jeudi 3 juillet 2014
Ma langue ( à mes fils)....
J'ai la langue roulée à toutes les langues,
animal d'ailleurs comme un accent sur ma mémoire
J'ai la langue en offrande, malaxée aux voyages
petits points en casquette à poser sur tes yeux
J'ai la langue en abandons, en départs, en retours, en partance
ports, navires, à te donner en héritage
j'ai la langue en vrilles, volutes, en plafonds de cathédrales
Murmurée à tes oreilles d'enfant , en chapelets prières
J'ai la langue en mains levées, boucle sur mes lèvres
enracinée dans mes enfances arc en ciel, orée des mondes
J'ai la langue primale, bercée à la hauteur de tes avenirs
salivée à l'odeur de ton corps potelé
J'ai la langue partagée en amours dentelles
caressée à l'aura de tes petits poings serrés
J'ai la langue des douceurs, bonbons de l'enfance
enrobée en fumées des désirs
J'ai la langue de ma mère, en bracelet chuchotis
enroulée dans mes doigts en envols
J'ai la langue en exil, douleur des départs
éternité des multiples de moi
J'ai ma langue, la seule que j'ai,
à t'offrir pour que demain ne soit pas mort
et que tu ouvres tes bras
au souvenir de nos mondes,
mon petit homme
En ma langue je te re crée
Ma langue des lendemains, tu es devenu.
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Gabriel Moreno)
mercredi 2 juillet 2014
Apesanteur
Il y a des petits cailloux blancs
et des sables qui brûlent
Et des forêts sombres, profondes
où j'entends des voix
Il y a des nuits cauchemars
et les cris des enfants qui meurent
Et des draps froissés, mouillés
où j'imprime mes poings
Il y a des eaux vertes et bleues
et des noyés moqueurs
Et des coups qui claquent
où je griffe les abîmes
il y a des chemins qui s'enfoncent
et des crucifiés en sanglots
Et des univers de sang
où je déchire mes yeux
Il y a des profondeurs de jaspe
et des pleurs d'enfant
Et des enroulements
où je cache mon corps
Il y a des respirations aïgues
et des étouffements
Et des endormissements
où j'impose mes vies
Il y a la vie en dessins déliés
et la paix, le silence,
l'absence
Mon corps en apesanteur....
Mariem mint DERWICH
(Artiste inconnu. Photo prise au Miam de Sète par Old Nut)
dimanche 29 juin 2014
Je te porte
Je te porte
En foulard entre mes mains
enroulé sur ma bouche
Je te porte
Ombres et feuilles
lumières et étoiles
Je te porte
En miroir passés
couleurs d'ailleurs
Je te porte
Arc boutée, animale
tendresse et courbes
Je te porte
En mots liquides
osmoses et sables
Je te porte
En notes façonnées
sur ta mémoire effleurées
Je te porte
En bracelets de cheville
ébauches de toi
Je te porte
accroché au bord de mes yeux
lové dans mon ventre
Je te porte
En zébrures d'amour
Je te porte
à l'infini de tes maux
portée des exils
pointu des larmes
Je te porte
poing levé
Sur toi
repliée
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Véronic Martignac)
Mots en amour
J'ai les mots de mes erreurs
déchirures
Mots du monde
Maux de moi
J'ai les mots de mes ailleurs
explosés
Mots du monde
Maux de moi
J'ai les mots de mon amour
douceur
Mots du monde
Mots de lui
J'ai les mots en écharpe azur
tendresse
Mots du monde
Mots de nous
J'ai les mots en couleurs
amour
Mots regrets
Mot pardon
J'ai les mots à l'orée de sa peau
caresses
Mots de l'homme
Mots envols
J'ai les mots de mon désir
Lui
J'ai les mots en amour
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Helen Abbas)
lundi 23 juin 2014
Matins du monde.
Il y a les matins du monde
et les nuits
et les aurores
et les crépuscules
les feux de brousse
les étoiles
les pirogues
les mangues
le sucré
le doux
l'amer
il y a tout cela
et plus encore
Il y a les couleurs
les oiseaux
les traces
les dunes
les pierres
l'eau
les graines
le plaisir
les rires
les pleurs
les sourires
il y a tout cela
et plus encore
il y a le roulis
le désir
l'amour
les jeux
les chuchotis
les draps
les mains
la faim
chevelures
aime moi
prends
il y a tout cela
et plus encore
il y a là bas
et ici
et toi
et moi
et les miroirs
et les prières
Il y a tout cela
et plus encore
Aux matins du monde
je t'aime
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Valérie Lamarre)
J'écris
J'écris ces petits mots
mots des riens
mots d'ailleurs
petits cocons
dans ma mémoire
enfouis
J'écris comme on lutte
étouffement
respirations
bouche ouverte
J'écris ces petits mots
mots de vie
mots d'ici
papillons éphémères
de mon corps en zébrures
dessinées
J'écris comme on saigne
cicatrices
fermetures
ouvertures
J'écris ces petits mots
en Je
en Nous
en Tu
en Elles
en Eux
J'écris ces petits mots
en chuchotements
vents
vagues
sables
amnésie
J'écris
chants
notes
frontières
petits signes
enroulés
je me déroule
en écritures
façonnée
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Sergio Amilcar)
jeudi 19 juin 2014
Nuit....
