samedi 14 mai 2016
Pays, tu leur raconteras....
Tu leur raconteras, pays mien,
tu leur raconteras ta fille, fille parmi tes filles,
fille parmi tes hommes,
tu leur raconteras les vents qui l'ont fait naître,
tes vents de l'Est et tes vents de la mer.
Tu leur diras qu'à ses chevilles elle porte tes dunes,
tes contes,
tes griots,
tes notes de lune,
tes notes de soleil.
Tu leur diras qu'elle est fille tienne,
née et née encore,
à chaque aube,
dans chaque chant des mosquées.
Tu leur raconteras, pays mien,
la lignée, le nom des siens,
l'odeur de sa mère,
le rire des murs de pierre,
là bas dans la ville qui dort.
Tu leur raconteras qu'elle a posé ses mains,
en obole aux parois d'Amogjjar,
aux murs de la grande ville,
aux chants de la nuit bavarde.
Tu leur diras, aux siens,
qu'elle est ton nom,
dans la splendeur soudaine d'une aube,
dans le repli d'une batha,
dans la subtilité liquide d'un marigot,
tu leur chanteras qu'elle est fille des nuages,
fille des mots fantômes.
Tu leur raconteras qu'elle porte l'amour,
l'amour,
l'amour
Tu écriras dans la poussière des pistes,
tu écriras qu'elle a la couleur ocre de ses mémoires,
qu'elle a enfanté des rêves,
des petits d'homme auxquels elle a soufflé son nom matrice.
Tu leur diras, tu leur diras, les campements,
qu'elle est sang et chair, sang
sang
Tu leur raconteras qu'elle est fille des rencontres,
fille métisse, fille racines, fille mangue, fille datte,
tu leur diras qu'elle dort dans la calebasse des mondes,
qu'elle est le lait qui court sur la peau,
tu leur diras qu'elle est yeux ouverts, tes yeux,
tu leur diras qu'elle porte ton nom,tes noms, tes incantations,
tu leur raconteras, aux siens, qu'elle dort sous les pierres des cimetières,
dans la prière de ceux qui restent et espèrent.
Tu inscriras à leurs regards brûlés, ton nom,
mon nom,
leurs noms
Et, dans l'infini qui est, tu deviendras pays intime....
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Frédéric Hebraud)
vendredi 13 mai 2016
musique
Et il y aura des balancements, des allers retours,,
la douceur d'une main qui écrit,
le souffle déposé au creux du cou,
une musique dans la pénombre.
A la fenêtre s'endormira un oiseau
Il y aura des pluies abandonnées aux feuilles,
des rires montant de la cour,
une table, des bols, du pain,
une robe assoupie sur une chaise
Il y aura le soleil en flaques sur le sol,
quelqu'un qui tape à la porte,
un parfum fugitif,
une histoire enfuie
Au mur je poserai un rayon de miel
Il y aura un lit comme un voyage,
des draps froissés,
un souvenir de sieste,
une photo
Et la main qui écrit, qui écrit,
cette lettre qui ne partira jamais
Et dans ma mémoire je dessinerai ce qui n'est pas venu,
j'inventerai des couleurs,
je mettrai des notes à l'horizon,
je ferai de mon regard une île
J'ouvrirai les bras à la nuit qui vient
je laisserai les vents entrer,
défaire la chambre,
orner les murs
je deviendrai jardin
et tu seras là.
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Ademaro Bardelli)
Lumière...
Je
Tourner, tourner jusqu'à l'arrondi du Verbe,
tourner au bout du bout,
dans le grand commencement, Fin et Tout et Début
Je
Main au ciel et âme,
être hors et en, devenir ce mot lumière
étoile, galaxie, univers
Je
Tourner encore, dans la fulgurance prières,
tourner, n'être, n'être,
poser ma bouche aux confins de moi
Je
Entendre, entendre, entendre, ne plus entendre,
s'inspirer, s'expulser en atome
ciel après ciel, dans le chant des lointains de feu
Je
aux bouches des mondes qui s'ouvrent,
offrir ce qui monte, ce qui vient,
ce qui est et ce qui n'est pas
Je
absence, présence, verticalité du désir,
l'infiniment petit et l'infiniment grand,
silence des profondeurs
Je
Tourner, tourner, vide dans le délié de l'élan,
respiration, poussière,
vide
Je
imploser, consumer, recréer,
moi sans moi, moi en l'Infini,
chapelet de l'éternité devenue porte ouverte,
grain de poussière né papillon,
l'instant suspendu,
dépouillement
immatériel, corps, esprit, être sans être
et dans le dernier regard brûlé murmurer
Suis.
Mariem mint DERWICH
dimanche 8 mai 2016
Le désir et l'aimé...
Entendre la danse,
Implosion ultime,
Mettre la main au ciel et devenir musique
Poser les mots dans l'ailleurs endormi en nous
Frissons, prières,
L'inachevé devenu paupière et lèvres et salive et corps
Dessiner le poème qui vient,
Qui monte de la houle, vague et vague,
S'ouvrir coeur, s'endormir esprit,
Etre l'eau, le feu, la terre, l'air, le souffle
Regard de l'entre deux en boucle infinie
Devenir les quatre points cardinaux qui disent les mondes
A ta peau me glisser, celle qui dort en toi,
Tutoyer l'envie
Rêver le poème qui s'écrit
Refermer les doigts sur le poème qui vient...
Et à ta bouche murmurer l'arrondi.
C'est dans le silence de ton cou
Que la mer devient nuit.
Poser les mots caresses...
ta voix en voyages bleus.
Chuchoter à ton oreille,
Déposer du bout de la langue
Le désir et l'aimé.
Et, du bout de mes doigts devenus oiseaux, te dire...
Fulgurances des atomes dans ce poème qui vient,
Toi en moi, moi en toi
Dans la couleur des heures ré inventées
inspirer l'ultime geste.
Il est, dans la douceur de ma nuit, l'aimé, l'attendu
Et je lui dis, au long des perles de l'envie : " Je suis là"...
Mariem mint DERWICH
( Image : détail d'un mur du Palais Ennejma Ezzahra de Sidi Bou Saïd)
mercredi 27 avril 2016
A fleur de....
La peau à fleur de peau, à fleur des mains,
la peau en chuchotis, à fleur des yeux,
la peau à fleur frissons et à fleur couleurs
Ecriture
La bouche à fleur voyage, à fleur des lèvres,
la bouche en mots liquides, à fleur du souffle,
la bouche à fleur " dis moi" et à fleur " viens"
Murmure
La paume à fleur des choses, à fleur caresse,
la paume en rondes soyeuses, à fleur des paupières,
la paume à fleur sable, à fleur contes
Chanson
Le corps à fleur d'univers, à fleur d'étoiles,
le corps en arabesques, à fleur extase,
le corps à fleur Alif, à fleur du ciel
Moi
La langue à fleur Infini, à fleur Amour,
la langue en harmonie, à fleur de houle,
la langue à fleur salive, à fleur parfums
Envol
L'instant à fleur des riens, à fleur du tout,
l'instant en parchemin, à fleur de ton oreille,
l'instant à fleur harmonique, à fleur marelle
Lumière
Magie, frissons, à fleur du néant
à fleur d'absolu,
refermer la main sur le mot,
à fleur chapelet
partir à fleur du monde
Sentir
Mariem mint DERWICH
( Artiste : Mustapha Belkouch)
mardi 26 avril 2016
Fulgurance....
