mardi 4 octobre 2016

L'Atlantide...

Il y a , dans l'écriture, comme un silence.
L'écriture qui ne serait que silences, comme un renoncement de soi, à soi, du monde, des autres, des pensées....Annihiler la pensée, ce fatras qui cogne le cerveau et qui, contradictoire, rend l'écriture possible.
Poser le mot, le poser ultime. Et à partir de cet ultime, encore un mot, un autre mot ultime...De derniers mots en derniers mots, pensée inversée.
Délimiter ce qui ne l'est pas pensent certains.
Non.
Ecrire c'est l'océan, c'est liquide. Accepter cet infini fait d'eau, de vagues, d'abysses, de lumières, d'obscurité. Les grands fonds quand on s'efface.
Mise à distance de soi...
Poser l'écriture comme une langue, particulière, secrète, cabalistique, signes et percepts, affects .
Pour écrire accepter que rien n'est...
Et la solitude, absolue, celle qui donne une texture à ce silence qu'est l'écriture.
Il y aurait un mot premier et un mot ultime. Là, en filigrane de cette langue des grands fonds qu'est l'écriture.
Que faisons-nous en écrivant, si ce n'est chercher ces deux mots, derniers mots après derniers mots, retours et départs?
L'écriture tangue. L'écrivain devient marin, arpenteur des infinis, courant après les horizons qu'il entend, qu'il perçoit.
Il n'y a pas de ports dans l'écriture, il y a juste des escales, celles du questionnement, des hypothèses, des réponses imparfaites.
Des escales où, malgré nous, le soi devient mémoire, dissonance.
On n'écrit pas  pour se débarrasser, on écrit pour s'assembler, se désassembler, expiation à l'envers, douloureuse mais vitale.
Oui, c'est ça, expiation...Expiation et rédemption. Le grand foutoir de l'intellect, le cirque du monde quand ne nous sont nécessaires que le silence et la solitude.
Penser, ne pas penser, écrire, ne pas écrire, être, n'être, n'appartenir, appartenir, inspirer, expirer.
Ecriture de la verticalité pour redevenir horizontalité...
La minuscule de nos vies tramée en majuscule de solitudes et de silences.
Et, toujours, cet entre-deux, cet entre-îles, cet entre-respiration, qui se fait lien et infini.
L'écriture c'est l'Atlantide...

Mariem mint DERWICH

samedi 20 août 2016

Le livre de l'amoureuse...













Si j'avais les mots de lumière, les mots de l'arène,
les mots qui dorment sur la peau,
je te regarderais
ma bouche à la hauteur de ton souffle

Je te dirais

Les histoires de gens qui s'aiment, petites minutes,
lenteur du temps, nuages, pluie, herbe

Je te dirais, dirais jusqu'à la fin de la nuit, au bout de toutes choses,
quand les couleurs oublient de dormir

Je te dirais

Deviens musique, notes, chants
Deviens moi respiration, à n'être plus que silences,
Deviens langue pour murmurer le chemin du désir,
Deviens regard, pour que je vois
Deviens mains, mes mains, pour voyager

Je te dirais

Les vents dans les cheveux et l'amante,
les pas pressés et le goût de l'absence

Je te dirais l'absolu de l'amour, l'instant qui dort, la femme qui danse
dans le bercement de ta parole

Je te dirais

Deviens moi épaule, ventre, cou, nuque
Deviens celui qui fait naître, hanches, roulis
Deviens mon aube, ma lune, mes étoiles,
Deviens celui qui dort entre mes seins,
Deviens ma bouche pour que je parle enfin

Je te dirais

L'amoureuse en toi endormie, silences du monde
L'amant en mes mains posé et à qui je raconte mes histoires de femme
Le mot comme une aile, le mot qui marche

Je te dirais les rêves fous des animaux perdus et la silhouette,
La voix qui berce, qui met des frissons sur la peau,
les murs que l'on brise, mon corps, ton rire, parler

Et tous ces petits mots, livre de l'amoureuse, je les inscrirais aux eaux de la mer,
mots poissons, mots vagues, mots ressac, mots sable, mots noyés, mots liquides.

Deviens mes paupières pour m'entendre
Deviens partitions pour me lire
Deviens poésies pour que je te fasse naître

Je te dirais, amant, ami, amour, balade, douceur

Je deviens voix pour que tu m'écoutes....

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Oumar BALL)

Mémoires...













Aux ressacs, aux vagues, aux houles, à la mer qui danse,
aux étoiles de mer qui dessinent les soleils,
aux frontières, aux sables qui se naissent dunes et voyages,
aux lointains qui tremblent, aquarelles ocres, liquides,
aux murs s'ouvrant en portes, en fenêtres, en horizons,

Aux langues, paroles, mots, chansons de gestes, chansons des gestes,
aux lettres qui ploient dans l'instant,
aux espérances sur le dos des vents,
aux corps qui tournoient, absolu, absolus, absolue,
aux yeux qui s'ouvrent, aubes, crépuscules

à la lisière, au centre, frontière, coeur,
à la lumière qui s'endort sur mes paupières,
à la poésie qui se chante éternité,
à la falaise des grands voyages, néants, virevolter,
à l'enfant qui tient mes doigts, mémoires, amie,

à l'amour, corps immense, aux flancs qui se rêvent pages,
à la musique, ventre, cocon, matrice, portées, danseuse,
à ma bouche, j'inspire, j'expire, douceur, puissance,
à mon cou, tatouages des empreintes,
à la main, parois, vertiges, fugitifs, fantômes, sources,

aux nuits, aux étoiles, aux murmures, aux arbres, au ciel, aux crépuscules, aux rires, aux présents,

Au papillon devenue ailes, chuchoter,
à l'oiseau qui se déploie dans le mitan des jours,
à l'homme devenu 'oud, tidinit, t'bol, résonance,
à la langue sur laquelle se tient le monde, histoires,
à mon ventre qui s'ouvre, prières,

Au souffle, au souffle, au souffle, à l'instant

A la peau devenue désirs, élans, frissons,
au feu, aux immobilités, aux fulgurances,
aux infinis

Et dans les paumes, femme, femme,
poser le front, visage, soupirs, lignes de vie, mort,
naissances
ployer, ployer,
aimer,

A mes doigts, ailes, j'ai posé mes mémoires

Mariem mint DERWICH

(Artiste photographe Sidi Mohamed ould KHATTRY)


jeudi 28 juillet 2016

TERRE ET LANGUE....













J'ai une terre comme une langue,
déployée et ocre

J'ai une langue comme les sables,
à la bordure des choses tues

J'ai une terre comme une parole,
mot unique, mot qui serait tous les matins des mondes

J'ai une langue faite murailles et montagne,
enfantements de la musique

J'ai une terre qui se dit en vents, en nuages, en larmes d'enfants,
elle dort sur l'épaule d'une femme

J'ai une langue envolée en prières,
là-bas, là-bas, là-bas...

J'ai une terre grains de sable,
infinitude....

Mariem mint DERWICH

(Artiste photographe  : Sidi Mohamed ould Khattry)

lundi 27 juin 2016

Il m'a fallu..Lumière













Il m'a fallu devenir et les vagues, et le ressac et la houle,
Il m'a fallu devenir profondeurs, abysses,
Il m'a fallu m'échapper, m'inspirer, L'expirer,
Il m'a fallu des bords de falaises, des morts infinies,
Il m'a fallu des prières, des abîmes, des suppliques,
Il m'a fallu ôter, encore ôter, vêtements de l'âme après vêtements de l'âme,
Il m'a fallu des battements de coeur, entre deux de ce qui vit,
Il m'a fallu des aubes et des crépuscules, des soleils et des pluies,
Il me reste tant de temps morts à vivre vivants,
Il me reste encore toute cette route de Lumière pour L'entendre me murmurer :
" Où es-tu?"