Sur tes paupières closes
ma bouche comme un accent
petites vagues mouillées
ancrées à ton sommeil
Sur tes doigts déployés
mon souffle comme des ailes
ressacs des mots
en volutes sensuelles
Sur ton cou alangui
mon regard comme une encre bleue
écritures de l'absurde
ailes de papillons
Sur ton épaule alanguie
mes cheveux comme des moucharabiehs
petits filaments de nuit
en chatouillis amoureux
Sur ta bouche apaisée
ma joue comme un lit
arrondie en bracelets
nacre des désirs
Sur nous endormis
la musique comme une aube
l'instant suspendu
en chuchotis déroulés
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Rodin)
mercredi 18 juin 2014
Lisières
Je me pose aux lisières du monde
en couleurs, en rondes enfantines
mains en extase
en offrandes, liées, déliées, ouvertures, prières
Je m'emprunte aux yeux des autres
sanguines, aquarelles, bleuets, vents, épines
Je me plie en fragments évaporés
tessons, coupes, pots, calebasses, flèches
cheveux déployés
en sacrés, béatitudes, jouissances, pointues
Je me coule dans les mers inconnues
en eaux, utérines, matrices, cocons, noyées
Je tape la terre, pieds, coups, appels
aux sables mêlée, claquée, griffée
J'ouvre mes ailes aux portes des paradis
absolue, sanctuaires, mausolées, tombeaux
Je me scarifie au dos des caravanes
crépuscules, feux, possédée, baraquée
yeux en transes
chante, danse, chante, musiques
Je me pose en tes mains enroulée
endormie, paupières, ventre, soleils
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Martine Quesnel)
mardi 17 juin 2014
Fleurs rouges
Elle est là
la petite fille
arc boutée
toute en terreurs
Elle est là
et je la regarde
Elle est là
la petite fille
en fleurs rouges
déchirures
Elle est là
et je la regarde
Elle est là
la petite fille
en éclats coupants
rasoirs
Elle est là
coeur au bord des lèvres
peur
obscurité
non
non
s'il vous plait
J'aime pas
Monsieur
s'il vous plait
Elle est là
et elle me regarde
Petite fille
cloche pied
corde à sauter
bonbons
oiseau de feu
billes
poupées
mots
crayons
couleurs
Monsieur
j'aime pas
non
non
s'il vous plait
maman
Elle est là
la petite fille
et elle pleure
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Gabriela Bodin)
lundi 16 juin 2014
Ecritures
J'écris ma terre
comme on dessine des aurores
En arrondis, en aspérités
terre
Je tatoue mon ciel
en poussières éphémères
En cercles, en angles
ciel
Je dessine mes murs
peintures éparpillées
En calames, en ombres chinoises
murs
Je façonne l'homme
en perles bleues
corps absolus, tournoyés
l'homme
Je ris sur les vents, emportée
en murmures , notes
Tidinits, ardines, koras
vents
Je cueille les nuits
Habtas, guerbas, chapelets
Mode blanc, mode noir
nuits
Je joue aux berges du fleuve
enroulée, déroulée
Glaise, rouges, sangs
fleuve
J'enfouis ma bouche, aspirée
aux fourrures des animaux
rahla, voyages, musiques
bouche
Je sème des miroirs
au sommet des dunes déposés
palmiers en bouquets
miroirs
J'ouvre mes bras
immensité
Je te porte, je t'enfante
renaître, à l'infini des couleurs
dans l'odeur de l'encens
et le chant des mosquées
Arabesques et tatouages
J'écris ma terre.
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Adriana Laube)
mercredi 11 juin 2014
Homme...
des petites choses
et des choses immenses
insignifiantes
lumières
tu es
fragmenté aux frontières de mes yeux
en souffles étalé
tu es
A la porte de ma bouche
endormi sur ma langue
en mes mains posé
couleurs
lampe tempête
tu es
roulé en mes mots, chatouillé
en signes allongé
tu es
Au seuil de mes infinis
dans les rires des nuages
des pluies
des soleils
dans le mouvement
de la caravane
dans l'herbe
et l'arbre
dans l'oiseau miel
et le cri des étoiles
Dans le pourpre de la nuit
la langueur de l'argile
le dos des femmes
les pieds des hommes
l'azur du regard
la peur de l'aurore
le dessin du scarabée
l'aile des mains
le chant des sables
homme racine
tu es.
Mariem mint DERWICH
(Artiste : O'Keeffer)
Dessins....
En douceur d'eau
enrubannée de palmiers
cerclée de bracelets
je suis
corps de sable
En douceur fumée
arrondie en yeux
dessinée henné
je suis
corps de ressacs
En touchers parfumée
enroulée en voiles
déployée en étoiles
je suis
corps de dunes
En miroirs multipliée
enfouie en chaleurs
façonnée de khôl
je suis
corps de caravanes
En matrice endormie
façonnée regardée
en mots tatouée
je suis
corps de l'homme
En regards sculptée
en souffles déhanchée
en chevelures envolée
je suis
corps ancré.
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Gesine Marwedel, Body Painting)
vendredi 6 juin 2014
Je tourne....
Dans la plénitude
l'absolu des musiques
Coeur et âme
Je tourne
Paume au ciel
paume à la terre
Je tourne
Je me fragmente
en poussières
d'infinis
Je tourne
Yeux aux vents
ventre cosmos
Je tourne
Dans l'abîme
le reflet des notes
hanches et bouche
Je tourne
boréales en bandoulières
corps en atomes
Je tourne
Je plane et plie
femme liane
à l'orée de ta langue
Je tourne
femme oiseau
femme calebasse
femme murmures
Femme,
je tourbillonne....
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Julio LEPARC)
jeudi 5 juin 2014
Danser....
Je me promène
en dentelles
de sables
brodée
Je roule
au long de la dune
enfantine
enfantée
Je vole
en ailes de chuchotis
enroulée
tourne boulée
Je te sens
enveloppée
en trames
déployée
Je dessine sur ma peau
emperlée
profondeurs
'aïn sita, bracelets
Je te roule
à mes doigts émerveillés
poterie
chantonnée
Je m'enfonce
eaux, douceur
en tes yeux
recréée
Je respire
l'air des larges
en voilures d'étoiles
abysses
Tournoyée
à l'aurore
des mondes
je chuchote....
Mariem mint DERWICH
(Artiste : LU1990)
mercredi 4 juin 2014
Et il y a toi, mon homme....
Il y a des choses simples, douces. Il y a des années et des siècles, des heures et des secondes, des ombres et des soleils, des pleurs et des rires, des milliers de choses, atomes dispersés, danses des soufis, mots d'ailleurs, des sables et des mers, des ressacs et des enracinements...
Des houles, des bateaux, des azurs, des verts profonds, et des poissons...
il y a toutes ces petites choses qui font l'urgence de la vie.
Et il y a toi, ancré dans ma vie.
Comme une mémoire renouée, un long cri de reconnaissance, une musique sur mes yeux.
Il y a toi, à la lisière de toutes mes frontières, campé dans mes cheveux.
Il y a ces mots de nous, petits scarabées amoureux, jouant sur ma peau.
Je te regarde, magnifique, tout en élans, je te regarde à la démesure de mes intimes.
Dans mes mots de toi il y a tout le temps du monde, l'immensité, les millions de solitudes, les millions de rencontres.
Et il y a toi.
Mon homme de tous temps, mon homme envols, mon homme saveur, passion, mon homme feu, mon homme papillon...
Ton visage en coupe dans mes mains.
Mes doigts qui se promènent sur ta joue, sculptent ton nez, mettent en notes ta bouche, frôlent ton cou, jouent avec tes mots, les jettent aux vents, les rattrapent, les enferment, les mouillent, les cachent, te les redonnent... Plénitude de tes traits en mes traits endormis....
Et il y a toi...
Fragilités, zig zag de tes mémoires, en blessures, en espérances, en douceur, en tendresses, en colères, en soupirs...
Et il y a toi, mon homme...
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Marie Christine Thiercelin)
Des houles, des bateaux, des azurs, des verts profonds, et des poissons...
il y a toutes ces petites choses qui font l'urgence de la vie.