J'inscris le calame en ma langue,
fulgurance du mot, fulgurance de la parole dessinée
Au bout de moi il y a toi, et au bout de toi il y a les autres,
et au bout des autres je ré invente le Tu et le Je
Dans la plénitude de l'instant inspiré j'entends la musique,
horizontalité devenue verticalité,
absolu du rêve posé sur mes yeux,
heure tressée aux déliés de ta bouche qui dit à en perdre le souffle
Je t'expire, je t'expire pour mieux m'expirer moi,
atome en ton cou endormi
Dans mes mains repose une âme
je l'ouvre à la hauteur de l'horizon
je la dépose dans le lieu qui n'est pas
et à ton oreille je murmure la parole de la route
Dans le fragment qui appartient à la nuit j'entends la lumière de ce qui est
l'instant magique des questions et des ailleurs
Je ploie mon visage et ma chevelure et mes paupières
je me tends vers le ciel
je danse je danse
dans le Verbe qui raconte l'homme en plénitude
J'ai mis des couleurs à mes rires pour que tu entendes
et des soleils poésies dans ma voix pour que tu sentes
A ma peau en frissons je déroule les heures
A regarder le ciel en face, j'invente l'étoile,
l'infini de grâce, l'infini prières, l'infini beauté.
Je pose mes mains au monde
L'entends tu?
Mariem mint DERWICH
( Artiste : Andrew Salgado)
mercredi 20 avril 2016
Je te raconterai...
Je te raconterai,
te raconterai à en perdre la voix,
les choses qui ne se murmurent qu'à la brûlure du feu,
chaleur de ce mot ré inventé à la hauteur du silence
Tu poseras ta langue dans ma main,
et mes doigts, fragilités, seront calame
je te raconterai,
pour toi, rien que pour toi, dans cet instant suspendu
devenu cocon, le mot caresse
il y a des histoires d'eau, vagues et baleines.
Le bleu de la nuit des profondeurs,
dans l'irisé du regard.
Et les noyés, les noyés..
Vie et mort.
Danse des impossibles.
Et les nuages au fronton des murs.
Ce petit rien qui chatouille la peau,
l'absolu du geste esquissé, brodé...
Dans une nuit devenue étoile,
je te raconterai les vents, la plénitude de celui qui voit,
la poésie des marcheurs d'éternité,
les danses de ceux qui tournent,
les rires et les larmes, les colères et la paix
Enferme le mot en ta paume en prière,
souffle, souffle, expire le à l'orée de mes paupières
et dis moi les mots des enfants des lointains
Je te raconterai la musique, celle qui dort au creux de nos rêves
Je te dirai l'urgence de la vie et les arbres, et les nuages et le ciel...
Et je poserai mon corps sur le sable et je fermerai les yeux....
Mariem mint DERWICH
( Artiste : Gerhard Richter)
vendredi 1 avril 2016
Inspirer...
Creuser, creuser encore, creuser,
arborescence du corps, la peau qui brûle,
creuser, arriver au sang,
se dépouiller, ôter,
laver, purifier, oublier...
Se défaire de la parole,
extase des silences,
fermer la bouche,
se clore sur le dernier mot,
la mémoire qui devient lumière
Ne garder que la conscience,
petite, minuscule, fragile,
de ce qui n'est plus, de ce qui ne fut pas,
souffler la bougie des yeux,
plier le cou, pleurer
Au pas de ma peine,
inscrire les noms de ceux qui m'aimèrent,
les bras de ma mère,
le souffle de l'amant,
les rires des enfants
Aller au plus loin de mes ailleurs,
au plus profond de mes nuits,
là où la petite fille danse dans la poussière du soleil
Briser le miroir en voix multiples,
devenir l'une, devenir celle qui,
tapisser les murs de ma vie en tessons arc en ciel,
inscrire l'enfantement,
donner, donner encore, donner à en perdre la langue
Donner, le tout comme le rien
N'être, naître, partir, fantôme
Ne rien regretter, ni l'amertume, ni les départs,
ni les larmes, ni les cris, ni les colères, ni les serments des innocents
N'être, naître, partir, fantôme,
laisser partir les doigts et les odeurs
Donner l'ultime mystère, au delà de la falaise
et, enfin,
inspirer
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Elias NAMAN)
vendredi 26 février 2016
Murmures...
Que murmurent les chameaux à l'oreille des hommes?
Que disent-ils à l'homme assis à la porte de la ville?
Dans les soupirs portés par les vents, j'entends les mots,
les mots qui racontent la mémoire,
les mots tannés, brûlés, les mots aux yeux ouverts,
les mots qui dorment sur la langue
J'entends celle qui sommeille, la main sous la joue,
allongée à l'ombre de la paroi de pierre,
ses cils dessinent la piste ancienne
Que murmure le souffle de l'enfant qui joue?
Que dit-il à la femme qui se réveille?
Dans le crépuscule qui s'en vient, je deviens mirage,
et je lève mes mains vers le ciel,
le silence se pose et je vois ce qui vient,
poussière d'ailleurs.
J'ouvre ma bouche, je suis celle qui danse,
la lune a posé ses yeux sur moi,
elle me dit " regarde, vois, vois, vois encore plus loin, vois la ville là-bas, vois ses hommes...."
Entends leurs chants invisibles, laisse les se poser sur tes cils,
qu'ils deviennent colliers et bracelets de chevilles,
et perle, et poèmes.
Qu'ils chuchotent dans l'ombre de leurs tombes, qu'ils te racontent leurs noms.
Que murmurent les dunes au cou des hommes?
Que disent-elles à ceux qui partent au loin?
A ma main se pose un voile bleu, et l'oiseau s'envole,
couleur des oasis, eau, palmiers, puits, silhouettes des pas,
je tisse ma mémoire, tapis et coussins, cuir et selles,
j'ai l'horizon qui m'appelle
Je sème les contes, je suis celle qui parle aux morts miens,
je suis assise à leurs pieds et je pose ma joue à leur joue,
ils me disent, ils me disent, ils disent " fille, femme, enfant notre...."
Que murmure le Gaf imperceptible, celui des yeux, celui de l'âme,
Que dit-il à la femme endormie sur la natte, cheveux déployés?
Que murmure la dentelle du minaret dans la splendeur du jour?
Que dit-il à la femme qui arrive à la porte de la maison?
Que me dit l'homme qui dort contre la femme?
Que dit-il dans ses rêves?
Dans le silence d'une minute infinie, je pose mon front sur mes immensités,
je suis sables, dunes, points cardinaux, horizons, campement,
départs, départs, départs....