Renaître en chaque instant, gestation perpétuelle,
La Perfection dans l'imperfection,
Compter du bout des doigts et finir par ne plus savoir compter,
Et, à la fin des alphabets qui disent l'âme, revivre en Sa Langue

Nous avons dix doigts, c'est pour s'entrelacer aux autres,
Nous avons deux mains, c'est pour que nous puissions devenir livres de prières, en prières,
Nous avons une bouche, c'est pour que nos souffles s'arriment aux souffles de l'univers,
Nous avons un corps, c'est pour signifier la texture de Ce qui ne se voit pas, Ce qui n'est, Ce qui est...
Nous avons un temps, c'est pour dérouler l'Infini intemporel et nous rappeler la fugacité,
Nous avons un esprit en inspirations, c'est pour s'expirer,
Nous avons l'Amour,
Et nous disons " Mon Dieu, retrouve-moi"

Tournoyer aux mondes,
Tournoyer en particule, en poussière, en grain de sable,
Catapulté aux confins de ce qui se perçoit

Entendre les chants qui montent...

Mariem mint DERWICH




mardi 21 juin 2016

Vous souviendrez vous?












Quand mes yeux au monde seront fermés,
quand mes yeux atomes seront ouverts,
quand mon âme seule sera,
quand je ne serai plus que silences,
Infini,
quand je renaîtrai à l'aube du monde,

vous souviendrez-vous?

Quand dans l'espace d'une note de musique,
mon souffle deviendra vague,
quand dans l'interstice devenu horizon,
quand je tiendrai une main pour aider au grand voyage,
Immensité,
quand ma langue déposera le dernier mot,

vous souviendrez-vous?

Vous souviendrez - vous de la femme qui fut?
Entendrez vous à vos vies sa silhouette?
Vous souviendrez - vous qu'elle a aimé?

Vous souviendrez-vous?

Quand, dans la fugacité d'un désir, je fermerai la porte de ma maison des sables,
vous souviendrez - vous qu'elle fut danses et tournoiements?

Vous souviendrez - vous?

Que direz vous de la femme en souffles ocres?
Vous souviendrez - vous de l'enfant qui ouvrait ses mains au ciel?

Vous souviendrez - vous?

Quand, dans les vents essaimés au destin, je m'allongerai,
vous souviendrez - vous des traces laissées à la poussière des chemins?

Vous souviendrez - vous?

Quand mes yeux au monde seront fermés,
quand je serai pour l'éternité cette petite fille qui chantonne,
quand je poserai ma bouche à mes lèvres qui ont tant inspiré,
quand une aile de papillon deviendra le temps retrouvé,

Vous souviendrez - vous?

Que direz vous de la femme qui regardait le ciel?
vous souviendrez - vous des hommes qu'elle a aimé?

Vous souviendrez - vous?

Vous souviendrez - vous qu'elle fut musiques, et coeur, et battement et pluie?
Vous souviendrez - vous qu'elle a posé ses mains sur les murs?
Vous souviendrez - vous qu'elle a rêvé, rêvé, rêvé?

Vous souviendrez - vous des abandons, des sangs, des larmes, des cris?

Que direz vous de la femme qui a tant aimé?

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Frédéric Hebraud)


lundi 20 juin 2016

L'enfant qui rêve....













A la barque qui vient de l'Orient,
aux vents qui portent les mots,
aux hommes qui tournoient dans le suspendu,

Aux portes fermées, aux portes ouvertes,
aux enfants qui sautent et rient,
aux arbres qui s'endorment,

A l'eau, aux abîmes, aux houles, à l'Océan,
aux sables déroulés,
aux contes des heures,

Aux minarets en poussières, rêves,
aux chapelets, aux doigts devenus prières,
aux litanies, aux lèvres psalmodiantes,

A la femme qui marche, sépia du monde,
aux vertiges d'un regard,
aux morts qui racontent,

Aux fins des horizons, aux cieux doucement respirant,
aux corps dans la lumière d'un soir,
aux pas sur les chemins de lune,

A l'aïeul qui enchâsse sa main à ma peau orpheline,
aux caresses, aux baisers, aux mots de l'amour,
aux rires, aux poèmes au mitan des soleils,

Aux livres, pages blanches, pages bleues,
aux bonbons d'un soupir, sucré, amer, salé, miel,
aux offrandes d'un je t'aime,

A l'infini, aux alphabets qui meurent,
aux paroles en vents, voiles, encens,
aux bouts des jetées, voilures, bateaux,

une enfant dort et se dessine clairs obscurs, ailes des anges....

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Rodin)

dimanche 19 juin 2016

mourir et vivre













A ma main ouverte, à ma paume pastels,
j'ai posé une ligne de vie,
une ligne d'amour,
une ligne des vents,
je joue,
un doigt suivant les chemins,
ceux qui nous habitent,
les marches forcées,
les méandres,
les larmes qui noient les regards

A mes lignes, sillons têtus,
dans ma main en livre ouverte,
aile devenue le monde soudain gris,
je joue,
les prières en éclats au bord des lèvres,
le souvenir d'un parfum,
une voix de la nuit,
le murmure en sables chuchoté,

A mes mains qui bégaient,
à mes doigts orphelins,
à mes psaumes peaux, odeurs, mots du feu ,
à mes envols oiseaux de paradis,
à mes frissons, à mes paroles enfuies,

je joue

A mes yeux posés sur mes mains lignes et fractures,
à mes paupières endormies volets,
à la lisière de ma joue,
aux mondes tournoyants,
aux cris qui montent du ventre

je joue

Aux zébrures d'un jour qui se noie,
à la bouche ouverte, ouverte, ouverte,
aux traces,
au frisson cheminant sur le pli d'une dune,
à la douleur qui vient dans ses voiles

je joue

J'ouvre les lignes de ma paume,
je joue la mort, je joue la vie,
les départs et les chaînes,
j'ouvre les lignes, mots tus,

je joue

A ma paume qui ne raconte plus rien,
absurdité du temps,
je fracasse ma vie,

Je joue, je joue, je joue

Il faut tous ces jeux de mes doigts
pour que la vie s'ancre,
pour que la mort vienne,
je joue, je joue les matins morts aux fronts des chansons

je joue

A mes mains qui ne sont plus,
je joue mes mots, mes larmes

Je me roule en boule dans le pli d'une trace ténue
et je pleure, je pleure, je pleure
en ma main devenue vierge,
bleue, bleue des ciels qui se ferment,

J'ai scarifié ce qui fait mal en mes lignes,
en ma paume inutile,

Mourir pour vivre, à ma paume devenue enfer...

je joue

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Guy Denning)

De mon autre, "Elle du Nord", Mona Mac DEE...









Je suis :
une maison vide,
une vitre brisée,
une étoile ternie,
une défaite,
une chanson triste,
un soleil voilé,
un bas filé,
une lune cachée,
un champs dévasté,
un ciel de Novembre,
et je t'attends,
dissimulée, près des murs au papier déchiré

Mona Mac DEE

( Artiste / Crédit photo : Mona Mac DEE)

mardi 14 juin 2016

En moi tu es...













Il est des silences en profondeurs,
des silences comme des regards,
en ton cou endormie,
je tais le mot qui monte,
le dessine air et ciel

ma place, ma place

Tout ce qui ne se dit pas,
l'inscrire, le chuchoter,
le rendre à l'eau, le rendre au souffle,
le rendre à tes paupières fermées,
espace

ma place, ma place

j'ai cet amour couleur de la dune,
coeur et battement,
cet amour, cette urgence,
danse mon âme, danse,
une étoile te regarde

ma place, ma place

au bord du coeur frissonner,
je pose mes mains à tes horizons,
j'inspire, j'inspire,
gout sucré, gout amer,
ris mon ange, ris

ma place, ma place

je sème les lettres de ton nom,
à la porte de ce qui est caché
j'ai inscrit la paix et le chant,
un parfum 
aime, mon coeur, aime

ma place, ma place

Il est des silences comme des crépuscules,
veilleurs d'éternités

ma place, ma place

Et dans la nuit rendue à la prière,
je referme mes mains sur mon visage
dans la pénombre redevenue maison,
je murmure à mes doigts

tu m'es, amour, aimé...
Tu m'es...