Et il y a toi, ancré dans ma vie.
Comme une mémoire renouée, un long cri de reconnaissance, une musique sur mes yeux.
Il y a toi, à la lisière de toutes mes frontières, campé dans mes cheveux.
Il y a ces mots de nous, petits scarabées amoureux, jouant sur ma peau.
Je te regarde, magnifique, tout en élans, je te regarde à la démesure de mes intimes.
Dans mes mots de toi il y a tout le temps du monde, l'immensité, les millions de solitudes, les millions de rencontres.
Et il y a toi.
Mon homme de tous temps, mon homme envols, mon homme saveur, passion, mon homme feu, mon homme papillon...
Ton visage en coupe dans mes mains.
Mes doigts qui se promènent sur ta joue, sculptent ton nez, mettent en notes ta bouche, frôlent ton cou, jouent avec tes mots, les jettent aux vents, les rattrapent, les enferment, les mouillent, les cachent, te les redonnent... Plénitude de tes traits en mes traits endormis....
Et il y a toi...
Fragilités, zig zag de tes mémoires, en blessures, en espérances, en douceur, en tendresses, en colères, en soupirs...
Et il y a toi, mon homme...
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Marie Christine Thiercelin)
Nous
Toucher, sentir, aimer
dans la langueurs des regards
s'inventer
Prendre, empoigner, donner
et souffle à souffle
se regarder
Brûler, tatouer, graver
salive et lèvres
se broder
Dire, murmurer, jouer
paumes à peaux
se perdre
Ployer, renaître, frissonner
bouche à bouche
se recréer
Et dessiner, et inventer, et espérer
jeux d'amour
jeux d'ailleurs
jeux de nous
en tapis déployés
Ta bouche
ma bouche
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Rodin, " Le Baiser")
mardi 27 mai 2014
Que dit l'homme?
Que dit l'homme
qui tourne
et tourne
encore
Toupie
et mots
Que dit il
dans sa bouche
à l'infini
étirée
Pieds
et empreintes
Que dit l'homme
aux portes de la ville
barrières
et policiers
Dents
et crachats
Que dit il
dans ses mains
à l'immensité
griffée
Tombeaux
et martyrs
Que dit l'homme
sur lui même
replié
respirations
Misères
et folies
Que dit il cet homme
aux portes de la ville
emmuré
en fêlures
Poussières
et vents....
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Helen ABBAS)
Seras tu là?
Quand je me retournerai
Seras tu là ?
Entre mains et yeux
du chemin de toi à moi
Quand je me retournerai
Seras tu là ?
Du souffle infini
à la parole déliée
Quand je me retournerai
Seras tu là ?
De l'empreinte et de la paume
en tatouages de ma langue
Quand je me retournerai
Seras tu là ?
Seras tu là,
en mémoires azurées
entre la terre battue et les rizières
ancré à mes cils
papillon de nuit
Seras tu là ?
Quand je me retournerai
Seras tu ?
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Patrice MURCIANO)
dimanche 11 mai 2014
Je t'aime t'aime...
des mots
Roulis, envols ,saveurs
Chant de la peau
Musique du corps
Je t'aime t'aime tam tam,
des langues
à l'orée de tes yeux mes doigts brodés
Je t'aime t'aime tam tam,
des vagues
Petits mots, grands riens
jeux des notes
t'aime t'aime tam tam
Je t'aime t'aime tam tam
Clair obscur
vérités, lumières et mensonges
salives
Je t'aime t'aime tam tam
Chocs et mille choses
des amours et des pleurs
T'aime t'aime tam tam
Je t'aime t'aime tam tam,
des gestes
A ta bouche arrimée
A mes yeux suspendu
t'aime t'aime tam tam
Je t'aime t'aime tam tam
en envols et en soupirs
Endroit de Nous
ta main, ton souffle, les lignes et moi
Je t'aime t'aime tam tam
musicalité des sentiments
cloche pied
corde à sauter
t'aime t'aime tam tam
Je t'aime t'aime tam tam
Je te prends
tu me plies
t'aime t'aime tam tam
Je t'aime t'aime tam tam
Vents et eau
Mouillés
T'aime t'aime tam tam
Je t'aime t'aime tam tam
Je, Nous ,Tu , Il, Elle
Promesses de l'aube
t'aime t'aime tam tam
Mariem M. DERWICH
(Artiste : Carol Carter)
lundi 7 avril 2014
Il est....

Il est...
certitudes et souffles
mots et paroles
Rires, lui
Gestes à gestes
peau contre peau
souffles...
Il est...
ma vérité, le tout
sur mes riens
langueur...
Ma paume, lignes de vie
amour, pénombre
soupirs
Il est...
rondeurs et envies
sa bouche
comme un lit
Mes mains en envols,
sa peau, errances,
chavirée...
Il est...
ma soif, sources
jeux, lui, moi,
nous
Comme un voyage,
ses mains en offrande,
brûlures...
Il est...
Mariem mint DERWICH
(Tableau, Artiste : Andrius Kovelinas)
jeudi 12 décembre 2013
Entends...
Laisse tes paupières envelopper les pleins des rêves
les bleus des infinis
les ocres des paroles
les verts des minarets
les rouges des soleils
laisse tes poings contenir les déliés de tes mots
les jaunes des ailleurs
les oranges des crépuscules
les violets des dessins
les indigos des femmes
Laisse tes lèvres humer les vents du large
les émeraudes des vagues
les sépias des coquillages
les safrans des sables
les bleuets des abysses
Laisse tes langues chanter tes mémoires
les feux de la brousse
les charbons des yeux
les arc en ciel de tes cils
les mordorés des peaux
Laisse tes mains en coupe sur ton front
parchemin des chapelets
corail des grains
sanguine des poèmes
azur des tidinit
Laisse le souffle
et l'envol
et renaître
et crier
et l'extase
Ferme les yeux et entends.....
Mariem mint DERWICH
samedi 7 décembre 2013
Donne moi
Donne moi l'urgence
les pas dans la nuit
les rêves cassés
Le pointu de la cicatrice
Et dans ton cou
laisse moi dormir
imaginer
voir
voler
Donne moi la peur
le désir
l'abandon de toutes choses
le couteau de la nuit
Et dans ta paume
laisse moi mourir
fermer
déchirer
enfanter
Donne moi ta bouche
les cris
les pleurs
les coups
la douleur
Et sur tes yeux
me poser
me brûler
l'infini
la terre
Donne moi tes mots
l'absurde
les rires
la langue
les os
Donne moi la femme
et l'homme
et l'enfant
et le ciel
et l'enfer
Donne moi le rien
le petit rien
le caillou
l'oiseau
le feu
Donne moi ta langue
gravure
bêtise
bonbon
amertume
Et dans le néant
corps explosé
déchirée
griffée
la douleur
Donne moi ma faute
péché
abomination
expiations
autres
eux
Et dans ton cou
laisse moi dormir
imaginer
voir
voler
être à nouveau
Morsures...