Que me murmure le chameau aux yeux tristes, à mon oreille orpheline?
"Va....et ne reviens pas du pays qui est...."
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Lionel SMIT)
Que disent-ils à l'homme assis à la porte de la ville?
Dans les soupirs portés par les vents, j'entends les mots,
les mots qui racontent la mémoire,
les mots tannés, brûlés, les mots aux yeux ouverts,
les mots qui dorment sur la langue
J'entends celle qui sommeille, la main sous la joue,
allongée à l'ombre de la paroi de pierre,
ses cils dessinent la piste ancienne
Que murmure le souffle de l'enfant qui joue?
Que dit-il à la femme qui se réveille?
Dans le crépuscule qui s'en vient, je deviens mirage,
et je lève mes mains vers le ciel,
le silence se pose et je vois ce qui vient,
poussière d'ailleurs.
J'ouvre ma bouche, je suis celle qui danse,
la lune a posé ses yeux sur moi,
elle me dit " regarde, vois, vois, vois encore plus loin, vois la ville là-bas, vois ses hommes...."
Entends leurs chants invisibles, laisse les se poser sur tes cils,
qu'ils deviennent colliers et bracelets de chevilles,
et perle, et poèmes.
Qu'ils chuchotent dans l'ombre de leurs tombes, qu'ils te racontent leurs noms.
Que murmurent les dunes au cou des hommes?
Que disent-elles à ceux qui partent au loin?
A ma main se pose un voile bleu, et l'oiseau s'envole,
couleur des oasis, eau, palmiers, puits, silhouettes des pas,
je tisse ma mémoire, tapis et coussins, cuir et selles,
j'ai l'horizon qui m'appelle
Je sème les contes, je suis celle qui parle aux morts miens,
je suis assise à leurs pieds et je pose ma joue à leur joue,
ils me disent, ils me disent, ils disent " fille, femme, enfant notre...."
Que murmure le Gaf imperceptible, celui des yeux, celui de l'âme,
Que dit-il à la femme endormie sur la natte, cheveux déployés?
Que murmure la dentelle du minaret dans la splendeur du jour?
Que dit-il à la femme qui arrive à la porte de la maison?
Que me dit l'homme qui dort contre la femme?
Que dit-il dans ses rêves?
Dans le silence d'une minute infinie, je pose mon front sur mes immensités,
je suis sables, dunes, points cardinaux, horizons, campement,
départs, départs, départs....
Que me murmure le chameau aux yeux tristes, à mon oreille orpheline?
"Va....et ne reviens pas du pays qui est...."
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Lionel SMIT)
dimanche 21 février 2016
Dis leur...
Et quand tu les rencontreras, au détour d'une piste ocre,
dis leur les jours d'éternité,
dis leur que je suis leur fille, chair et sang,
parle leur de cette femme qui est debout face au monde
et qui dessine, sur les parois des montagnes,
les lignes de son sang, la mémoire de ses noms...
Dis leur l'immensité de soi dans le repli des sables
et l'enfant qui danse aux vents de l'Est
Quand aux pas des chameaux tu murmureras les poèmes,
récite la prière des voyageurs, pour les choses qui commencent
et pour les histoires racontées la nuit à la lueur des feux,
dis leur que dans l'ombre des tentes les femmes tissent les étoiles,
elles chantent le lait, les étoiles, les mains devenues oiseaux
Dis leur le souffle brûlant qui monte de l'horizon,
et les hommes enroulés en chapelets
Sur les paupières brûlées, à l'orée des puits infinis,
dis leur que je suis là, en mémoire d'eux,
dis leur que je brode mes contes,
dis leur que leur fille chantonne aux pas qui viennent,
qu'elle invente demain, et encore demain,
dis leur qu'elle est passé et demain
Dis leur que cette femme a enfanté les chuchotis de la nuit,
et qu'elle est cette griffe sur la poussière
Et quand à l'ombre d'un regret, dans la dentelle d'un minaret,
à l'eau d'une oasis, tu écouteras leurs noms déroulés,
tu prendras dans tes mains ces silhouettes odeurs des caravanes,
dans l'instant suspendu à la porte de ceux qui sont enracinés à la terre,
dis leur qu'ils sont miens
Dis leur qu'ils sont miens, dans la rondeur de leurs libertés....
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Souleymane Abbas)
dis leur les jours d'éternité,
dis leur que je suis leur fille, chair et sang,
parle leur de cette femme qui est debout face au monde
et qui dessine, sur les parois des montagnes,
les lignes de son sang, la mémoire de ses noms...
Dis leur l'immensité de soi dans le repli des sables
et l'enfant qui danse aux vents de l'Est
Quand aux pas des chameaux tu murmureras les poèmes,
récite la prière des voyageurs, pour les choses qui commencent
et pour les histoires racontées la nuit à la lueur des feux,
dis leur que dans l'ombre des tentes les femmes tissent les étoiles,
elles chantent le lait, les étoiles, les mains devenues oiseaux
Dis leur le souffle brûlant qui monte de l'horizon,
et les hommes enroulés en chapelets
Sur les paupières brûlées, à l'orée des puits infinis,
dis leur que je suis là, en mémoire d'eux,
dis leur que je brode mes contes,
dis leur que leur fille chantonne aux pas qui viennent,
qu'elle invente demain, et encore demain,
dis leur qu'elle est passé et demain
Dis leur que cette femme a enfanté les chuchotis de la nuit,
et qu'elle est cette griffe sur la poussière
Et quand à l'ombre d'un regret, dans la dentelle d'un minaret,
à l'eau d'une oasis, tu écouteras leurs noms déroulés,
tu prendras dans tes mains ces silhouettes odeurs des caravanes,
dans l'instant suspendu à la porte de ceux qui sont enracinés à la terre,
dis leur qu'ils sont miens
Dis leur qu'ils sont miens, dans la rondeur de leurs libertés....
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Souleymane Abbas)
jeudi 4 février 2016
Etrange étrangère...
Être monde, chair du monde,
sang du monde,
s'inscrire en mots étranges,
être moi et celle là,
devenir elles, devenir lettre
Être dedans et ailleurs,
demander pardon,
toujours,
au-delà des silences des coeurs
Être grain de poussière et tempêtes,
dormir sur ta paume,
enroulée dans la douceur de nous,
étrange étrangère,
être
Être le ventre des mondes,
cosmos et étoiles,
petits des hommes,
femme et enfants
Être le chemin des vents,
rédemption, rédemption,
offrir ce qui vient en lignes d'horizon,
être notre, et tienne et vie,
s'envoler dans la splendeur d'une minute
Être chair du monde à ta parole arrimée,
être chair, chair,
étrange étrangère
au miroir de tes yeux ouverts aux lointains,
m'ancrer à la mémoire des sables
Etrange étrangère
Toi en ma vie, étrange étrangère,
amour des jours, à l'aube de tout
je deviens celle ci, en renaissance,
et nous, et toi, toi, homme mien
qui ouvre la cage et libère l'oiseau
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Joan MIRO)
mercredi 27 janvier 2016
Mon pays est là où tu es...