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Victor-Edmond Leharivel-Duroc)

vendredi 10 juin 2016

Mondes...













J'ai posé mes yeux aux regards magiques,
iris dans les profondeurs.

J'ai roulé à ma bouche le scarabée qui parle d'amour à la dune,
enfermé les chants des baleines dans les lagons lointains

J'ai offert mes cheveux  aux vents porteurs d'ailes, multitudes,
chants des nuages et éphémère

J'ai inscrit mes doigts aux dos des chevaux des plaines,
fait un voeu caché dans les crinières

J'ai dansé les traces de l'oiseau qui ne vole pas,
perle de La Grande Île, il m'a dit....

J'ai ouvert mon cou aux sources qui font naître,
devenue eau et écailles et la pierre bleue des profondeurs

J'ai noyé ma peau aux vagues des déserts,
histoire des mondes de là-bas, à l'heure des animaux qui vont boire

J'ai tournoyé les cyclones, ouvert le monde en palmiers,
essaimé mon coeur aux arbres, racines, racines

J'ai imprimé mon front aux cils de ce qui danse,
j'ai posé mes pas aux chemins oubliés, j'ai dormi dans la grotte

J'ai bu à l'eau qui voyage, gouttes tatouées à ma peau,
rires des poissons et des petits cailloux

J'ai posé mes mains aux sables qui racontent les aubes des hommes,
me suis allongée à l'oreille du minuscule, grains à mes lèvres en éternité

Je suis née encore et encore, au épaules des compagnons de route,
en coeur d'eux, en coeur de nous, besaces pleine de rêves

Avoir le corps étoiles, en multiples, en herbe, en pluies, en orages,
être miel et abeilles, entendre, entendre, entendre jusqu'au bout du souffle

j'ai aimé le monde, le monde m'a enfantée, il m'a aimée à son tour,
en mes doigts soudains déployés j'ai posé son immensité,
et dans le petit jour endormi d'une île lointaine,
j'ai coulé ma peau à l'eau des yeux de la terre

A l'ange qui dessine mon corps sur la route, à l'ombre des lucioles,
des papillons, dans la fourrure d'un animal, un murmure a ri,
doucement, doucement....
J'ai ouvert ma poitrine, douceur de la lumière des jours

J'ai enjambé les montagnes et les rivières et les océans et les déserts et les villes et les hommes,
j'ai volé si haut que les soleils m'ont attrapée,
j'ai entendu les langues des enfants, les rires des insectes, les amours des femmes,
j'ai brûlé en encens envolé

Aux nuits qui viennent je dépose ma parole, mes silences,
fermer le regard et ouvrir les yeux,
poser mes mains en colombe, dans le jeu des clairs obscurs,
jouer avec les rayons

et m'endormir dans l'herbe mouillée....

Mariem mint DERWICH






jeudi 9 juin 2016

Aube première











Tournoyer, tournoyer,
l'incommensurable,
l'indicible,
la dilatation perpétuelle,
l'éternité faite verticalité

Toucher l'homme et toi et toi
Nous au-delà du Moi

Enjamber les aubes des mondes,
ouvrir les yeux
dire, dire, dire,
le mot qui monte,
le mot effacé

Et l'homme chaviré et toi et toi
Ils au-delà du Nous

Dans l'apothéose de la parole devenue vents,
lancer l'atome au front des étoiles,
en faire le commencement et la fin,
dé créer, recréer, dé naître,
au bout du Tout, dessiner l'invisible

En l'homme perdu et toi et toi
Je au-delà du Eux

Ouvrir l'âme, en faire tous les déserts,
tous les jardins, tous les silences des nuits,
poser sa bouche aux immensités,
méditant aux nuages chantonné,
inspirer, inspirer, expirer ce qui ne se nomme pas

Chercher

Hors l'homme aveugle et toi et toi
Nous devenu Je

Aux lointains de l'inimaginable
poser le souffle

Tournoyer, tournoyer

Si tu n'es pas aveugle comment peux tu danser?

Mariem mint DERWICH

( La galaxie d'Andromède. Crédit photo : NASA)



mercredi 8 juin 2016

Mon grain de sable...












J'ai posé un grain de sable sur l'aube qui vient,
écouté la chanson de celui qui appelle,
prière enfantement et le ciel qui s'ouvre...

Dans la douceur de la ville qui dort encore,
j'ai semé mon grain de sable,

J'ai posé un grain de sable à la porte de ma bouche,
il a déroulé les contes des hommes,
murs ouverts sur l'intérieur...

Dans le corps des balbutiants assoupis au mitan de leurs rêves
j'ai semé mon grain de sable

J'ai posé un grain de sable au cou de l'étoile,
entendu la nuit murmurer la ville endormie,
les mots de ce qui n'est ...

Dans l'attente de la femme qui part, miroirs et tessons,
j'ai semé mon grain de sable

J'ai posé un grain de sable, à la dune allongé,
il a roulé et s'est multiplié, homme devenu enfant,
histoire d'un alphabet qui essaime ses lettres

Dans la splendeur d'un crépuscule, au bruit des vagues,
j'ai semé mon grain de sable

Dans le lent et profond battement de coeur de l'univers,
mon grain de sable est devenu rires et danses et feu follet
il a dessiné le livre des choses que l'on ne dit pas,
celles que l'on ne murmure qu'à l'obscurité, endormis,
aux rêves des géants accrochés,

Dans le regard qui s'ouvre aux cartes des mondes,
j'ai semé mon grain de sable

A l'homme qui prie, à l'homme aux yeux tristes, à l'homme qui implore,
j'ai offert mon grain de sable devenu battement d'âme,
j'ai posé ce tout petit grain de sable au milieu de sa poitrine,
ce tout petit grain de sable
ce tout petit grain de sable

Dans le silence d'une maison des vents, à l'immensité déployée,
j'ai semé mon grain de sable

Mon grain de sable, tout petit, tout petit, fantôme fragile,
je le sème à ton visage en mes mains devenues livre,
je l'ai endormi en ma langue pour qu'il ne meurt pas,

Dans la béatitude d'un espace magique,
j'ai semé mon grain de sable aux murs blancs,
pour qu'il te raconte, encore et encore, les silences des larges,
les silences des lointains en nous,
les silences des néants

et la chanson de celle qui te parle...

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Chahab)








lundi 16 mai 2016

silences...

Il en faut des silences et des mots du silence, EN silence, pour dire, pour écrire, pour parler.
De cette écriture devenue parole, celle qui sort, qui vient, qui repart, qui meurt dans la douleur de l'expulsion.
Il en faut des intimes pour vivre, pour tenir, pour avancer, sur cette page blanche qui devient coeur et battement. Dans mes doigts qui dansent j'entends le pointu, l'acéré, le sanglot mais, aussi, la joie.
Coudre ses lèvres pour que les mots naissent, voici l'écriture.
Fermer ses lèvres, devenir silence pour que les mots soient parole muette, ce cri silencieux de la parole devenue oiseau.
Je n'ai jamais su dire, exprimer, dire cette parole langage, cette parole partage. Je suis orpheline de ma parole.
En cette parole mère et père, ces silences nés dans les profondeurs d'une douleur, il faut inventer, encore et encore, ce qui dit, ce qui ne se dit pas, ce qui est, ce qui n'est pas.
Le silence des grands fonds, des abysses, expulsé en silences des surfaces.
Ecrire c'est mourir et mourir encore et renaître en silences.
Je n'écris pas. Je parle. Je parle en silence.
Je dis mes silences, ravageurs, apaisants.
Un jour mes mains sont devenues langue. Et cette langue est devenue silence. Et ce silence est devenu mer, eau. Et ce silence que je porte en moi n'est pas silence imposé, pas de ce silence de l'amertume. il est le silence entraperçu derrière le silence quotidien.
Ma parole silence est ma langue des signes.
En chaque mot je pose une lettre, une syllabe, un alphabet sans sons. un alphabet qui redit à la main que le regard doit être fermé, qu'il faut empoigner tout au fonds, dans le ventre, qu'il faut poser ses mains sur ce qui bat en nous , qu'il faut le dépouillement du mot silence, le dépouillement..
En chaque silence une fulgurance. En chaque mot une fulgurance...
Redevenir langue, lèvres, fleuve...
Ecrire en silence, écrire en mots.
N'être que ce lien qui me relie...
Silence et mots, silence mots, silence, mots...
Et je parle...

