dans ma tombe

j'ai gravé mon nom


Chanté mes éclats


J'ai entendu la prière

les mots en arabesques


les voix fugitives

des folies expiatoires


j'ai fermé les yeux

calfeutré ma bouche


j'ai glissé

glissé comme on s'envole


j'ai libéré les amarres

je me suis posée dans ma paume


et j'ai pleuré

Enfin, le bout du voyage.....

Salomé

jeudi 24 janvier 2013

Fulgurances...














Dans la fulgurance des vents
sables, sables, mouvances
aquarelles et sépias

dans la fulgurance des étoiles
dunes et courbes
regards, mots, maux

Dans la fulgurance des infinis
et des espaces


à la portée de mes bras
sur ma bouche
et ma peau
et mes yeux

il y a cet immensité douloureuse
comme un voyage dans la chair

fragments et tessons de verres

des fuites et des larmes

et le cosmos
mon pays comme une arabesque de douleur

tatouage des blessures

Dans la fulgurance des ailleurs

mon instant d'ici

mon moi en multiples

Ya Allah!

Salomé....

lundi 26 mars 2012

Douleurs












Tous mes "je" éparpillés aux vents
graines démultipliées
en excisions
en cris
en souffrances
en laideur

Les poings serrés jusqu'à la nausée
des choses et des mots

Chocs de mes mémoires
dans l'indifférence des ailleurs

La rage comme moteur
la douleur comme cataplasme
Rasoir des folies
qui bordent mes paupières
cousues sur mes fuites
Mourir

Ventre noué jusqu'à l'abominable
des choses et des mots

Martélement des blessures
dans l'indifférence des ailleurs

Exploser jusqu'à disparaître
milliers d'atomes enfin libérés
mes larmes jetées aux cieux
enfouies dans les sables
pétries par le feu
laminées

Arracher mes yeux
effacer

La bouche ouverte jusqu'à l'éternité
dans l'indifférence des ailleurs

Mourir
Renaître
Hurler
Mentir
Briser
Partir

Douleurs...

Salomé.

lundi 5 mars 2012

A mon père...











Que n'as tu appris à me regarder
à me toucher
à me humer
à retrouver en moi tes multiples réunis en mon masque d'absence

Que n'as tu appris à me parler
à m'écouter
à me dire
à tisser en moi tes multiples langages

Que n'as tu appris à ciseler l'enfant
à la lover dans tes bras
à la poser sur tes ailleurs
à broder tes multiples mémoires

Que n'as tu appris tes absences
et mes douleurs
mes larmes dans la solitude des années qui passent
tes rêves dans le vent

Que n'as tu appris à ouvrir les yeux
à me voir dans le vide de ton abandon
à effacer les rejets
et les mépris

Que n'as tu appris ta place
ton rôle
ta tendresse inconnue
et ta foi en les autres
sauf en moi

Que ne m'as tu apprise
moi ta fille
porteuse de ton absence
chaînes éternelles

Ton absence dans mon absence...

Salomé

mardi 24 janvier 2012

Regarde moi !

Regarde moi !
J'ai dansé dans les jardins d'Aranjuez
J'ai brodé le monde à la coupe de mon ventre
J'ai hanté les mémoires des hommes des caravanes
J'ai dormi sur la langue de Nizar Qabani
J'ai roulé sur les paupières d'Ousmane Diagana
J'ai ciselé les cuisses de Senghor

Regarde moi !
J'ai brûlé Omar Khayyam
J'ai tourné sur la peau de Djalal od Din Rûmi
j'ai volé sur la voix d'Oum kalthoum
J'ai griffé les cordes des tidinit
et les les arabesques du t'bol
J'ai foulé la pudeur

Regarde moi !
J'ai été étoiles et servante
J'ai été celle que tu as lapidé
J'ai été ta mère et ta femme et ta soeur
J'ai été Awa et Bilqis et Schéhérazade
Et Leyla et Majnoun
J'ai été le croissant de lune et la croix

Regarde moi !
J'ai été ta vie
Je suis devenue ta peur, ta mort, ton péché, tes expiations
Le fouet de la censure

Regarde moi toi qui ne me vois plus
Toi qui m'efface de tes mémoires en excisant en moi la beauté
Toi qui voudrais crever mes yeux et couper ma chevelure
et gommer jusqu'au néant ma peau et mes dents

Regarde moi toi qui ne crains pas la Mort
mais fuis devant moi
Toi qui me vomis tout en espérant me posséder dans ton paradis
remodelée à la mesure de tes fantasmes

Regarde moi !
Tu me tues
Et tu ne me vois pas...