Quand, au bout des doigts, s'inscrit la mémoire,
et que s'en viennent les gestes
j'écris la peau en partage
Dans la chanson de l'homme à mon cou endormi,
gestes furtifs d'un poème qui s'ébauche,
j'entends le vent raconter l'étoile
Et sur les paupières, je dis les mots qui naissent
A la porte de cette vie, poser ses riens, semer les pas du voyage,
enfermer mon visage au miroir de ton épaule,
entendre le souffle et m'endormir
Compter les mots qui jouent, les regarder vivre au pli de ta bouche,
devenir syllabes et accents, chatouiller les lettres,
et dans tes yeux devenir alphabet
Dans l'instant en mes mains prisonnier, je dis la lumière
C'est dans la vibration d'une rencontre que l'absence devient conte,
présence fragile à la bordure de mes prières,
et toi...
Il est des aurores à traverser, des enfants à faire naître,
ces enfants mots, ces enfants fantômes, ces enfants qui colorient le ciel,
il est des jours et des vies, petits points posés sur une espérance
Quand tu dis l'amour, je raconte ce qui vient
Au bout de nous murmurent les ailleurs, les pages à écrire,
le monde à reconstruire,
abysse lointain de ce qui se dresse à l'horizon des yeux amoureux
Dans ta main poser mes mots, graver la femme et l'espace magique
de ceux qui aiment à dépasser le ciel,
dire, dire jusqu'à la déraison que la vie s'en vient, au détour du manque
Quand tu dis l'amour, je raconte les silences, les paroles chuchotées
Grandir, grandir, empoigner les nuages, broder aux troncs des arbres,
danser, pieds, notes, musiques
mes cheveux dans ta paume déployés
Revenir des lointains, recevoir un regard, se dépouiller de tout,
ouvrir les bras, prendre en offrande la seconde fragile
qui dit que mon pays est là où tu es
Il est une lumière, posée à l'orée de ma langue, solitude devenue multitude
Dans la respiration du temps retrouvé, j'ai ta main en éternité...
Mariem mint DERWICH
( Leïla et Majnoun. Artiste : Hakim ( Boukhara) )
et que s'en viennent les gestes
j'écris la peau en partage
Dans la chanson de l'homme à mon cou endormi,
gestes furtifs d'un poème qui s'ébauche,
j'entends le vent raconter l'étoile
Et sur les paupières, je dis les mots qui naissent
A la porte de cette vie, poser ses riens, semer les pas du voyage,
enfermer mon visage au miroir de ton épaule,
entendre le souffle et m'endormir
Compter les mots qui jouent, les regarder vivre au pli de ta bouche,
devenir syllabes et accents, chatouiller les lettres,
et dans tes yeux devenir alphabet
Dans l'instant en mes mains prisonnier, je dis la lumière
C'est dans la vibration d'une rencontre que l'absence devient conte,
présence fragile à la bordure de mes prières,
et toi...
Il est des aurores à traverser, des enfants à faire naître,
ces enfants mots, ces enfants fantômes, ces enfants qui colorient le ciel,
il est des jours et des vies, petits points posés sur une espérance
Quand tu dis l'amour, je raconte ce qui vient
Au bout de nous murmurent les ailleurs, les pages à écrire,
le monde à reconstruire,
abysse lointain de ce qui se dresse à l'horizon des yeux amoureux
Dans ta main poser mes mots, graver la femme et l'espace magique
de ceux qui aiment à dépasser le ciel,
dire, dire jusqu'à la déraison que la vie s'en vient, au détour du manque
Quand tu dis l'amour, je raconte les silences, les paroles chuchotées
Grandir, grandir, empoigner les nuages, broder aux troncs des arbres,
danser, pieds, notes, musiques
mes cheveux dans ta paume déployés
Revenir des lointains, recevoir un regard, se dépouiller de tout,
ouvrir les bras, prendre en offrande la seconde fragile
qui dit que mon pays est là où tu es
Il est une lumière, posée à l'orée de ma langue, solitude devenue multitude
Dans la respiration du temps retrouvé, j'ai ta main en éternité...
Mariem mint DERWICH
( Leïla et Majnoun. Artiste : Hakim ( Boukhara) )
mardi 26 janvier 2016
mot intime...
Les mots sont le désir d'aube, la page blanche où les rêves de la nuit viennent s'inscrire au front des réveils.
Dans ces mots aurores, chaque homme imprime le souvenir de la falaise enjambée et de ce qui est au-delà.
Il y laisse la mémoire première pour se souvenir qu'il est homme, brandi à la face du monde.
Et dans ces mots devenus mot unique, il chante les noirceurs et l'âme damnée.
Dans l'aube qui se lève, chaque mot est oiseau de feu.
Aux murs des villes ils vont s'accrocher et dans les regards de ceux qui n'ont pas dormi, ils retrouvent le sens du souffle.
C'est à la fin de la nuit, quand la barque revient au port, que les mots de l'homme se dispersent, comme pour dire " je suis vent, je suis horizons, je suis ce qui n'est pas encore".
Si toi, homme, tu es mots, que deviennent les lettres que tu couches sur le papier de l'aube?
Si toi, mot, tu es sens, que devient l'homme qui écrit le long des heures saccadées?
Quand le mot s'est fait homme, le monde a ouvert les yeux... et la bouche a dessiné le cri venu du lointain intime...
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Cy Tone)
Dans ces mots aurores, chaque homme imprime le souvenir de la falaise enjambée et de ce qui est au-delà.
Il y laisse la mémoire première pour se souvenir qu'il est homme, brandi à la face du monde.
Et dans ces mots devenus mot unique, il chante les noirceurs et l'âme damnée.
Dans l'aube qui se lève, chaque mot est oiseau de feu.
Aux murs des villes ils vont s'accrocher et dans les regards de ceux qui n'ont pas dormi, ils retrouvent le sens du souffle.
C'est à la fin de la nuit, quand la barque revient au port, que les mots de l'homme se dispersent, comme pour dire " je suis vent, je suis horizons, je suis ce qui n'est pas encore".
Si toi, homme, tu es mots, que deviennent les lettres que tu couches sur le papier de l'aube?
Si toi, mot, tu es sens, que devient l'homme qui écrit le long des heures saccadées?
Quand le mot s'est fait homme, le monde a ouvert les yeux... et la bouche a dessiné le cri venu du lointain intime...
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Cy Tone)
lundi 18 janvier 2016
Petit pas et petit pas....