Mariem mint DERWICH




J'ai ouvert mes bras et ôté mes yeux...













J'ai ouvert ma maison aux vents des grands larges,
et dans cette maison devenue corps
j'ai posé ton prénom,
lettre après lettre,
chacune liant les autres,
odeur de miel
odeur de lait
odeur d'encens

J'ai ouvert mes bras, j'ai ôté mes yeux

Dans cette maison devenue vagues,
j'ai posé mon nom, le Mim devenu Alif,
j'ai dessiné les racines et l'arbre de vie,
les feuilles qui entendent,
les fleurs regards,
et toi en lisière de mon souffle

J'ai ouvert mes bras et ôté mes yeux

Au coquillage posé à mon oreille,
j'ai murmuré les sables, les feux, le dessin du souffle,
mes doigts écartés, jeu d'enfant,
le précieux de la paume en ta paume déposée

J'ai ouvert mes bras et ôté mes yeux

j'ai remonté le mur, briques après briques,
pierre après pierre,
j'ai remonté le mur et je l'ai, de nouveau, détruit,
recommencement du balancier
et ton prénom qui continue de danser aux frontières perdues

J'ai ouvert mes bras et ôté mes yeux

Le monde né rondeurs, lointains, prières,
et mon corps en allers retours,
se posant et là et là et ici et ici,
houle, houle, houle,
clore sa bouche,
ouvrir sa langue
et ton prénom qui vole

J'ai ouvert mes bras et ôté mes yeux

je me suis déposée au creux de la dune,
dans la courbe brodée ligne,
je me suis déposée au creux de la dune,
j'y ai posé les lettres de ton prénom

et me suis endormie...

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Carol Carter)


dimanche 15 mai 2016

Entre deux...













J'ai toujours ma bouche à ta bouche posée,
allongée en ta langue,
endormie en souffle,
entre deux silences,
entre deux chansons

J'ai toujours ma bouche à ta bouche essaimée,
mouvement fluide du mot devenu eau,
mes lèvres mains, mes lèvres peau, mes lèvres, tes lèvres,
entre deux prières
entre deux lointain

J'ai toujours ma bouche à ta bouche écoutée

Et en ta bouche à ma bouche devenue,
je deviens tes yeux et tes contes,
je grave la paix et l'envie et le désir et les chants des corps
en ta bouche mienne
je berce ce qui vient
petits cailloux des amours

J'ai toujours ma bouche à ta bouche liée

Entre deux espace
entre deux univers
entre deux étoiles
entre deux nous inscrit en respirations

J'ai toujours ta bouche à ma bouche récitée

Entre deux....

Mariem mint DERWICH

( Artiste : Chagall)


samedi 14 mai 2016

Pays, tu leur raconteras....












Tu leur raconteras, pays mien,
tu leur raconteras ta fille, fille parmi tes filles,
fille parmi tes hommes,
tu leur raconteras les vents qui l'ont fait naître,
tes vents de l'Est et tes vents de la mer.
Tu leur diras qu'à ses chevilles elle porte tes dunes,
tes contes,
tes griots,
tes notes de lune,
tes notes de soleil.
Tu leur diras qu'elle est fille tienne,
née et née encore,
à chaque aube,
dans chaque chant des mosquées.

Tu leur raconteras, pays mien,
la lignée, le nom des siens,
l'odeur de sa mère,
le rire des murs de pierre,
là bas dans la ville qui dort.
Tu leur raconteras qu'elle a posé ses mains,
en obole aux parois d'Amogjjar,
aux murs de la grande ville,
aux chants de la nuit bavarde.

Tu leur diras, aux siens,
qu'elle est ton nom,
dans la splendeur soudaine d'une aube,
dans le repli d'une batha,
dans la subtilité liquide d'un marigot,
tu leur chanteras qu'elle est fille des nuages,
fille des mots fantômes.
Tu leur raconteras qu'elle porte l'amour,
l'amour,
l'amour

Tu écriras dans la poussière des pistes,
tu écriras qu'elle a la couleur ocre de ses mémoires,
qu'elle a enfanté des rêves,
des petits d'homme auxquels elle a soufflé son nom matrice.
Tu leur diras, tu leur diras, les campements,
qu'elle est sang et chair, sang
sang

Tu leur raconteras qu'elle est fille des rencontres,
fille métisse, fille racines, fille mangue, fille datte,
tu leur diras qu'elle dort dans la calebasse des mondes,
qu'elle est le lait qui court sur la peau,
tu leur diras qu'elle est yeux ouverts, tes yeux,
tu leur diras qu'elle porte ton nom,tes noms, tes incantations,
tu leur raconteras, aux siens, qu'elle dort sous les pierres des cimetières,
dans la prière de ceux qui restent et espèrent.

Tu inscriras à leurs regards brûlés, ton nom,
mon nom,
leurs noms

Et, dans l'infini qui est, tu deviendras pays intime....

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Frédéric Hebraud)

vendredi 13 mai 2016

musique













Et il y aura des balancements, des allers retours,,
la douceur d'une main qui écrit,
le souffle déposé au creux du cou,
une musique dans la pénombre.

A la fenêtre s'endormira un oiseau

Il y aura des pluies abandonnées aux feuilles,
des rires montant de la cour,
une table, des bols, du pain,
une robe assoupie sur une chaise

Il y aura le soleil en flaques sur le sol,
quelqu'un qui tape à la porte,
un parfum fugitif,
une histoire enfuie

Au mur je poserai un rayon de miel

Il y aura un lit comme un voyage,
des draps froissés,
un souvenir de sieste,
une photo

Et la main qui écrit, qui écrit,
cette lettre qui ne partira jamais

Et dans ma mémoire je dessinerai ce qui n'est pas venu,
j'inventerai des couleurs,
je mettrai des notes à l'horizon,
je ferai de mon regard une île

J'ouvrirai les bras à la nuit qui vient
je laisserai les vents entrer,
défaire la chambre,
orner les murs

je deviendrai jardin

et tu seras là.

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Ademaro Bardelli)


Lumière...













Je
Tourner, tourner jusqu'à l'arrondi du Verbe,
tourner au bout du bout,
dans le grand commencement, Fin et Tout et Début

Je
Main au ciel et âme,
être hors et en, devenir ce mot lumière
étoile, galaxie, univers

Je
Tourner encore, dans la fulgurance prières,
tourner, n'être, n'être,
poser ma bouche aux confins de moi

Je
Entendre, entendre, entendre, ne plus entendre,
s'inspirer, s'expulser en atome
ciel après ciel, dans le chant des lointains de feu

Je
aux bouches des mondes qui s'ouvrent,
offrir ce qui monte, ce qui vient,
ce qui est et ce qui n'est pas

Je
absence, présence, verticalité du désir,
l'infiniment petit et l'infiniment grand,
silence des profondeurs

Je
Tourner, tourner, vide dans le délié de l'élan,
respiration, poussière,
vide

Je
imploser, consumer, recréer,
moi sans moi, moi en l'Infini,
chapelet de l'éternité devenue porte ouverte,
grain de poussière né papillon,
l'instant suspendu,
dépouillement
immatériel, corps, esprit, être sans être

et dans le dernier regard brûlé murmurer

Suis.

Mariem mint DERWICH

dimanche 8 mai 2016

Le désir et l'aimé...