Mariem mint DERWICH
Vertige....

Tu déroules tes doigts
A mes doigts emmêlés
Touchée
roulée
pliée
éparpillée
caresse
Tu déroules tes doigts
A mes doigts arrimés
Vertige
foetus
partance
vibrés
lavés
Tu déroules tes doigts
A mes doigts ancrés
mouillés
senteurs
livrés
donnés
sueurs
Tu déroules tes doigts
A mes doigts malaxés
Ombrés
liserés
désirés
tatoués
aimés
Tu déroules tes doigts
A mes doigts empoignés
Tu déroules tes doigts
A ma bouche envolée
Expirée
Je déroule mes doigts
A ta peau moiteur
Vertige
Mariem mint DERWICH
mardi 3 décembre 2013
Ancrages...
J'ai la couleur de mes mémoires
tatouagessangs
paroles
Chansons de mes ailleurs
boucles
mots
chuchotis
J'ai la saveur de mes autres
grands pères
mères
fils
Rondeur de mes lignées
abécédaires
passés
notes
J'ai mes autres en partage
métisse
miroirs
tessons
Lit de mes voyages
tissages
fers
valise
J'ai l'exil de mes riens
pointus
rieurs
effleurement
Petites choses
immensités
souvenirs
gratter
J'ai lui et elle et eux et nous
et moi
et tout
ancrages
Mariem mint Derwich
dimanche 25 août 2013
Il y a dans ma mémoire....
Il y a dans ma mémoire des chuchotis
des corps en aurores
des transparences
des flèches
des yeux comme des oiseaux
il y a dans ma mémoire
des mains qui s'envolent
des bleus et des ocres
des verts et des rouges
des jaunes et des néants
Il y a dans ma mémoire
des douleurs comme des agonies
des ouvertures
des fermetures
des prisons et des coups
il y a dans ma mémoire
des paroles
des cris et des caresses
des douceurs et des caramels
des petites choses
Il y a dans ma mémoire
des départs
des fuites
des enfouissements
des enfantements
Il y a dans ma mémoire
des lézardes
des multiples
des infinis d'espoir
des larmes
Il y a dans ma mémoire
des instants d'amour
langueur des mots
salives
soupirs
Il y a dans ma mémoire
ce JE réducteur
des projections
des images
des refrains
Il y a dans ma mémoire
des métissages
chaînes
angoisses
Bords ébréchés
Il y a dans ma mémoire
des infinis
des cosmos
des Moi en nombre douloureux
impairs
Il y a dans ma mémoire
ventres
vie
suppliques
prières
Dans ma mémoire
l'Autre......
Mariem mint DERWICH
(Tableau : oeuvre de l'artiste Carol Carter)
Ombres
Dans l'ombre des multiples,
Sables
bathas
Marigots
Dunes
Dans l'ombre des multiples,
la déchirure
Zébrure des gestes
Moiteurs
Aspérités
Dans l'ombre des multiples,
Solitude
Le Un comme le Tout
Point sur le ciel
Yeux
Dans l'ombre des multiples,
Sueurs
Sangs
Fermetures
Eparpillements
Dans l'ombre de mes multiples,
Roulée boulée
Sous tes yeux
Etalée
Crachée
Dans l'ombre de mes multiples,
il y a lui et lui et lui
Et moi
Le Un comme le Tout
Dans l'ombre de mes multiples
Rien.
Mariem mint DERWICH
(Tableau : oeuvre de l'artiste Françoise Nielly)
vendredi 17 mai 2013
Maux de moi....
Au commencement de toutes choses il y a
cette petite fille en larmes
toute en déchirures et en explosions
Au commencement de toute chose il y a cette petite fille en zébrures
en miroirs à l'infini,
démultiplication
Au commencement de toute chose il y a cette petite fille écartelée
en morceaux collés bords à bords
Au commencement de toute chose il y a cette petite fille martelée
sculptée, pétrie, malaxée,
infinitudes des gestes
Au commencement de toute chose il y a cette petite fille violences
empoignée, exigée, redessinée à
l'infini des autres
Au commencement de toute chose il y a cette petite fille solitude
et peurs, et colères, rouge, sang,
griffures
Au commencement de toute chose il y a cette petite fille culpabilité
abandon, questions, pourquoi, comment,
où, quand
Au commencement de toute chose il y a cette petite fille espoir
rêves, cauchemars, haine, s'il vous
plait, non, oui, fuite
Au commencement de toute chose il y a cette petite fille obscurité
mourir, vivre, respirer, laisse moi,
touche moi, va t'en, donne moi
Au commencement de toute chose il y a cette petite fille écriture
petits papiers des riens, tout, mal,
peur, rires, cicatrices
Au commencement de toute chose il y a cette petite fille naissance
Maux, mots
Maux de moi....
Mariem mint DERWICH
(Photo : oeuvre de l'artiste Marie Louise Bodirsky)
L'instant parfait....
Il est des moments doux
soie feutrée des mots
langueur des sons
Dans la plénitude
l'instant parfait.
Il est des rondeurs
des lettres à broder
des ailleurs immensités
Dans la plénitude
l'instant parfait.
Il est des musiques
des notes infinies
des présences fantômes
Dans la plénitude
l'instant parfait.
Il est des enfouissements
des profondeurs
des lits de velours
Dans la plénitude
l'instant parfait.
Il est des routes
chemins de sable
le commencement de toute chose
Dans la plénitude
l'instant parfait.
Il est....
Mariem mint DERWICH
dimanche 5 mai 2013
Seules.....
Nous sommes toujours seules. Dans la touffeur des multitudes de la famille élargie, nous sommes seules. Solitudes parmi les solitudes de ceux qui peuplent nos maisons et nos vies. Petits grains d'une chaîne immense qui nous tisse mutuelles sans percevoir nos solitudes. Nous sommes tellement porteuses de tous les pluriels de nos entourages que plus personne ne voit que nous nous portons seules.
Nous sommes élevées comme projections de tous les fantasmes des notres. Nous sommes images, rêves, permanences, fulgurances des passés remaniés à la hauteur de toutes les douleurs des présents.
Derrière le masque lisse qui est le notre, masque modelé dans l'acceptation de destins présupposés être le fil conducteur de nos vies, nos solitudes nous écartèlent.
Nous vivons dans le monde. Nous hurlons dans nos mondes.