Et j'ai en mes yeux déposé le monde
par delà le mur de tout
- petit pas et petit pas -
j'ai effacé l'empreinte de l'aube
dans le reflet des ombres qui s'estompent
De ma vie j'ai empoigné les nuages
déplié ma langue au miroir des riens
- petit pas et petit pas -
j'ai vu l'autre côté
dans le miroir en couleurs
Parce que l'homme marche, à l'horizon
au delà des chansons mortes
- petit pas et petit pas -
j'ai entendu le ciel rire
dans l'autre qui est moi
En mangeant les arbres silhouettes
vents qui racontent
- petit pas et petit pas -
j'ai murmuré que je ne suis pas,
dans le livre des amertumes
Petit pas et petit pas
en effaçant ma peau
j'ai entraperçu les étoiles
au fonds du ruisseau
Petit pas et petit pas
J'ai recommencé l'histoire du monde
fumées
Petit pas et petit pas
Et dans mes yeux enfin apaisés
par delà les chants des dunes
je suis atome et trou noir
- petit pas et petit pas -
Je recommence mon histoire
en mon ventre qui s'ouvre
et je dis, je dis, je dis....
Petit pas et petit pas
Je n'ai rien vu hormis mes yeux déposés au monde.....
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Mohy Elrayes)
jeudi 14 janvier 2016
Absence Présence....
J'ai l'absence présence au bout des doigts,
en bagues mémoire.
J'ai les mots des mains
en balade sur ta peau
Clair obscur des paupières
qui tracent les chemins de nos envies
Les amants des jours de feu
savent
J'ai les azurs de ceux qui partent,
heure bleue de mes nuits,
et toi qui vis à la lisière de mes bras,
endormi et sur qui je referme le livre des petites choses qui apaisent
J'ai la seconde, note ronde, suspendue
et le calame qui envole l'instant
Les amants des jours de feu
savent
En la respiration qui s'arrête,
j'entends les mondes rire.
J'ai ma bouche en histoires de toi,
amour cambré
Je redessine mes seins en présence
pour faire mourir l'absence
Les amants des jours de feu
savent
Et dans l'immobilité du temps
ta langue qui me dit, qui chuchote le désir,
invente les falaises à franchir
et les oiseaux perdus dans mes cheveux
Je donne mes mondes perdus
et ouvre les yeux là haut
Les amants des jours de feu
savent
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Frédéric Hebraud)
jeudi 7 janvier 2016
Chant...
Parce que pour chanter l'amour
il faut beaucoup aimer
il faut les matins dans les chants des prières
il faut les mots des rues
et l'odeur de la terre
A la porte de la maison,
à l'homme qui entre
il y a le monde qui naît
et les notes du ciel
Pour chanter l'amour
il faut dessiner l'infini
il faut les rires des enfants
il faut entendre les voix qui viennent
et le son de la ville qui s'éveille
Dans l'instant qui s'arrête,
aux murs de nos songes
il y a le livre des autres
et la danse des mots
Pour chanter l'amour
il faut le désir, le désir,
il faut le souffle et la peau,
il faut les riens qui s'allument
et le goût de ta bouche
Parce que les voyages commencent là où l'aube s'endort,
dans la lueur des chemins à venir
et les pas, les pas, les pas aux heures qui se brodent,
l'immobilité du coeur qui murmure
et l'eau de mes yeux
Et dans cet amour déroulé, raconté, allongé,
il y a la main qui écrit, les mots, les mots, les mots,
le pli du cou où s'évanouit la plainte
et ma langue scribe
Pour dire l'amour il faut mourir
mourir encore et revenir
et la mémoire qui tourbillonne....
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Alan Spazzati)
vendredi 4 décembre 2015
Homme...
Il y a cet espace entre toi et eux, ce temps infini
ce temps de la mémoire et du sang
Il y a ces routes passées, tes souvenirs qui arpentent les sables
Il y a ces vies que tu portes, enfouies au plus profond de tes détresses,
eux, toi, nous
Il y a ces immensités en bandoulières et les murs d'aujourd'hui
et les femmes, et les chants, et la langue, et les soleils
Il y a tant en toi, silhouette arc-boutée en ici,
tes yeux ouverts aux ailleurs
Il y a l'amour, le désir, les routes
Il y a toi, homme, nom, lignée, ancêtres,
tes questions, tes questions, tes questions
Oiseau de feu aux ailes brûlées par cet aujourd'hui
Il y a les nuages à poursuivre, là bas aux confins du Nord,
il y a des tombes et des noms murmurés
Qui es -tu homme-enfant?
Quand tu fermes les yeux que vois-tu?
Et je t'entends, j'entends tous ces chants d'avant,
je les entends, les reçois, voyageuse perdue
Dans la pénombre d'une vie citadine,
j'écoute tes mots raconter l'avant.
Dans les temps qui ne sont plus tu es,
silhouette passée d'une vie que tu n'as jamais tout à fait abandonnée
Tu marches, homme, tu marches
et je viens, en mémoire des autres, en mémoire de ce qui fut,
en mémoire de ceux dont nous portons le nom et les lignages,
en mémoire de nous
Tu, eux...
Mariem mint DERWICH
( Artiste : Ryan HEWETT)
mardi 10 novembre 2015
Recommence....
J'ai la houle en héritage
ressacs profonds, chants des sables,
coquillages qui disent, à l'oreille sertis
J'ai les vents qui grondent, colliers dans mes cheveux,
J'ai le livre des mémoires, noms, obscurité, temps anciens,
écritures en larmes, poésies des femmes,
un mot, le mot unique, celui qui chuchote
J'ai les pistes et les arbres, j'ai mes pères, ma mère, lignées
J'ai les regards de la nuit, abandonnés aux étoiles, là-bas,
ici, ailleurs, pierres et flammes, naissances,
sépultures des petits matins, quand l'absence devient présence solitaire
Je suis morte des milliers de fois, dans l'heure violette de la solitude,
face à mes histoires, mains vides et peur au ventre accrochée
j'ai les campements des crépuscules, bracelets de cheville,
la ligne aiguë des minarets dans l'incandescence des jours de feux,
silhouettes brumeuses des hommes qui marchent
J'ai mes corps en dessins de lune sur l'arrondi des dunes
Fille des quatre points cardinaux, fille des tentes, femme sans lait,
mes doigts sur la courbe d'une épaule, lenteur d'une minute d'amour,
libre, libre, libre à en déchirer le coeur
Je suis née des milliers de fois, dans la folie des mers qui partent et reviennent
J'ai l'amour en espérance, touche moi, prends moi, rêve nous,
amant de l'aube, lumière blanche de la musique, encore, encore,
écris sur ma main les petits rires de ceux qui ne vivent que dans la chaleur de l'obscurité
J'ai marché , marché, mes chemins d'envies, mes chemins de douleur,
corps en danse perpétuelle, eux assis aux bords des routes,
oh leurs voix
Dans l'implosion, dans mon néant, dans ces histoires qui sont miennes,
j'ai posé ma bouche à la source
Et j'ai murmuré : " recommence....."
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Mohy Elrayes )
lundi 9 novembre 2015
Langueur..
dessiner aux murs du ciel
Dans la paix première, celle d'avant les lames de fonds, les grandes tempêtes,
vagues mousseuses, venues de derrière l'horizon,
revenir, respirer, reprendre ce lent battement du coeur
Il y a les vents ocres qui dessinent les sangs
Je pose mes doigts sur la voix qui murmure,
celle qui me dit.