Entendre la danse,
Implosion ultime,
Mettre la main au ciel et devenir musique
Poser les mots dans l'ailleurs endormi en nous
Frissons, prières,
L'inachevé devenu paupière et lèvres et salive et corps

Dessiner le poème qui vient,
Qui monte de la houle, vague et vague,
S'ouvrir coeur, s'endormir esprit,
Etre l'eau, le feu, la terre, l'air, le souffle
Regard de l'entre deux en boucle infinie
Devenir les quatre points cardinaux qui disent les mondes

A ta peau me glisser, celle qui dort en toi,
Tutoyer l'envie
Rêver le poème qui s'écrit

Refermer les doigts sur le poème qui vient...
Et à ta bouche murmurer l'arrondi.
C'est dans le silence de ton cou
Que la mer devient nuit.
Poser les mots caresses...
ta voix en voyages bleus.
Chuchoter à ton oreille,
Déposer du bout de la langue
Le désir et l'aimé.
Et, du bout de mes doigts devenus oiseaux, te dire...

Fulgurances des atomes dans ce poème qui vient,
Toi en moi, moi en toi
Dans la couleur des heures ré inventées
inspirer l'ultime geste.

Il est, dans la douceur de ma nuit, l'aimé, l'attendu

Et je lui dis, au long des perles de l'envie : " Je suis là"...

Mariem mint DERWICH

( Image : détail d'un mur du Palais Ennejma Ezzahra de Sidi Bou Saïd)



mercredi 27 avril 2016

A fleur de....









La peau à fleur de peau, à fleur des mains,
la peau en chuchotis, à fleur des yeux,
la peau à fleur frissons et à fleur couleurs

Ecriture

La bouche à fleur voyage, à fleur des lèvres,
la bouche en mots liquides, à fleur du souffle,
la bouche à fleur " dis moi" et à fleur " viens"

Murmure

La paume à fleur des choses, à fleur caresse,
la paume en rondes soyeuses, à fleur des paupières,
la paume à fleur sable, à fleur contes

Chanson

Le corps à fleur d'univers, à fleur d'étoiles,
le corps en arabesques, à fleur extase,
le corps à fleur Alif, à fleur du ciel

Moi

La langue à fleur Infini, à fleur Amour,
la langue en harmonie, à fleur de houle,
la langue à fleur salive, à fleur parfums

Envol

L'instant à fleur des riens, à fleur du tout,
l'instant en parchemin, à fleur de ton oreille,
l'instant à fleur harmonique, à fleur marelle

Lumière

Magie, frissons, à fleur du néant
à fleur d'absolu,
refermer la main sur le mot,
à fleur chapelet
partir à fleur du monde

Sentir

Mariem mint DERWICH

( Artiste : Mustapha Belkouch)


mardi 26 avril 2016

Fulgurance....












J'inscris le calame en ma langue,
fulgurance du mot, fulgurance de la parole dessinée

Au bout de moi il y a toi, et au bout de toi il y a les autres,
et au bout des autres je ré invente le Tu et le Je

Dans la plénitude de l'instant inspiré j'entends la musique,
horizontalité devenue verticalité,
absolu du rêve posé sur mes yeux,
heure tressée aux déliés de ta bouche qui dit à en perdre le souffle

Je t'expire, je t'expire pour mieux m'expirer moi,
atome en ton cou endormi

Dans mes mains repose une âme
je l'ouvre à la hauteur de l'horizon
je la dépose dans le lieu qui n'est pas
et à ton oreille je murmure la parole de la route

Dans le fragment qui appartient à la nuit j'entends la lumière de ce qui est
l'instant magique des questions et des ailleurs

Je ploie mon visage et ma chevelure et mes paupières
je me tends vers le ciel
je danse je danse
dans le Verbe qui raconte l'homme en plénitude

J'ai mis des couleurs à mes rires pour que tu entendes
et des soleils poésies dans ma voix pour que tu sentes

A ma peau en frissons je déroule les heures

A regarder le ciel en face, j'invente l'étoile,
l'infini de grâce, l'infini prières, l'infini beauté.

Je pose mes mains au monde

L'entends tu?

Mariem mint DERWICH

( Artiste : Andrew Salgado)

mercredi 20 avril 2016

Je te raconterai...











Je te raconterai,
te raconterai à en perdre la voix,
les choses qui ne se murmurent qu'à la brûlure du feu,
chaleur de ce mot ré inventé à la hauteur du silence

Tu poseras ta langue dans ma main,
et mes doigts, fragilités, seront calame

je te raconterai,
pour toi, rien que pour toi, dans cet instant suspendu
devenu cocon, le mot caresse

il y a des histoires d'eau, vagues et baleines.
Le bleu de la nuit des profondeurs,
dans l'irisé du regard.
Et les noyés, les noyés..

Vie et mort.
Danse des impossibles.

Et les nuages au fronton des murs.

Ce petit rien qui chatouille la peau,
l'absolu du geste esquissé, brodé...

Dans une nuit devenue étoile,
je te raconterai les vents, la plénitude de celui qui voit,
la poésie des marcheurs d'éternité,
les danses de ceux qui tournent,
les rires et les larmes, les colères et la paix

Enferme le mot en ta paume en prière,
souffle, souffle, expire le à l'orée de mes paupières
et dis moi les mots des enfants des lointains

Je te raconterai la musique, celle qui dort au creux de nos rêves

Je te dirai l'urgence de la vie et les arbres, et les nuages et le ciel...

Et je poserai mon corps sur le sable et je fermerai les yeux....

Mariem mint DERWICH

( Artiste : Gerhard Richter)

vendredi 1 avril 2016

Inspirer...











Creuser, creuser encore, creuser,
arborescence du corps, la peau qui brûle,
creuser, arriver au sang,
se dépouiller, ôter,
laver, purifier, oublier...

Se défaire de la parole,
extase des silences,
fermer la bouche,
se clore sur le dernier mot,
la mémoire qui devient lumière

Ne garder que la conscience,
petite, minuscule, fragile,
de ce qui n'est plus, de ce qui ne fut pas,
souffler la bougie des yeux,
plier le cou, pleurer

Au pas de ma peine,
inscrire les noms de ceux qui m'aimèrent,
les bras de ma mère,
le souffle de l'amant,
les rires des enfants

Aller au plus loin de mes ailleurs,
au plus profond de mes nuits,
là où la petite fille danse dans la poussière du soleil

Briser le miroir en voix multiples,
devenir l'une, devenir celle qui,
tapisser les murs de ma vie en tessons arc en ciel,
inscrire l'enfantement,
donner, donner encore, donner à en perdre la langue

Donner, le tout comme le rien

N'être, naître, partir, fantôme

Ne rien regretter, ni l'amertume, ni les départs,
ni les larmes, ni les cris, ni les colères, ni les serments des innocents

N'être, naître, partir, fantôme,
laisser partir les doigts et les odeurs

Donner l'ultime mystère, au delà de la falaise
et, enfin,
         
                         inspirer


Mariem mint DERWICH

(Artiste : Elias NAMAN)

vendredi 26 février 2016

Murmures...

Que murmurent les chameaux à l'oreille des hommes?
Que disent-ils à l'homme assis à la porte de la ville?

Dans les soupirs portés par les vents, j'entends les mots,
les mots qui racontent la mémoire,
les mots tannés, brûlés, les mots aux yeux ouverts,
les mots qui dorment sur la langue

J'entends celle qui sommeille, la main sous la joue,
allongée à l'ombre de la paroi de pierre,
ses cils dessinent la piste ancienne

Que murmure le souffle de l'enfant qui joue?
Que dit-il à la femme qui se réveille?

Dans le crépuscule qui s'en vient, je deviens mirage,
et je lève mes mains vers le ciel,
le silence se pose et je vois ce qui vient,
poussière d'ailleurs.

J'ouvre ma bouche, je suis celle qui danse,
la lune a posé ses yeux sur moi,
elle me dit " regarde, vois, vois, vois encore plus loin, vois la ville là-bas, vois ses hommes...."