La femme hurle dans ses silences et sourit dans l'apparence de vie.
Elle est seule à percevoir la perversité de l'image que la société a d'elle : image maternelle, image aimante, image de douceur, image de reproductrice, image de frivolité, image tatouée...
Elle sait les poèmes, les chants, les hommages. Elle sait nos hommes amoureux de cette image et passant leur vie à se démultiplier dans les regards féminins, s'y noyant jusqu'à la jouissance, acharnés qu'ils sont à reculer la mort en se fondant dans ces multiples féminins, catharsis orgasmique.
Elle sait les luttes quotidiennes, le lent défilement des minutes, des secondes, des instants de la survie.
Dans sa solitude la femme est folie, cris, joues griffées, cheveux secoués, spasmes dans le ventre, vomissements, sangs, ongles, rages, perfidies...
Elle est ces envies de mort, de défiguration, de laminage des barrières. Elle est poings levés. Elle est ces corps qui se roulent par terre, mains vers l'infini, jambes ciseaux ouvertes, peau qui brûle.
Elle est détestation de soi. Et des autres.
Elle se pare, se dessine. Cisèle sur ses yeux les couleurs de l'attrait. Sculpte ses joues. Se fait autre, se crée autre, celle des autres. Elle se fait séduction car elle sait ce que l'on nous apprend : que la séduction, le mensonge, l'apparence, la sexualité comme arme, sont les seuls moyens de survie.
Alors elle se fait vestale, actrice de ses propres souffrances.
Nos femmes se font mises en scène, dansant dans l'érotisme du dialdiali, de l'encens, des parfums, des fards, des douceurs / promesses...
Dans cette schizophrénie des sentiments, elles se sculptent patiemment, offrandes consentantes d'un jeu de mort.
Nous sommes toujours seules, dans le silence de l'agonie, la permanence des destins, le bruit léger des mots....
Mariem mint Derwich
Nous sommes élevées comme projections de tous les fantasmes des notres. Nous sommes images, rêves, permanences, fulgurances des passés remaniés à la hauteur de toutes les douleurs des présents.
Derrière le masque lisse qui est le notre, masque modelé dans l'acceptation de destins présupposés être le fil conducteur de nos vies, nos solitudes nous écartèlent.
Nous vivons dans le monde. Nous hurlons dans nos mondes.
La femme hurle dans ses silences et sourit dans l'apparence de vie.
Elle est seule à percevoir la perversité de l'image que la société a d'elle : image maternelle, image aimante, image de douceur, image de reproductrice, image de frivolité, image tatouée...
Elle sait les poèmes, les chants, les hommages. Elle sait nos hommes amoureux de cette image et passant leur vie à se démultiplier dans les regards féminins, s'y noyant jusqu'à la jouissance, acharnés qu'ils sont à reculer la mort en se fondant dans ces multiples féminins, catharsis orgasmique.
Elle sait les luttes quotidiennes, le lent défilement des minutes, des secondes, des instants de la survie.
Dans sa solitude la femme est folie, cris, joues griffées, cheveux secoués, spasmes dans le ventre, vomissements, sangs, ongles, rages, perfidies...
Elle est ces envies de mort, de défiguration, de laminage des barrières. Elle est poings levés. Elle est ces corps qui se roulent par terre, mains vers l'infini, jambes ciseaux ouvertes, peau qui brûle.
Elle est détestation de soi. Et des autres.
Elle se pare, se dessine. Cisèle sur ses yeux les couleurs de l'attrait. Sculpte ses joues. Se fait autre, se crée autre, celle des autres. Elle se fait séduction car elle sait ce que l'on nous apprend : que la séduction, le mensonge, l'apparence, la sexualité comme arme, sont les seuls moyens de survie.
Alors elle se fait vestale, actrice de ses propres souffrances.
Nos femmes se font mises en scène, dansant dans l'érotisme du dialdiali, de l'encens, des parfums, des fards, des douceurs / promesses...
Dans cette schizophrénie des sentiments, elles se sculptent patiemment, offrandes consentantes d'un jeu de mort.
Nous sommes toujours seules, dans le silence de l'agonie, la permanence des destins, le bruit léger des mots....
Mariem mint Derwich
Poser ses mains sur son visage....
Poser ses mains sur son visage,
occulter les yeux,
les fermer,
les rayer de tout
Poser ses mains sur son visage
et couler, doucement
Poser ses mains sur son visage
clore la bouche
empoigner sa mémoire
la vider
Poser ses mains sur son visage
pour ne pas saigner
et encore et encore,
affronter, empoigner,
poussière de mémoire après poussières,
batailles de sang
Poser ses mains sur son visage,
et vaincre
Poser ses mains sur son visage,
hurler jusqu'à l'infini des étoiles,
hurler à briser sa voix,
à mourir
Poser ses mains sur son visage,
se regarder, éclater en autres
Poser ses mains sur son visage,
et taper, taper,
taper encore.
Crever.
Poser ses mains sur son visage,
casser le miroir....
Mariem mint Derwich
(Photo : oeuvre de David Walker)
vendredi 19 avril 2013
Je m'appelle Mariem mint DERWICH et j'écris....
Après mûres réfléxion il m'a semblé que le moment était venu, pour moi Salomé, de sortir de l'anonymat. La démarche n'est pas aisée et implique un travail sur soi. Depuis des années j'écris sur ce blog. De façon trés sporadique, j'en conviens.
Grâce à l'anonymat j'ai pu poster mes textes et poésies, sans craindre le regard des autres : famille, amis, etc....
Les pesanteurs sociales font que femmes et écriture ne font pas souvent bon ménage dans nos sociétés. L'expression féminine est encore tabou. En particulier quand sont abordés les thèmes des intimités, des sentiments profonds....
La poésie, hormis pour 2 ou 3 femmes, est quasi masculine en Mauritanie.
La poésie en français l'est encore plus.
Ce blog est mon histoire, mes fractures, mes doutes, mes "Moi" métissés, mes interrogations.
Il est mon cheminement personnel.
Il est temps, aujourd'hui, que je sorte de l'anonymat.
Je m'appelle Mariem mint DERWICH et j'écris....
Mariem mint DERWICH
Grâce à l'anonymat j'ai pu poster mes textes et poésies, sans craindre le regard des autres : famille, amis, etc....
Les pesanteurs sociales font que femmes et écriture ne font pas souvent bon ménage dans nos sociétés. L'expression féminine est encore tabou. En particulier quand sont abordés les thèmes des intimités, des sentiments profonds....
La poésie, hormis pour 2 ou 3 femmes, est quasi masculine en Mauritanie.
La poésie en français l'est encore plus.
Ce blog est mon histoire, mes fractures, mes doutes, mes "Moi" métissés, mes interrogations.