Je l'enferme dans ma paume
Je souffle dessus
J'y grave les notes endormies du frisson sur la peau
Dans ma maison aux murs de papier
j'ai ouvert la porte et le vent, le vent qui vient de l'autre côté des mondes,
le vent me raconte les histoires des enfants heureux
et rend à la langue ce que la bouche a oublié
Absolu
Dans cette minute suspendue allongée au creux de mon cou
je pose ma mémoire et ton rire
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Gerhard RICHTER)
(Artiste : Gerhard RICHTER)
mercredi 2 septembre 2015
Chanson du temps...
J'ai besoin de temps, de tous les temps du monde,
besoin des temps en musique, des temps de ciel,
J'ai besoin du temps passé à rêver
et du temps à chanter
Dans ces temps je mettrais l'enfant et la femme
j'inventerais mes lendemains, mes possibles
j'ai besoin du temps des sables, bâtir des dunes,
les défaire, les refaire,
laisser les grains du temps entre mes doigts s'écouler
J'ai besoin du temps afin de vivre, corps enraciné,
mémoires en exil,
battre les nuages pour que tombent les larmes des absents
Temps infinis, temps d'ici, temps de là bas,
temps inscrits aux murs des temples,
temps parchemins, temps des mots et des naissances
J'ai besoin des temps de la nuit, ceux qui font les âmes,
temps des prières, des chapelets, des murmures,
temps de l'oubli
Temps de tempêtes, de navires, de sirènes,
au bout des vagues entendre les temps des pirates
Temps mis bout à bout, silhouettes des histoires à venir,
temps de la plénitude et temps des malheurs
temps arc en ciel, temps du Fleuve, temps du campement
J'ai besoin du temps des griots, poèmes de l'avant,
besoin du temps forgeron, celui qui forge ma chanson,
notes et cordes, temps anciens
De tous ces temps qui vont et viennent, dans l'absolu
du temps attrapé, je ferais un oiseau de palme,
oiseau de lait, oiseau mon frère, oiseau de feu
J'ai besoin du temps des désirs
Au bout de la piste, j'inscrirais ces temps de conteuse
aux murailles des grottes
aux oasis des hommes
j'ai besoin des temps gomme arabique et caravanes
temps du thé et temps de l'amant
temps de l'encens, temps Gaf
J'ai besoin des temps de vents,
temps de la voix et temps des étoiles
temps de l'Alif et temps du calame
Temps des cimetières, temps des départs,
pierres, lézards, pleurs
m'entends tu?
J'ai faim des temps miens...
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Patrick SINGH)
mercredi 8 juillet 2015
Entre deux....
Etre comme une perception,
un entre deux,
un isthme entre ici et là bas
Etre ces petits riens qui deviennent une somme
Compter sur ses doigts,
y ajouter une prière,
égrener les perles,
y inscrire un souffle,
encore un,
encore un autre
Recommencer à respirer
N'être que tout ça
et tellement plus, tellement....
Etre cette femme
et dans la poussière de cet entre deux,
ramasser les couleurs qui deviennent mots
Le temps d'une inspiration, arrêter la marche des choses,
redessiner le mur de mes mémoires,
y inscrire des futurs aux couleurs d'une naissance,
Dans ce temps aspiré je jetterai les noms et les mots,
les chants et les notes, les fusions,
Je rencontrerai une humanité
De cette inspiration je ferai une expiration,
posant sur mes lèvres les poèmes et les amours à venir
J'inspire ce moment d'éternité et je deviens houle....
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Amy SOW)
samedi 4 juillet 2015
Tu n'es pas....
fermé les yeux à tes yeux
j'ai tourné la tête et j'ai regardé là bas
là où la vie est
J'ai ôté ta peau et ton odeur,
j'ai jeté ton nom dans l'eau du puits
j'ai mis mes bras autour du ciel
là où la vie est
J'ai brûlé tes mots, poussières, néant, solitude,
ouvert ma bouche au vent qui vient de derrière les dunes,
j'ai respiré, respiré
là où la vie est
Je te laisse à ton absence, assis sur le sable,
puzzle de toi, cécité,
je te laisse au vide,
mirage
là où la vie est
Nul besoin de pâles images
là où la vie est, je vais
je défais les mensonges
je détricote les souffrances
j'apaise la colère
je me lave de tout cela, je me lave, cruautés, blessures, reniements
Nulle envie d'enfers
Je te laisse à tes vies,
à tes fantômes,
à tes odeurs amères
à tes histoires, femmes, pardons, jeux, fausseté,
je t'abandonne à tes marchandages,
à tes amours comptables
Là où la vie est
je vais,
absolu de tout,
douceurs,
dans la vérité d'un Je t'aime
j'écris mon histoire qui vient et celle qui fut
J'ai cassé le miroir,
éclats de toi en mots vides
Là où la vie est, tu n'es pas...
Et je vois, je vois....
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Ba Djibril Ngawa)
mercredi 10 juin 2015
Je te parle, pays....
je brûle mes yeux à tes yeux,
je parle à ton regard
je te secoue, pays,
je te pose les questions d'avant,
je dessine la parole
je te dis : vois moi, pays,
vois celle qui est,
je crie dans ton cou
Je te parle, pays,
je te parle,
tu n'entends pas,
tu n'as jamais entendu
Quel nom m'as tu donnée, pays?
Quel sang as tu fait couler dans mes veines?
Quelle langue m'as tu offert en héritage?
Je te parle, pays,
je te parle,
je te parle depuis ma première parole
je te parle, tu ne me parles pas, pays
Au fonds du marigot gît la femme sans nom,
la femme sans papiers,
la femme sans tente
je te parle, pays,
je te parle, regarde moi quand je te parle,
tu es le Lam, le Alif, le Kaf, pays,
tu es éternité et présent
Au bout du minaret la femme s'imprime,
le femme sans homme,
la femme laissée
je te parle, pays,
je parle à tes ocres, à tes aubes, à tes nuits,
je parle à tes perles, à tes vents, à tes sables,
je te parle, pays, je te parle de cela et de tout
Regarde, pays, regarde la petite fille assise sur la dune,
regarde la...
elle n'a pas de lit, elle n'a pas de toit,
elle n'a pas d'identité
je te parle, pays,
à qui réponds tu?
je te parle...
je te parle et je te dis :
je suis, malgré toi, malgré eux, malgré nous...
je te parle, pays,
entends l'enfant
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Paul KLEE)
lundi 8 juin 2015
Couleurs...
Et dans l'après, si je lançais les mots, si je les lançais au bout du monde,
si je lançais les mots à ceux qui vivent, à ceux qui rient, à ceux qui marchent,
si je lançais les mots, moi le fantôme ?
Si je disais aux hommes que leurs yeux sont miens, que leurs bouches sont miennes?