Entends leurs chants invisibles, laisse les se poser sur tes cils,
qu'ils deviennent colliers et bracelets de chevilles,
et perle, et poèmes.
Qu'ils chuchotent dans l'ombre de leurs tombes, qu'ils te racontent leurs noms.

Que murmurent les dunes au cou des hommes?
Que disent-elles à ceux qui partent au loin?

A ma main se pose un voile bleu, et l'oiseau s'envole,
couleur des oasis, eau, palmiers, puits, silhouettes des pas,
je tisse ma mémoire, tapis et coussins, cuir et selles,
j'ai l'horizon qui m'appelle

Je sème les contes, je suis celle qui parle aux morts miens,
je suis assise à leurs pieds et je pose ma joue à leur joue,
ils me disent, ils me disent, ils disent " fille, femme, enfant notre...."

Que murmure le Gaf imperceptible, celui des yeux, celui de l'âme,
Que dit-il à la femme endormie sur la natte, cheveux déployés?

Que murmure la dentelle du minaret dans la splendeur du jour?
Que dit-il à la femme qui arrive à la porte de la maison?

Que me dit l'homme qui dort contre la femme?
Que dit-il dans ses rêves?

Dans le silence d'une minute infinie, je pose mon front sur mes immensités,
je suis sables, dunes,  points cardinaux, horizons, campement,
départs, départs, départs....

Que me murmure le chameau aux yeux tristes, à mon oreille orpheline?

"Va....et ne reviens pas du pays qui est...."

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Lionel SMIT)







dimanche 21 février 2016

Dis leur...

Et quand tu les rencontreras, au détour d'une piste ocre,
dis leur les jours d'éternité,
dis leur que je suis leur fille, chair et sang,
parle leur de cette femme qui est debout face au monde
et qui dessine, sur les parois des montagnes,
les lignes de son sang, la mémoire de ses noms...

Dis leur l'immensité de soi dans le repli des sables
et l'enfant qui danse aux vents de l'Est

Quand aux pas des chameaux tu murmureras les poèmes,
récite la prière des voyageurs, pour les choses qui commencent
et pour les histoires racontées la nuit à la lueur des feux,
dis leur que dans l'ombre des tentes les femmes tissent les étoiles,
elles chantent le lait, les étoiles, les mains devenues oiseaux

Dis leur le souffle brûlant qui monte de l'horizon,
et les hommes enroulés en chapelets

Sur les paupières brûlées, à l'orée des puits infinis,
dis leur que je suis là, en mémoire d'eux,
dis leur que je brode mes contes,
dis leur que leur fille chantonne aux pas qui viennent,
qu'elle invente demain, et encore demain,
dis leur qu'elle est passé et demain

Dis leur que cette femme a enfanté les chuchotis de la nuit,
et qu'elle est cette griffe sur la poussière

Et quand à l'ombre d'un regret, dans la dentelle d'un minaret,
à l'eau d'une oasis, tu écouteras leurs noms déroulés,
tu prendras dans tes mains ces silhouettes odeurs des caravanes,
dans l'instant suspendu à la porte de ceux qui sont enracinés à la terre,
dis leur qu'ils sont miens

Dis leur qu'ils sont miens, dans la rondeur de leurs libertés....

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Souleymane Abbas)


jeudi 4 février 2016

Etrange étrangère...












Être monde, chair du monde,
sang du monde,
s'inscrire en mots étranges,
être moi et celle là,
devenir elles, devenir lettre

Être dedans et ailleurs,
demander pardon,
toujours,
au-delà des silences des coeurs

Être grain de poussière et tempêtes,
dormir sur ta paume,
enroulée dans la douceur de nous,
étrange étrangère,
être

Être le ventre des mondes,
cosmos et étoiles,
petits des hommes,
femme et enfants

Être le chemin des vents,
rédemption, rédemption,
offrir ce qui vient en lignes d'horizon,
être notre, et tienne et vie,
s'envoler dans la splendeur d'une minute

Être chair du monde à ta parole arrimée,
être chair, chair,
étrange étrangère
au miroir de tes yeux ouverts aux lointains,
m'ancrer à la mémoire des sables

Etrange étrangère

Toi en ma vie, étrange étrangère,
amour des jours,  à l'aube de tout
je deviens celle ci, en renaissance,
et nous, et toi, toi, homme mien
qui ouvre la cage et libère l'oiseau

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Joan MIRO)









mercredi 27 janvier 2016

Mon pays est là où tu es...

Quand, au bout des doigts, s'inscrit la mémoire,
et que s'en viennent les gestes
j'écris la peau en partage

Dans la chanson de l'homme à mon cou endormi,
gestes furtifs d'un poème qui s'ébauche,
j'entends le vent raconter l'étoile


Et sur les paupières, je dis les mots qui naissent


A la porte de cette vie, poser ses riens, semer les pas du voyage,
enfermer mon visage au miroir de ton épaule,
entendre le souffle et m'endormir

Compter les mots qui jouent, les regarder vivre au pli de ta bouche,
devenir syllabes et accents, chatouiller les lettres,
et dans tes yeux devenir alphabet

Dans l'instant en mes mains prisonnier, je dis la lumière

C'est dans la vibration d'une rencontre que l'absence devient conte,
présence fragile à la bordure de mes prières,
et toi...

Il est des aurores à traverser, des enfants à faire naître,
ces enfants mots, ces enfants fantômes, ces enfants qui colorient le ciel,
il est des jours et des vies, petits points posés sur une espérance

Quand tu dis l'amour, je raconte ce qui vient

Au bout de nous murmurent les ailleurs, les pages à écrire,
le monde à reconstruire,
abysse lointain de ce qui se dresse à l'horizon des yeux amoureux

Dans ta main poser mes mots, graver la femme et l'espace magique
de ceux qui aiment à dépasser le ciel,
dire, dire jusqu'à la déraison que la vie s'en vient, au détour du manque

Quand tu dis l'amour, je raconte les silences, les paroles chuchotées

Grandir, grandir, empoigner les nuages, broder aux troncs des arbres,
danser, pieds, notes, musiques
mes cheveux dans ta paume déployés

Revenir des lointains, recevoir un regard, se dépouiller de tout,
ouvrir les bras, prendre en offrande la seconde fragile
qui dit que mon pays est là où tu es

Il est une lumière, posée à l'orée de ma langue, solitude devenue multitude

Dans la respiration du temps retrouvé, j'ai ta main en éternité...

Mariem mint DERWICH

( Leïla et Majnoun. Artiste : Hakim ( Boukhara) )















mardi 26 janvier 2016

mot intime...

Les mots sont le désir d'aube, la page blanche où les rêves de la nuit viennent s'inscrire au front des réveils.
Dans ces mots aurores, chaque homme imprime le souvenir de la falaise enjambée et de ce qui est au-delà.
Il y laisse la mémoire première pour se souvenir qu'il est homme, brandi à la face du monde.
Et dans ces mots devenus mot unique, il chante les noirceurs et l'âme damnée.
Dans l'aube qui se lève, chaque mot est oiseau de feu.
Aux murs des villes ils vont s'accrocher et dans les regards de ceux qui n'ont pas dormi, ils retrouvent le sens du souffle.
C'est à la fin de la nuit, quand la barque revient au port, que les mots de l'homme se dispersent, comme pour dire " je suis vent, je suis horizons, je suis ce qui n'est pas encore".
Si toi, homme, tu es mots, que deviennent les lettres que tu couches sur le papier de l'aube?
Si toi, mot, tu es sens, que devient l'homme qui écrit le long des heures saccadées?
Quand le mot s'est fait homme, le monde a ouvert les yeux... et la bouche a dessiné le cri venu du lointain intime...

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Cy Tone)


lundi 18 janvier 2016

Petit pas et petit pas....