Il est mon cheminement personnel.
Il est temps, aujourd'hui, que je sorte de l'anonymat.
Je m'appelle Mariem mint DERWICH et j'écris....
Mariem mint DERWICH
mercredi 27 mars 2013
Le bout du voyage....
j'ai posé mes mains
dessiné l'ailleurs
Dans ma tombe
j'ai griffé le sable
Psalmodié mes autres
Dans ma tombe
j'ai gravé mon nom
Chanté mes éclats
J'ai entendu la prière
les mots en arabesques
les voix fugitives
des folies expiatoires
j'ai fermé les yeux
calfeutré ma bouche
j'ai glissé
glissé comme on s'envole
j'ai libéré les amarres
je me suis posée dans ma paume
et j'ai pleuré
Enfin, le bout du voyage.....
Salomé
jeudi 24 janvier 2013
Fulgurances...

Dans la fulgurance des vents
sables, sables, mouvances
aquarelles et sépias
dans la fulgurance des étoiles
dunes et courbes
regards, mots, maux
Dans la fulgurance des infinis
et des espaces
à la portée de mes bras
sur ma bouche
et ma peau
et mes yeux
il y a cet immensité douloureuse
comme un voyage dans la chair
fragments et tessons de verres
des fuites et des larmes
et le cosmos
mon pays comme une arabesque de douleur
tatouage des blessures
Dans la fulgurance des ailleurs
mon instant d'ici
mon moi en multiples
Ya Allah!
Salomé....
lundi 26 mars 2012
Douleurs

Tous mes "je" éparpillés aux vents
graines démultipliées
en excisions
en cris
en souffrances
en laideur
Les poings serrés jusqu'à la nausée
des choses et des mots
Chocs de mes mémoires
dans l'indifférence des ailleurs
La rage comme moteur
la douleur comme cataplasme
Rasoir des folies
qui bordent mes paupières
cousues sur mes fuites
Mourir
Ventre noué jusqu'à l'abominable
des choses et des mots
Martélement des blessures
dans l'indifférence des ailleurs
Exploser jusqu'à disparaître
milliers d'atomes enfin libérés
mes larmes jetées aux cieux
enfouies dans les sables
pétries par le feu
laminées
Arracher mes yeux
effacer
La bouche ouverte jusqu'à l'éternité
dans l'indifférence des ailleurs
Mourir
Renaître
Hurler
Mentir
Briser
Partir
Douleurs...
Salomé.
lundi 5 mars 2012
A mon père...
Que n'as tu appris à me regarder
à me toucher
à me humer
à retrouver en moi tes multiples réunis en mon masque d'absence
Que n'as tu appris à me parler
à m'écouter
à me dire
à tisser en moi tes multiples langages
Que n'as tu appris à ciseler l'enfant
à la lover dans tes bras
à la poser sur tes ailleurs
à broder tes multiples mémoires
Que n'as tu appris tes absences
et mes douleurs
mes larmes dans la solitude des années qui passent
tes rêves dans le vent
Que n'as tu appris à ouvrir les yeux
à me voir dans le vide de ton abandon
à effacer les rejets
et les mépris
Que n'as tu appris ta place
ton rôle
ta tendresse inconnue
et ta foi en les autres
sauf en moi
Que ne m'as tu apprise
moi ta fille
porteuse de ton absence
chaînes éternelles
Ton absence dans mon absence...
Salomé
mardi 24 janvier 2012
Regarde moi !

Regarde moi !
J'ai dansé dans les jardins d'AranjuezJ'ai brodé le monde à la coupe de mon ventre
J'ai hanté les mémoires des hommes des caravanes
J'ai dormi sur la langue de Nizar Qabani
J'ai roulé sur les paupières d'Ousmane Diagana
J'ai ciselé les cuisses de Senghor
Regarde moi !
J'ai brûlé Omar Khayyam
J'ai tourné sur la peau de Djalal od Din Rûmi
j'ai volé sur la voix d'Oum kalthoum
J'ai griffé les cordes des tidinit
et les les arabesques du t'bol
J'ai foulé la pudeur
Regarde moi !
J'ai été étoiles et servante
J'ai été celle que tu as lapidé
J'ai été ta mère et ta femme et ta soeur
J'ai été Awa et Bilqis et Schéhérazade
Et Leyla et Majnoun
J'ai été le croissant de lune et la croix
Regarde moi !
J'ai été ta vie
Je suis devenue ta peur, ta mort, ton péché, tes expiations
Le fouet de la censure
Regarde moi toi qui ne me vois plus
Toi qui m'efface de tes mémoires en excisant en moi la beauté
Toi qui voudrais crever mes yeux et couper ma chevelure
et gommer jusqu'au néant ma peau et mes dents
Regarde moi toi qui ne crains pas la Mort
mais fuis devant moi
Toi qui me vomis tout en espérant me posséder dans ton paradis
remodelée à la mesure de tes fantasmes
Regarde moi !
Tu me tues
Et tu ne me vois pas...
Salomé
jeudi 19 janvier 2012
Je...

Je suis une, duelle ,plurielle, en brisures d'atomes
sur l'infini de ta peau
à l'orée de ton cou mes "tout" rassemblés,
blessure des gestes
Je suis une, duelle, plurielle, en brisures aigues
sur l'infini de tes mémoires
à l'orée de tes mains mes ailleurs éparpillés
peau scarifiée
je suis l'autre, repliée, roulée,
déployée soudain
comme une peau sanglante
Je suis une, duelle, plurielle, en stigmates d'étoiles
sur l'infini de tes mots
à l'orée de mes prières tes envols d'avant
houle des hanches
Je suis une,duelle, plurielle, en poussière de sable
dans le refuge de ton cou
Je m'envole dans l'éparpillement de mes mémoires
de douleur
Je suis celle là....
Salomé
dimanche 15 janvier 2012
Lettre à toi qui te reconnaîtra ( seconde partie et fin...)
Sinon, dans ton bout de Sahara, rien n’a vraiment changé ici. C’est ton pays que tu connais. Selon l’AMI, son excellence ( peu importe, le discours est le même depuis 20 ans de toute façon, je suis sure qu’ils commencent à faire du copier coller lol) serre des mains, « idechen » des projets, nous souhaitent bon ramadan, bonne fête du ramadan, met des costumes plus grands que lui, met des lunettes de cow boy. Mais je devrais pas dire ça du président des pauvres ( des pauvres de quoi ? d’esprit ?), il fait ce qu’il peut ye weylou. Attends, l’Azerbadjan, Chavez, Alger, l’Afrique du Sud. Il ne veut pas faire comme les autres. C’est un original ! c’est le Lady Gaga de la politique extérieure ! ne ris pas ! pense à son premier succès, c’était poker face ( Sidi Ould Cheikh Abdallahi, t’aurais du écouter un peu plus les hits parades lol) !