Dans un instant qui n'en finirait plus, je poserais un pied sur une terre nouvelle,
brumes du matin et rosée accrochée aux cils
Si je racontais aux hommes que les bleus de l'âme ne sont qu'ailes de papillons?
Dans la splendeur d'une parole accrochée, je murmurerais les mantras de l'enfant,
j'éparpillerais mon coeur en poussières d'éternité;
je porterais les mains du monde en collier entre mes seins
et sur la page qui se déroule, je dirais, je dirais, je dirais.....
Si je chantais aux hommes que le désir est aube première, que l'amour est notes de l'univers?
Que le ventre des femmes est terre, argile, fleuve, forêts...
que leurs cuisses sont troncs, pagodes, temples,
que sur leurs langues dorment les temps anciens, ceux qui respirent,
Si je brodais les hanches, les sueurs, les enfantements, les mots soupirs?
Je lance les mots, je les lance, je ploie mon cou et déroule mon bras,
je danse,
à mes reins j'ai accroché les rêves des hommes
Dans un envol de lumière, je refermerais mes mains en coquillages sur tes poèmes.
Si je m'asseyais, à l'ombre d'un manguier, pour écouter la voix de celui qui psalmodie,
que je posais ma tête sur ses cuisses et que je laissais ma chevelure s'ouvrir à sa mémoire?
Je danse, femme enfant, je danse, je danse mes voix, je danse les couleurs, je danse les histoires
je danse et je m'ouvre aux vents qui viennent de l'Est
Et, dans le point qui est Tout, je deviens la frontière perdue...
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Sidi Yahya)
mardi 26 mai 2015
Le petit mot...
et le dessiner chants,
ouvrir la main, déplier les doigts,
oiseaux fragiles,
clore les yeux sur ce mot,
et le déposer en sillons moirés
le long de tes flancs,
raconter, raconter à en perdre la voix,
raconter ce mot qui roule,
délier la peau,
essaimer le désir,
ployer le cou,
y murmurer l'élan
Ecrire la chanson des gestes,
l'arrondi de l'épaule,
le goût brun sous la langue,
entrer dans l'eau
et, dans un temps immobile,
soudain arrêté,
entendre le soupir
Peindre le regard aux étoiles qui naissent,
enfermer l'éternité de cette minute qui s'allonge,
médaillon humide entre les seins,
enfouir son nez,
et ce mot qui danse, à la lisière des paupières
Petit mot de l'âme soudain déployée,
au bord de la langue suspendu,
bleus des profondeurs et rouges des feux,
vagues et houles,
accrochées aux doigts, arrimées aux mains renversées,
Ouvrir la bouche sur le mot,
esprit,
musiques lointaines,
Et dans le concert de cette pénombre qui s'invente,
un homme et une femme s'aiment,
recréent ce mot à l'infini du désir,
Dans mon ventre qui raconte la vie,
j'ai enfermé le petit mot...
Mariem mint DERWICH
(Paul KLEE)
jeudi 14 mai 2015
Ailleurs....
Je marche dans ma mémoire,
là où les choses dorment,
je marche dans ma mémoire,
j'effleure les peintures sur les murs,
pose ma bouche aux odeurs,
replie ma main dans le souvenir d'une peau,
les notes d'une chanson
je fais les mille petits pas, en route sur les nuages,
et, au bout de moi, je m'en vais
là où les horizons disparaissent
Je marche dans les rues de mes instants perdus,
je bois aux regards déposés sur mon front,
je souris au mendiant aveugle qui joue de la viole,
et, dans son sourire, je m'invente neuve,
je marche dans ma mémoire ajourée,
en dentelles,
je prends la main tendue
je ferme les yeux à la pénombre, pose les chaussures au pied du lit défait
et, dans la transparence des images qui tremblent,
je dépose mon bagage
J'arpente les plages, les déserts, les villes, les aéroports,
les quais où j'ai abordé, terres inconnues
je marche dans les voluptés au goût de thé,
je noue mes doigts aux passés, les caresse au long de ma paume,
les joue sur ma langue
j'entrevois les larmes au bout des cils et la voix rauque de cris,
je dis
je laisse en mes bras les autrefois, tu y es,
et, dans l'éblouissement d'une rencontre,
je continue mes chemins
Je marche dans ma mémoire,
mémoire du corps, mémoire couleur eaux,
Et, au jour qui vient, je referme les volets sur ma balade...
A la nuit qui tombe, je repartirai et je te raconterai....
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Ryan HEWETT)
mardi 12 mai 2015
Celle qui...
En moi, il y a eux, il a elles, il y a ceux des rêves,
celles des berceuses, mains tatouées, ouvertes, paumes odeurs,
il y a les chants dans les aubes, toutes les aubes,
ciselées aux branches des palmiers, endormies aux feuilles des baobabs
il y a les prières, les fronts dans la poussière, aux chemins des chapelets,
il y a le lait dans la calebasse, et le bébé qui pleure,
il y a ces voyages agrippés aux nuages, et ces corps inscrits dans les sillons des champs,
les mélopées qui chassent l'ennui du temps, bouches psalmodiantes,
il y a les contes des nuits, les histoires des grands mères
racontées sur la peau des enfants endormis
il y a les chevauchées, fantômes des vents de sable, danses guerrières,
il y a le bruissement des pagnes des femmes porteuses des marigots
il y a ces amantes, yeux magiques, reins déployés, seins offrandes,
les mots de l'amour, assoupis dans les cordes des tidinits, dans les souffles du n'goni,
il y a le dunduge qui gronde, peau vibrée, peau zébrée,
et les corps devenus mondes et musiques
il y a elle qui dessine dans le sable les traits qui racontent,
il y a le berger qui s'endort dans le souvenir du campement
il y a la femme qui pousse et qui crie et qui offre au monde son ventre enfant,
et le grand père qui ferme les yeux sur son dernier souffle,
il y a la mariée qui crie son premier sang de femme,
et sous les étoiles, la vie qui recommence
En moi il y a les histoires infinies qui disent le nom, la lignée,
le lézard sur la dune, les mains sur les parois des grottes,
il y a le chasseur qui s'en va dans le soleil qui monte
et les minarets qui montrent le ciel
il y a en moi les ancêtres qui dorment, la tête vers l'Est,
les pierres d'Amogjarr, les rires bambaras de M'Bout,
les épopées du Wagadu et les lettres d'or des bibliothèques de Chinguetti
Je regarde ma peau, aux mille peaux, je dessine sur le mur de mon front
les mots qui furent, les mots qui sont, les mots à inventer
Ma terre... mes sangs....mes notes...mes corps...mes chants...
Et, dans la mémoire qui danse, je deviens celle qui...