Salomé


jeudi 19 janvier 2012

Je...



Je suis une, duelle ,plurielle, en brisures d'atomes
sur l'infini de ta peau

à l'orée de ton cou mes "tout" rassemblés,
blessure des gestes

Je suis une, duelle, plurielle, en brisures aigues
sur l'infini de tes mémoires

à l'orée de tes mains mes ailleurs éparpillés
peau scarifiée

je suis l'autre, repliée, roulée,
déployée soudain
comme une peau sanglante

Je suis une, duelle, plurielle, en stigmates d'étoiles
sur l'infini de tes mots

à l'orée de mes prières tes envols d'avant
houle des hanches

Je suis une,duelle, plurielle, en poussière de sable
dans le refuge de ton cou

Je m'envole dans l'éparpillement de mes mémoires
de douleur

Je suis celle là....

Salomé

dimanche 15 janvier 2012

Lettre à toi qui te reconnaîtra ( seconde partie et fin...)

Sinon, dans ton bout de Sahara, rien n’a vraiment changé ici. C’est ton pays que tu connais. Selon l’AMI, son excellence ( peu importe, le discours est le même depuis 20 ans de toute façon, je suis sure qu’ils commencent à faire du copier coller lol) serre des mains, « idechen » des projets, nous souhaitent bon ramadan, bonne fête du ramadan, met des costumes plus grands que lui, met des lunettes de cow boy. Mais je devrais pas dire ça du président des pauvres ( des pauvres de quoi ? d’esprit ?), il fait ce qu’il peut ye weylou. Attends, l’Azerbadjan, Chavez, Alger, l’Afrique du Sud. Il ne veut pas faire comme les autres. C’est un original ! c’est le Lady Gaga de la politique extérieure ! ne ris pas ! pense à son premier succès, c’était poker face ( Sidi Ould Cheikh Abdallahi, t’aurais du écouter un peu plus les hits parades lol) !
Il a du bon. J’avoue : déjà, il ne trimballe pas sa madame partout. En plus, il a pas une moustache faciale (moustache qui couvre quasiment tout le visage). Et tu me connais, les petits ventres, je trouve ça attendrissant. Et j’avais oublié l’essentiel : il fait des goudrons ! partout ! bientôt entre ta salle de bain et ta chambre, tu pourras avoir un goudron. Pas sure que t’es de l’eau dans ta douche par contre, les pompes d’aftout esahli explose un peu partout en ville. Mais tu pourras rouler.
Il nomme, dénomme, surnomme des messieurs avec des têtes de déjà vu ailleurs.
Les grognons sont toujours les mêmes. Juste certains qui grognent moins que d’habitude. C’est difficile de grogner la bouche pleine (Messoud, si tu nous écoute…).
La vie est de plus en plus chère. Mais tu connais les mauritaniens, on se plaint, mais on gère nos obligations sociales du mieux qu’on peut. On garde la face.
Certaines coutumes tiennent bons. De nouvelles se sont créées. C’est une société en pleine mutation, comme Nouakchott, éternel chantier. Mais c’est à pas de tortues. Dans un silence strident. On va quelque part ; c’est sur. Pas sur que ce soit dans le bon sens !
...

"Pour l'enfant, amoureux de cartes et d'estampes,
L'univers est égal à son vaste appétit.
Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes !
Aux yeux du souvenir que le monde est petit !

Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
Le coeur gros de rancune et de désirs amers,
Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
Berçant notre infini sur le fini des mers :

Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme ;
D'autres, l'horreur de leurs berceaux, et quelques-uns,
Astrologues noyés dans les yeux d'une femme,
La Circé tyrannique aux dangereux parfums.

Pour n'être pas changés en bêtes, ils s'enivrent
D'espace et de lumière et de cieux embrasés ;
La glace qui les mord, les soleils qui les cuivrent,
Effacent lentement la marque des baisers.

Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir, coeurs légers, semblables aux ballons,
De leur fatalité jamais ils ne s'écartent,
Et, sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !

Singulière fortune où le but se déplace,
Et, n'étant nulle part, peut être n'importe où !
Où l'homme, dont jamais l'espérance n'est lasse,
Pour trouver le repos court toujours comme un fou !
Le Lotus parfumé ! c'est ici qu'on vendange
Les fruits miraculeux dont votre coeur a faim ;
Venez vous enivrer de la douceur étrange
De cette après-midi qui n'a jamais de fin ? "

C. Baudelaire, extrait du "voyage"

Séphora

jeudi 12 janvier 2012

Je regarde M....


Je regarde M., son corps puissant tout en déliés et pleins. Je la regarde bouger, rire, bouder parfois... M. est une jeune femme, veuve trop tôt, mère...
Je regarde M. avec sa féminité et ses rondeurs. Ses hanches qui ont porté, son ventre, ses bras, son cou.
Je vois ses jambes fermes et ses sourires.
Je regarde M. et ses coquetteries de petite fille, la pudeur, parfois, du regard qui se baisse et va se poser quelque part où personne n'a le droit de cité, contrée qui ne lui appartient qu'à elle.
Que voit elle quand son regard s'enfuit ainsi? Quels rêves, quels envies, quels mondes merveilleux arpente t'elle dans la solitude de son veuvage et dans le néant des années qui vont venir ?
Quel homme imagine t'elle? Celui qui viendrait recréer sa féminité et lui offrir une nouvelle vie, elle dont le premier mari est parti trop tôt et dont elle partage le souvenir avec sa co épouse, et ses enfants restés là bas, au village...?
M. vit. M. est morte. M. est seule.
M. regarde t'elle les années qui viennent et ce temps monotone qu'elle émiettera lentement, grain après grain, dans la solitude du corps jeune qu'aucune main ne viendra caresser et faire renaître aux sentiments ?
M. a une quarantaine d'années. Elle a cette beauté timide des femmes qui ont enfanté.
Et cette solitude gravée au coin des yeux.
M. répéte tous les jours les mêmes gestes du quotidien, tapis qu'elle tisse patiemment. La patience elle connait. Depuis la plus tendre enfance on lui appris la patience. Etre femme ne se peut sans la patience.
Et les attentes, et les renoncements. Elevée, formatée, sculptée dans l'attente de l'aboutissement ultime, celui enseigné par les femmes de sa famille, le mariage, les enfants, servir un homme, son homme, enfanter....
M. a suivi le chemin qu'ont emprunté avant elle des milliers de femmes, foulant la poussière et ne regardant pas les côtés et les déviations.
M. fut, car mariée et mère. Même si elle a partagé son homme avec une autre femme ( "chez nous c'est comme ça") elle avait atteint la plénitude d'une famille nouvelle, d'un toit, d'une nouvelle identité.
Mais son homme est mort et M. est là, avec ses souvenirs et ses enfants.
Sa peine s'est atténuée et elle a repris la trame du tapis de son enfance et de son adolescence.
M. est patiente.
Et espère l'hypothétique homme bon qui voudra bien d'elle à nouveau. D'elle et de ses enfants.
Hypothétique car qui acceptera de regarder M. avec ses enfants? Qui verra en elle la femme de chair sans se refuser les bouches à nourrir? Quel homme bon verra M. comme un être humain et la prendra elle et ses enfants sans ergoter sur le coût de prendre ses enfants?
Quel homme posera un jour son corps sur le corps vivant de M. et célèbrera sa féminité et sa vie sans penser d'abord " bouches à nourrir"?
Car, chez nous, M. n'est pas seulement veuve. Elle est mère de plusieurs enfants et ceux ci, de bénédiction sont maitenant envisagés comme "coût" économique...
Terrible veuvage des femmes jeunes qui apprennent, avec la perte de leur mari, la solitude et la mort du corps et des désirs.
Je regarde M. et pleure sa féminité perdue et les siècles de solitude qui l'attendent.
Je regarde M. et touche du bout de ma mémoire ses rêves cachés.
Je regarde M. et effleure ce corps puissant veuf jusqu'au dernier souffle, arcbouté dans la moiteur des nuits où il crie sa présence.
Je pleure cette société où M., femme et mère de 5 enfants, va s'étioler et voir mourir ses désirs, s'effacer jusqu'à disparaître, annihiler ses envols....
Je regarde M. qui , parce qu'elle a 5 enfants, ne trouvera surement pas un homme qui la prenne...
Je regarde M. en agonie....
Salomé.



mercredi 11 janvier 2012

Lettre à toi qui te reconnaîtra (première partie)...