Il a du bon. J’avoue : déjà, il ne trimballe pas sa madame partout. En plus, il a pas une moustache faciale (moustache qui couvre quasiment tout le visage). Et tu me connais, les petits ventres, je trouve ça attendrissant. Et j’avais oublié l’essentiel : il fait des goudrons ! partout ! bientôt entre ta salle de bain et ta chambre, tu pourras avoir un goudron. Pas sure que t’es de l’eau dans ta douche par contre, les pompes d’aftout esahli explose un peu partout en ville. Mais tu pourras rouler.
Il nomme, dénomme, surnomme des messieurs avec des têtes de déjà vu ailleurs.
Les grognons sont toujours les mêmes. Juste certains qui grognent moins que d’habitude. C’est difficile de grogner la bouche pleine (Messoud, si tu nous écoute…).
La vie est de plus en plus chère. Mais tu connais les mauritaniens, on se plaint, mais on gère nos obligations sociales du mieux qu’on peut. On garde la face.
Certaines coutumes tiennent bons. De nouvelles se sont créées. C’est une société en pleine mutation, comme Nouakchott, éternel chantier. Mais c’est à pas de tortues. Dans un silence strident. On va quelque part ; c’est sur. Pas sur que ce soit dans le bon sens !
...
"Pour l'enfant, amoureux de cartes et d'estampes,
L'univers est égal à son vaste appétit.
Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes !
Aux yeux du souvenir que le monde est petit !
Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
Le coeur gros de rancune et de désirs amers,
Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
Berçant notre infini sur le fini des mers :
Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme ;
D'autres, l'horreur de leurs berceaux, et quelques-uns,
Astrologues noyés dans les yeux d'une femme,
La Circé tyrannique aux dangereux parfums.
Pour n'être pas changés en bêtes, ils s'enivrent
D'espace et de lumière et de cieux embrasés ;
La glace qui les mord, les soleils qui les cuivrent,
Effacent lentement la marque des baisers.
Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir, coeurs légers, semblables aux ballons,
De leur fatalité jamais ils ne s'écartent,
Et, sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !
Singulière fortune où le but se déplace,
Et, n'étant nulle part, peut être n'importe où !
Où l'homme, dont jamais l'espérance n'est lasse,
Pour trouver le repos court toujours comme un fou !
Le Lotus parfumé ! c'est ici qu'on vendange
Les fruits miraculeux dont votre coeur a faim ;
Venez vous enivrer de la douceur étrange
De cette après-midi qui n'a jamais de fin ? "
C. Baudelaire, extrait du "voyage"
Séphora
Il a du bon. J’avoue : déjà, il ne trimballe pas sa madame partout. En plus, il a pas une moustache faciale (moustache qui couvre quasiment tout le visage). Et tu me connais, les petits ventres, je trouve ça attendrissant. Et j’avais oublié l’essentiel : il fait des goudrons ! partout ! bientôt entre ta salle de bain et ta chambre, tu pourras avoir un goudron. Pas sure que t’es de l’eau dans ta douche par contre, les pompes d’aftout esahli explose un peu partout en ville. Mais tu pourras rouler.
Il nomme, dénomme, surnomme des messieurs avec des têtes de déjà vu ailleurs.
Les grognons sont toujours les mêmes. Juste certains qui grognent moins que d’habitude. C’est difficile de grogner la bouche pleine (Messoud, si tu nous écoute…).
La vie est de plus en plus chère. Mais tu connais les mauritaniens, on se plaint, mais on gère nos obligations sociales du mieux qu’on peut. On garde la face.
Certaines coutumes tiennent bons. De nouvelles se sont créées. C’est une société en pleine mutation, comme Nouakchott, éternel chantier. Mais c’est à pas de tortues. Dans un silence strident. On va quelque part ; c’est sur. Pas sur que ce soit dans le bon sens !
...
"Pour l'enfant, amoureux de cartes et d'estampes,
L'univers est égal à son vaste appétit.
Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes !
Aux yeux du souvenir que le monde est petit !
Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
Le coeur gros de rancune et de désirs amers,
Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
Berçant notre infini sur le fini des mers :
Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme ;
D'autres, l'horreur de leurs berceaux, et quelques-uns,
Astrologues noyés dans les yeux d'une femme,
La Circé tyrannique aux dangereux parfums.
Pour n'être pas changés en bêtes, ils s'enivrent
D'espace et de lumière et de cieux embrasés ;
La glace qui les mord, les soleils qui les cuivrent,
Effacent lentement la marque des baisers.
Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir, coeurs légers, semblables aux ballons,
De leur fatalité jamais ils ne s'écartent,
Et, sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !
Singulière fortune où le but se déplace,
Et, n'étant nulle part, peut être n'importe où !
Où l'homme, dont jamais l'espérance n'est lasse,
Pour trouver le repos court toujours comme un fou !
Le Lotus parfumé ! c'est ici qu'on vendange
Les fruits miraculeux dont votre coeur a faim ;
Venez vous enivrer de la douceur étrange
De cette après-midi qui n'a jamais de fin ? "
C. Baudelaire, extrait du "voyage"
Séphora
jeudi 12 janvier 2012
Je regarde M....

Je regarde M., son corps puissant tout en déliés et pleins. Je la regarde bouger, rire, bouder parfois... M. est une jeune femme, veuve trop tôt, mère...
Je regarde M. avec sa féminité et ses rondeurs. Ses hanches qui ont porté, son ventre, ses bras, son cou.
Je vois ses jambes fermes et ses sourires.
Je regarde M. et ses coquetteries de petite fille, la pudeur, parfois, du regard qui se baisse et va se poser quelque part où personne n'a le droit de cité, contrée qui ne lui appartient qu'à elle.
Que voit elle quand son regard s'enfuit ainsi? Quels rêves, quels envies, quels mondes merveilleux arpente t'elle dans la solitude de son veuvage et dans le néant des années qui vont venir ?
Quel homme imagine t'elle? Celui qui viendrait recréer sa féminité et lui offrir une nouvelle vie, elle dont le premier mari est parti trop tôt et dont elle partage le souvenir avec sa co épouse, et ses enfants restés là bas, au village...?
M. vit. M. est morte. M. est seule.
M. regarde t'elle les années qui viennent et ce temps monotone qu'elle émiettera lentement, grain après grain, dans la solitude du corps jeune qu'aucune main ne viendra caresser et faire renaître aux sentiments ?
M. a une quarantaine d'années. Elle a cette beauté timide des femmes qui ont enfanté.
Et cette solitude gravée au coin des yeux.