Et j'ai en mes yeux déposé le monde
par delà le mur de tout
- petit pas et petit pas -
j'ai effacé l'empreinte de l'aube
dans le reflet des ombres qui s'estompent

De ma vie j'ai empoigné les nuages
déplié ma langue au miroir des riens
- petit pas et petit pas -
j'ai vu l'autre côté
dans le miroir en couleurs

Parce que l'homme marche, à l'horizon
au delà des chansons mortes
- petit pas et petit pas -
j'ai entendu le ciel rire
dans l'autre qui est moi

En mangeant les arbres silhouettes
vents qui racontent
- petit pas et petit pas -
j'ai murmuré que je ne suis pas,
dans le livre des amertumes

Petit pas et petit pas
en effaçant ma peau
j'ai entraperçu les étoiles
au fonds du ruisseau

Petit pas et petit pas

J'ai recommencé l'histoire du monde
fumées

Petit pas et petit pas

Et dans mes yeux enfin apaisés
par delà les chants des dunes
je suis atome et trou noir
- petit pas et petit pas -

Je recommence mon histoire
en mon ventre qui s'ouvre

et je dis, je dis, je dis....

Petit pas et petit pas

Je n'ai rien vu hormis mes yeux déposés au monde.....

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Mohy Elrayes)


jeudi 14 janvier 2016

Absence Présence....












J'ai l'absence présence au bout des doigts,
en bagues mémoire.
J'ai les mots des mains
en balade sur ta peau

Clair obscur des paupières
qui tracent les chemins de nos envies

Les amants des jours de feu
savent

J'ai les azurs de ceux qui partent,
heure bleue de mes nuits,
et toi qui vis à la lisière de mes bras,
endormi et sur qui je referme le livre des petites choses qui apaisent

J'ai la seconde, note ronde, suspendue
et le calame qui envole l'instant

Les amants des jours de feu
savent

En la respiration qui s'arrête,
j'entends les mondes rire.
J'ai ma bouche en histoires de toi,
amour cambré

Je redessine mes seins en présence
pour faire mourir l'absence

Les amants des jours de feu
savent

Et dans l'immobilité du temps
ta langue qui me dit, qui chuchote le désir,
invente les falaises à franchir
et les oiseaux perdus dans mes cheveux

Je donne mes mondes perdus
et ouvre les yeux là haut

Les amants des jours de feu
savent

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Frédéric Hebraud)


jeudi 7 janvier 2016

Chant...













Parce que pour chanter l'amour
il faut beaucoup aimer
il faut les matins dans les chants des prières
il faut les mots des rues

et l'odeur de la terre

A la porte de la maison,
à l'homme qui entre
il y a le monde qui naît

et les notes du ciel

Pour chanter l'amour
il faut dessiner l'infini
il faut les rires des enfants
il faut entendre les voix qui viennent

et le son de la ville qui s'éveille

Dans l'instant qui s'arrête,
aux murs de nos songes
il y a le livre des autres

et la danse des mots

Pour chanter l'amour
il faut le désir, le désir,
il faut le souffle et la peau,
il faut les riens qui s'allument

et le goût de ta bouche

Parce que les voyages commencent là où l'aube s'endort,
dans la lueur des chemins à venir
et les pas, les pas, les pas aux heures qui se brodent,
l'immobilité du coeur qui murmure

et l'eau de mes yeux

Et dans cet amour déroulé, raconté, allongé,
il y a la main qui écrit, les mots, les mots, les mots,
le pli du cou où s'évanouit la plainte

et ma langue scribe

Pour dire l'amour il faut mourir
mourir encore et revenir

et la mémoire qui tourbillonne....

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Alan Spazzati)

vendredi 4 décembre 2015

Homme...













Il y a cet espace entre toi et eux, ce temps infini
ce temps de la mémoire et du sang

Il y a ces routes passées, tes souvenirs qui arpentent les sables

Il y a ces vies que tu portes, enfouies au plus profond de tes détresses,
eux, toi, nous

Il y a ces immensités en bandoulières et les murs d'aujourd'hui
et les femmes, et les chants, et la langue, et les soleils

Il y a tant en toi, silhouette arc-boutée en ici,
tes yeux ouverts aux ailleurs

Il y a l'amour, le désir, les routes

Il y a toi, homme, nom, lignée, ancêtres,
tes questions, tes questions, tes questions

Oiseau de feu aux ailes brûlées par cet aujourd'hui

Il y a les nuages à poursuivre, là bas aux confins du Nord,
il y a des tombes et des noms murmurés

Qui es -tu homme-enfant?
Quand tu fermes les yeux que vois-tu?

Et je t'entends, j'entends tous ces chants d'avant,
je les entends, les reçois, voyageuse perdue

Dans la pénombre d'une vie citadine,
j'écoute tes mots raconter l'avant.

Dans les temps qui ne sont plus tu es,
silhouette passée d'une vie que tu n'as jamais tout à fait abandonnée

Tu marches, homme, tu marches
et je viens, en mémoire des autres, en mémoire de ce qui fut,
en mémoire de ceux dont nous portons le nom et les lignages,
en mémoire de nous

Tu, eux...

Mariem mint DERWICH

( Artiste : Ryan HEWETT)




mardi 10 novembre 2015

Recommence....













J'ai la houle en héritage
ressacs profonds, chants des sables,
coquillages qui disent, à l'oreille sertis

J'ai les vents qui grondent, colliers dans mes cheveux,

J'ai le livre des mémoires, noms, obscurité, temps anciens,
écritures en larmes, poésies des femmes,
un mot, le mot unique, celui qui chuchote

J'ai les pistes et les arbres, j'ai mes pères, ma mère, lignées

J'ai les regards de la nuit, abandonnés aux étoiles, là-bas,
ici, ailleurs, pierres et flammes, naissances,
sépultures des petits matins, quand l'absence devient présence solitaire

Je suis morte des milliers de fois, dans l'heure violette de la solitude,
face à mes histoires, mains vides et peur au ventre accrochée

j'ai les campements des crépuscules, bracelets de cheville,
la ligne aiguë des minarets dans l'incandescence des jours de feux,
silhouettes brumeuses des hommes qui marchent

J'ai mes corps en dessins de lune sur l'arrondi des dunes

Fille des quatre points cardinaux, fille des tentes, femme sans lait,
mes doigts sur la courbe d'une épaule, lenteur d'une minute d'amour,
libre, libre, libre à en déchirer le coeur

Je suis née des milliers de fois, dans la folie des mers qui partent et reviennent

J'ai l'amour en espérance, touche moi, prends moi, rêve nous,
amant de l'aube, lumière blanche de la musique, encore, encore,
écris sur ma main les petits rires de ceux qui ne vivent que dans la chaleur de l'obscurité

J'ai marché , marché, mes chemins d'envies, mes chemins de douleur,
corps en danse perpétuelle, eux assis aux bords des routes,
oh leurs voix

Dans l'implosion, dans mon néant, dans ces histoires qui sont miennes,
j'ai posé ma bouche à la source

Et j'ai murmuré : " recommence....."

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Mohy Elrayes )

lundi 9 novembre 2015

Langueur..











Mettre des couleurs sur une voix, un souffle, un rire,
dessiner aux murs du ciel

Dans la paix première, celle d'avant les lames de fonds, les grandes tempêtes,
vagues mousseuses, venues de derrière l'horizon,
revenir, respirer, reprendre ce lent battement du coeur

Il y a les vents ocres qui dessinent les sangs

Je pose mes doigts sur la voix qui murmure,
celle qui me dit.
Je l'enferme dans ma paume
Je souffle dessus
J'y grave les notes endormies du frisson sur la peau

Dans ma maison aux murs de papier
j'ai ouvert la porte et le vent, le vent qui vient de l'autre côté des mondes,
le vent me raconte les histoires des enfants heureux
et rend à la langue ce que la bouche a oublié
                      
Absolu

Dans cette minute suspendue allongée au creux de mon cou
je pose ma mémoire et ton rire

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Gerhard RICHTER)





mercredi 2 septembre 2015

Chanson du temps...