Tu es loin, alors je t’écris pour te tenir informée de ce qui se passe ici. Ne pas vivre ici, avec les tiens et tiennes te donne l’impression que Mauritaniland est un paradis. Tu as le luxe douloureux de l’exil, celui de rêver, de fantasmer une ville qui serait en partie comme dans tes souvenirs d’enfants, mais aussi moderne à ses heures perdues ( vers 11h quoi lol).
Alors j’ai décidé, de te gâcher ce plaisir là. Qui châtie bien aime bien, dit le dicton.
Je vais te conter cette ville comme je la vois. De mes yeux mi attendris par un pays et des gens que j’aime, mi attristés par les attitudes des gens et par l’état de ce territoire entre le Maroc et le Sénégal ( Big up à tous ceux/ celles qui ont du expliquer une fois dans leur vie ou se trouve la Mauritanie).
Tu me parles souvent de tes amours d’antan. De ces moments volés d’adolescente dans une ruelle sombre où, le cœur à la chamade, une caresse sur ta main t’a transportée. Tu t’en souviens encore de ce premier baiser, lèvres serrées mais brulantes comme après un verre de thé, un millième de seconde que tu as cru avoir le pouvoir de changer une vie.

J’aime écouter ces histoires là, parce qu’elles me rappellent qu’il y a eu un temps avant aujourd’hui.

Aujourd’hui, aucune fille, à l’aube de sa feminité, ne s’émeut d’un baiser. Internet et la télévision ont eu raison de cette innocence, à grands coups de clips de rap américain (naissance de la bitchitude), de films pornos (apogée du fantasme animalier), de feuilletons tous horizons (Mexique : je résume pour les incultes héroine pauvre tombe amoureuse du milliardaire, qui découvre que son père n’est pas son père et que sa mère ne le sait pas ! Fernandel si tu nous écoutes ! Turque : la méchante est en fait une gentille, l’homme qu’elle aime sera défiguré mais est, en fait, un agent secret du Mossad qui lutte contre les gangs d’Istanbul). Cette fille là, on lui a déjà dicté son comportement, ce qu’elle est sensée ressentir, faire. Elle sait comment faire plaisir aux hommes, comment les utiliser. Il n’y a plus de lowzars, il n’y a plus de barbies, elles passent de l’enfance à l’âge adulte. Les hommes sont les jouets. Cette attitude est aidée par les vestiges de notre culture maure qui nous poussaient, nous femmes, autrefois objets de désirs intouchables et inavouables, à ne jamais s’attacher.
Alors, elles, leurs corps portant encore les traces de l’enfance, jouent les tigresses; appâtent, guettent se jettent sur leurs proies. Il fait bon ne pas avoir de limites. Ces petites en perte totale de repères, ne veulent plus ressembler à la mauresque. Génération maouiya oblige ( de ta tour au Qatar, si tu nous entends !), l’école n’a plus aucun intérêt. On y a apprend rien, que les profs daignent venir ou non. Et puis à quoi ca servirait, elles savent bien, que celles et que ceux qui font la pluie et le beau temps à Nouakchott, en politique, comme dans les salons n’ont pas aplati leurs postérieurs sur des bancs...
Tu serais étonnée ! tu aurais du mal à comprendre. Il y a un tel décalage entre elles et nous ! je ne dis pas qu’elles sont perverses. Je ne le pense pas. Pour la plupart, cela fait juste partie d’une quête d’identité, d’une recherche de soi, dans ce « bordel » (je sais que tu me permettrais l’expression) qu’est Nouakchott. Un masque de plus à porter. Nous aussi, nous avions nos masques. Sauf que le soir venu, après toutes les représentations, nous les enlevions, et nous retrouvions notre nous.
En même temps, je dis ça, mais nous sommes foncièrement pareilles. Nous cherchons toutes un moyen de se sentir femme, de se sentir aimée avant d’être désirée. Il y a des fois, ou j’aimerai avoir une pancarte sur ma melehfa qui dit « les gars, oui, j’ai des fesses, des seins, mais ce serait gentil de faire semblant de vous intéresser à autre chose ».
...
(à suivre...)

Séphora