M. répéte tous les jours les mêmes gestes du quotidien, tapis qu'elle tisse patiemment. La patience elle connait. Depuis la plus tendre enfance on lui appris la patience. Etre femme ne se peut sans la patience.
Et les attentes, et les renoncements. Elevée, formatée, sculptée dans l'attente de l'aboutissement ultime, celui enseigné par les femmes de sa famille, le mariage, les enfants, servir un homme, son homme, enfanter....
M. a suivi le chemin qu'ont emprunté avant elle des milliers de femmes, foulant la poussière et ne regardant pas les côtés et les déviations.
M. fut, car mariée et mère. Même si elle a partagé son homme avec une autre femme ( "chez nous c'est comme ça") elle avait atteint la plénitude d'une famille nouvelle, d'un toit, d'une nouvelle identité.
Mais son homme est mort et M. est là, avec ses souvenirs et ses enfants.
Sa peine s'est atténuée et elle a repris la trame du tapis de son enfance et de son adolescence.
M. est patiente.
Et espère l'hypothétique homme bon qui voudra bien d'elle à nouveau. D'elle et de ses enfants.
Hypothétique car qui acceptera de regarder M. avec ses enfants? Qui verra en elle la femme de chair sans se refuser les bouches à nourrir? Quel homme bon verra M. comme un être humain et la prendra elle et ses enfants sans ergoter sur le coût de prendre ses enfants?
Quel homme posera un jour son corps sur le corps vivant de M. et célèbrera sa féminité et sa vie sans penser d'abord " bouches à nourrir"?
Car, chez nous, M. n'est pas seulement veuve. Elle est mère de plusieurs enfants et ceux ci, de bénédiction sont maitenant envisagés comme "coût" économique...
Terrible veuvage des femmes jeunes qui apprennent, avec la perte de leur mari, la solitude et la mort du corps et des désirs.
Je regarde M. et pleure sa féminité perdue et les siècles de solitude qui l'attendent.
Je regarde M. et touche du bout de ma mémoire ses rêves cachés.
Je regarde M. et effleure ce corps puissant veuf jusqu'au dernier souffle, arcbouté dans la moiteur des nuits où il crie sa présence.
Je pleure cette société où M., femme et mère de 5 enfants, va s'étioler et voir mourir ses désirs, s'effacer jusqu'à disparaître, annihiler ses envols....
Je regarde M. qui , parce qu'elle a 5 enfants, ne trouvera surement pas un homme qui la prenne...
Je regarde M. en agonie....
Salomé.
mercredi 11 janvier 2012
Lettre à toi qui te reconnaîtra (première partie)...

Tu es loin, alors je t’écris pour te tenir informée de ce qui se passe ici. Ne pas vivre ici, avec les tiens et tiennes te donne l’impression que Mauritaniland est un paradis. Tu as le luxe douloureux de l’exil, celui de rêver, de fantasmer une ville qui serait en partie comme dans tes souvenirs d’enfants, mais aussi moderne à ses heures perdues ( vers 11h quoi lol).
Alors j’ai décidé, de te gâcher ce plaisir là. Qui châtie bien aime bien, dit le dicton.
Je vais te conter cette ville comme je la vois. De mes yeux mi attendris par un pays et des gens que j’aime, mi attristés par les attitudes des gens et par l’état de ce territoire entre le Maroc et le Sénégal ( Big up à tous ceux/ celles qui ont du expliquer une fois dans leur vie ou se trouve la Mauritanie).
Tu me parles souvent de tes amours d’antan. De ces moments volés d’adolescente dans une ruelle sombre où, le cœur à la chamade, une caresse sur ta main t’a transportée. Tu t’en souviens encore de ce premier baiser, lèvres serrées mais brulantes comme après un verre de thé, un millième de seconde que tu as cru avoir le pouvoir de changer une vie.
J’aime écouter ces histoires là, parce qu’elles me rappellent qu’il y a eu un temps avant aujourd’hui.
Aujourd’hui, aucune fille, à l’aube de sa feminité, ne s’émeut d’un baiser. Internet et la télévision ont eu raison de cette innocence, à grands coups de clips de rap américain (naissance de la bitchitude), de films pornos (apogée du fantasme animalier), de feuilletons tous horizons (Mexique : je résume pour les incultes héroine pauvre tombe amoureuse du milliardaire, qui découvre que son père n’est pas son père et que sa mère ne le sait pas ! Fernandel si tu nous écoutes ! Turque : la méchante est en fait une gentille, l’homme qu’elle aime sera défiguré mais est, en fait, un agent secret du Mossad qui lutte contre les gangs d’Istanbul). Cette fille là, on lui a déjà dicté son comportement, ce qu’elle est sensée ressentir, faire. Elle sait comment faire plaisir aux hommes, comment les utiliser. Il n’y a plus de lowzars, il n’y a plus de barbies, elles passent de l’enfance à l’âge adulte. Les hommes sont les jouets. Cette attitude est aidée par les vestiges de notre culture maure qui nous poussaient, nous femmes, autrefois objets de désirs intouchables et inavouables, à ne jamais s’attacher.
Alors, elles, leurs corps portant encore les traces de l’enfance, jouent les tigresses; appâtent, guettent se jettent sur leurs proies. Il fait bon ne pas avoir de limites. Ces petites en perte totale de repères, ne veulent plus ressembler à la mauresque. Génération maouiya oblige ( de ta tour au Qatar, si tu nous entends !), l’école n’a plus aucun intérêt. On y a apprend rien, que les profs daignent venir ou non. Et puis à quoi ca servirait, elles savent bien, que celles et que ceux qui font la pluie et le beau temps à Nouakchott, en politique, comme dans les salons n’ont pas aplati leurs postérieurs sur des bancs...
Tu serais étonnée ! tu aurais du mal à comprendre. Il y a un tel décalage entre elles et nous ! je ne dis pas qu’elles sont perverses. Je ne le pense pas. Pour la plupart, cela fait juste partie d’une quête d’identité, d’une recherche de soi, dans ce « bordel » (je sais que tu me permettrais l’expression) qu’est Nouakchott. Un masque de plus à porter. Nous aussi, nous avions nos masques. Sauf que le soir venu, après toutes les représentations, nous les enlevions, et nous retrouvions notre nous.
En même temps, je dis ça, mais nous sommes foncièrement pareilles. Nous cherchons toutes un moyen de se sentir femme, de se sentir aimée avant d’être désirée. Il y a des fois, ou j’aimerai avoir une pancarte sur ma melehfa qui dit « les gars, oui, j’ai des fesses, des seins, mais ce serait gentil de faire semblant de vous intéresser à autre chose ».
...
(à suivre...)
Séphora
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