J'ai besoin de temps, de tous les temps du monde,
besoin des temps en musique, des temps de ciel,
J'ai besoin du temps passé à rêver
et du temps à chanter

Dans ces temps je mettrais l'enfant et la femme
j'inventerais mes lendemains, mes possibles

j'ai besoin du temps des sables, bâtir des dunes,
les défaire, les refaire,
laisser les grains du temps entre mes doigts s'écouler

J'ai besoin du temps afin de vivre, corps enraciné,
mémoires en exil,
battre les nuages pour que tombent les larmes des absents

Temps infinis, temps d'ici, temps de là bas,
temps inscrits aux murs des temples,
temps parchemins, temps des mots et des naissances

J'ai besoin des temps de la nuit, ceux qui font les âmes,
temps des prières, des chapelets, des murmures,
temps de l'oubli

Temps de tempêtes, de navires, de sirènes,
au bout des vagues entendre les temps des pirates

Temps mis bout à bout, silhouettes des histoires à venir,
temps de la plénitude et temps des malheurs
temps arc en ciel, temps du Fleuve, temps du campement

J'ai besoin du temps des griots, poèmes de l'avant,
besoin du temps forgeron, celui qui forge ma chanson,
notes et cordes, temps anciens

De tous ces temps qui vont et viennent, dans l'absolu
du temps attrapé, je ferais un oiseau de palme,
oiseau de lait, oiseau mon frère, oiseau de feu

J'ai besoin du temps des désirs

Au bout de la piste, j'inscrirais ces temps de conteuse
aux murailles des grottes
aux oasis des hommes

j'ai besoin des temps gomme arabique et caravanes
temps du thé et temps de l'amant
temps de l'encens, temps Gaf

J'ai besoin des temps de vents,
temps de la voix et temps des étoiles
temps de l'Alif et temps du calame

Temps des cimetières, temps des départs,
pierres, lézards, pleurs
m'entends tu?

J'ai faim des temps miens...

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Patrick SINGH)





mercredi 8 juillet 2015

Entre deux....














Etre comme une perception,
un entre deux,
un isthme entre ici et là bas

Etre ces petits riens qui deviennent une somme

Compter sur ses doigts,
y ajouter une prière,
égrener les perles,

y inscrire un souffle,
encore un,
encore un autre

Recommencer à respirer

N'être que tout ça
et tellement plus, tellement....

Etre cette femme
et dans la poussière de cet entre deux,
ramasser les couleurs qui deviennent mots

Le temps d'une inspiration, arrêter la marche des choses,
redessiner le mur de mes mémoires,
y inscrire des futurs aux couleurs d'une naissance,

Dans ce temps aspiré je jetterai les noms et les mots,
les chants et les notes, les fusions,

Je rencontrerai une humanité

De cette inspiration je ferai une expiration,
posant sur mes lèvres les poèmes et les amours à venir

J'inspire ce moment d'éternité et je deviens houle....

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Amy SOW)




samedi 4 juillet 2015

Tu n'es pas....













J'ai défait mes mains de ton visage,
fermé les yeux à tes yeux
j'ai tourné la tête et j'ai regardé là bas

là où la vie est

J'ai ôté ta peau et ton odeur,
j'ai jeté ton nom dans l'eau du puits 
j'ai mis mes bras autour du ciel

là où la vie est

J'ai brûlé tes mots, poussières, néant, solitude,
ouvert ma bouche au vent qui vient de derrière les dunes,
j'ai respiré, respiré

là où la vie est

Je te laisse à ton absence, assis sur le sable,
puzzle de toi, cécité,
je te laisse au vide,
mirage

là où la vie est 

Nul besoin de pâles images

là où la vie est, je vais
je défais les mensonges
je détricote les souffrances
j'apaise la colère
je me lave de tout cela, je me lave, cruautés, blessures, reniements

Nulle envie d'enfers

Je te laisse à tes vies,
à tes fantômes,
à tes odeurs amères
à tes histoires, femmes, pardons, jeux, fausseté,
je t'abandonne à tes marchandages,
à tes amours comptables

Là où la vie est
je vais,
absolu de tout,
douceurs,
dans la vérité d'un Je t'aime
j'écris mon histoire qui vient et celle qui fut

J'ai cassé le miroir,
éclats de toi en mots vides

Là où la vie est, tu n'es pas...

Et je vois, je vois....

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Ba Djibril Ngawa) 







mercredi 10 juin 2015

Je te parle, pays....













Je t'empoigne, pays,
je brûle mes yeux à tes yeux,
je parle à ton regard

je te secoue, pays,
je te pose les questions d'avant,
je dessine la parole

je te dis : vois moi, pays,
vois celle qui est,
je crie dans ton cou

Je te parle, pays,
je te parle,
tu n'entends pas,
tu n'as jamais entendu

Quel nom m'as tu donnée, pays?
Quel sang as tu fait couler dans mes veines?
Quelle langue m'as tu offert en héritage?

Je te parle, pays,
je te parle,
je te parle depuis ma première parole
je te parle, tu ne me parles pas, pays

Au fonds du marigot gît la femme sans nom,
la femme sans papiers,
la femme sans tente

je te parle, pays,
je te parle, regarde moi quand je te parle,
tu es le Lam, le Alif, le Kaf, pays,
tu es éternité et présent

Au bout du minaret la femme s'imprime,
le femme sans homme,
la femme laissée

je te parle, pays,
je parle à tes ocres, à tes aubes, à tes nuits,
je parle à tes perles, à tes vents, à tes sables,
je te parle, pays, je te parle de cela et de tout

Regarde, pays, regarde la petite fille assise sur la dune,
regarde la...
elle n'a pas de lit, elle n'a pas de toit,
elle n'a pas d'identité

je te parle, pays,
à qui réponds tu?
je te parle...

je te parle et je te dis :
je suis, malgré toi, malgré eux, malgré nous...

je te parle, pays,
entends l'enfant

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Paul KLEE)


lundi 8 juin 2015

Couleurs...













Et dans l'après, si je lançais les mots, si je les lançais au bout du monde,
si je lançais les mots à ceux qui vivent, à ceux qui rient, à ceux qui marchent,
si je lançais les mots, moi le fantôme ?

Si je disais aux hommes que leurs yeux sont miens, que leurs bouches sont miennes?

Dans un instant qui n'en finirait plus, je poserais un pied sur une terre nouvelle,
brumes du matin et rosée accrochée aux cils

Si je racontais aux hommes que les bleus de l'âme ne sont qu'ailes de papillons?

Dans la splendeur d'une parole accrochée, je murmurerais les mantras de l'enfant,
j'éparpillerais mon coeur en poussières d'éternité;
je porterais les mains du monde en collier entre mes seins
et sur la page qui se déroule, je dirais, je dirais, je dirais.....

Si je chantais aux hommes que le désir est aube première, que l'amour est notes de l'univers?

Que le ventre des femmes est terre, argile, fleuve, forêts...
que leurs cuisses sont troncs, pagodes, temples,
que sur leurs langues dorment les temps anciens, ceux qui respirent,

Si je brodais les hanches, les sueurs, les enfantements, les mots soupirs?

Je lance les mots, je les lance, je ploie mon cou et déroule mon bras,
je danse,
à mes reins j'ai accroché les rêves des hommes

Dans un envol de lumière, je refermerais mes mains en coquillages sur tes poèmes.

Si je m'asseyais, à l'ombre d'un manguier, pour écouter la voix de celui qui psalmodie,
que je posais ma tête sur ses cuisses et que je laissais ma chevelure s'ouvrir à sa mémoire?

Je danse, femme enfant, je danse, je danse mes voix, je danse les couleurs, je danse les histoires
je danse et je m'ouvre aux  vents qui viennent de l'Est

Et, dans le point qui est Tout, je deviens la frontière perdue...

Mariem mint DERWICH

(Artiste : Sidi Yahya)