Mariem mint DERWICH
(Artiste Ysabelle ROBY PETREL)
jeudi 7 mai 2015
Je viens...
poser sa bouche au début des mondes,
mettre les vents et les chants de l'au delà dans son sac
et transporter sa vie au long des ravines
Fermer la porte de sa maison, clore les volets
Empoigner les chemins au travers des mots,
en faire des arcs en ciel et des gueltas,
un pas après l'autre, les pieds légers,
toquer à la porte des horizons
se dépouiller de ses contes, les contes de ce qui fut,
pour chanter les histoires de demain
et transporter ses lignées au long des mémoires premières
Tirer les rideaux sur le lit défait où les fantômes dorment encore
Dans le livre des corps retrouver le chemin du désir,
celui du fou, celui de la folle, celle qui danse la nuit sous les étoiles,
ré inventer les gestes de l'amante aux frissons de la main de l'homme,
ployer, ployer encore, et ouvrir ses yeux dans le plaisir,
oreille blanche, oreille noire, notes saupoudrées,
inscrire l'amour, de ses doigts en voyage sur la peau
et chuchoter les mots des départs au long des hanches offertes
Fermer les yeux de ceux qui furent là, à jamais endormis en ce lit
S'envoler dans les pluies d'hivernage, devenir eaux et nuages,
marcher, respirer, enfin nue, lavée du malheur,
essuyée dans le commencement de la nuit, quand le soleil s'endort là bas,
là bas dans le reflet des illusions du jour.
Nuit profonde, nuit des mariages, nuit you you, nuit de l'épousée,
dialdiali aux reins comme une page ouverte sur le corps devenu bat'ha
et inscrire sur la table désertée : je viens.
Rattraper cette petite fille qui joue à la marelle sous le soleil,
toute à son jeu,
quartier bruissant,
tam tam des pilons dans les cours,
au bout du ciel, elle dessine des départs et des rêves acidulés
où elle est, de nouveau, oiseau aux ailes grandes ouvertes.
Fermer les yeux et s'ouvrir aux mondes....
Je viens...
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Haïdara)
mardi 14 avril 2015
Là bas...
Et si on dansait, là bas, au bout de l'arc en ciel,
dans les feux de camps,
sous les étoiles,
odeur glacée des nuits
soupirs du vent au ras des dunes...
Et si on partait - grimper aux nuages -
écrire sur le ciel les mots bracelets, les mots cure dents,
dans les silences des pistes
le corps qui vibre et qui appelle
dans les senteurs des jours
Et si on détachait les cordes - dénouer les regards -
sculpter les mots calebasse, les mots encens,
aux portes des villages
enlever ses habits, encore,
chuchotis des soupirs
Et si on portait son coeur au creux des mains,
dans les poésies, mots perles, mots éclairs,
allonger son cou, là haut,
la tête dans les nuages,
aurores des oasis
Et si on s'aimait, au bout des chemins,
inventer les mots amour, les mots désirs,
boire la sueur au pli du cou,
déployer sa bouche à l'infini de la peau,
viens...
Et si on renaissait, cendres et eau, couleurs et azurs,
en vertiges, en mots falaises, en mots lézards,
dans les matins nouveaux, là où le soleil crie,
suivre le scarabée, voler avec les aigrettes,
téter le lait, vaches et cornes, sabots et chaleur
Et si, tout simplement, tu nouais tes doigts aux miens,
mes lèvres sur tes paumes, mots amante, mots jouissance,
le chemin argenté de ma bouche humide
et ton souffle à l'orée de mes yeux
odeur salée, douce, de ce premier baiser
Dessiner les mots arbres, les mots racines, les mots rouges.....
Devenir plume....
Mariem mint DERWICH
(Artiste : marie - Paule DEVILLE-CHABROLLE)
jeudi 2 avril 2015
Infini....
J'ai l'infini au bout du regard,
là bas, là bas, tout au bout de l'horizon,
au bout des sables et des chemins de terre,
au bout des départs, là bas, là bas,
le ciel immense de ceux qui voyagent,
les danses mystiques et les prières des doigts,
là bas, là bas, tout au bout de la vie,
au bout des mots et des naissances,
au bout des sommeils, là bas, là bas
J'ai l'infini en offrande,
là bas, là bas, sur la terre des hommes,
au bout des contes de la nuit et des charmeurs de serpents,
au bout des frissons de la peau, là bas, là bas,
les mers lointaines et les grand voiles,
les amours de l'aube et les corps en poèmes,
là bas, là bas, tout au bout de mes rires,
au bout de mes rêves et des jeux d'enfants,
au bout des soleils, là bas, là bas
J'ai l'infini en azur porté,
là bas, là bas, dans mon ventre bercé,
au bout des terres inconnues et des couleurs des femmes,
au bout de ma langue, là bas, là bas,
les dunes des premiers pas,
les chuchotis des vents et les cauris qui disent,
là bas, là bas, tout au bout de mes rondes,
au bout des soupirs et des baisers,
au bout des lenteurs, là bas, là bas
J'ai l'infini comme des nuages de pluie,
là bas, là bas, tout au bout des marigots,
au bout des villages et des campements,
au bout des palmiers, là bas, là bas,
les bracelets qui chantonnent et les larmes d'un bébé,
les appels des troupeaux et les vertiges mouillés,
là bas, là bas, tout au bout de la piste,
au bout du monde et du Ghazal,
au bout de mes cils, là bas, là bas
J'ai l'infini en psaume et en tapis de prières
et je danse
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Helen ABBAS)
samedi 21 mars 2015
Corps....
J'ai le corps en alphabet, en lettres,
en mains qui se posent
j'ai le corps en soupirs
en vertiges
en traces ténues
en morsures
J'ai le corps comme on a des chants
en notes
en vibrations
j'ai le corps en impatiences
en souffles
en odeurs mouillées
J'ai le corps qui se déploie
à chaque toucher
il chuchote
j'ai le corps en bordures
en centres
en senteurs marines
Je suis face à l'univers
et entre mes seins je porte mes rêves
j'ai le ventre en aurores
j'ai les bras en poèmes
en mantras
en amants
J'ai le corps qui chante et chante encore
en vie perpétuelle
en infinis
j'ai le corps comme un collier
en danses profondes
il dit
J'ai le corps en liberté
il écrit les mots de l'amour
il tisse les histoires fabuleuses
j'ai le corps en nuits et en jours
accroché aux temps féminins masculins
inscrit sur les murs
Murmures et folies
mots
désirs
Corps
Mariem mint DERWICH
(Street Art.. Artiste : Nme)
jeudi 12 mars 2015
La femme qui vient...
et que de mes mots sortent les vents
Ils diront alors les voyages et les terres lointaines,
celles de feu et d'azur, celles battues par les hommes
Ils diront les amours mortes, les enfants de l'aube,
les caravanes aux pieds nus
Donne moi tes regards pour que je me lève, enfin,
et que de mes mots sortent les pluies
Ils diront alors les sommeils dans l"herbe,
les jeux d'eau, les marelles et les rondes
Ils diront les villages perdus, les statues de pierre,
les femmes qui s'éveillent dans la brume du matin
Donne moi tes mains pour que j'écrive, enfin,
et que de mes mots sorte la musique
Ils diront tous les soupirs, tous les chants,
les yeux bordés, les corps dressés, les cheveux libérés
Ils diront que tout est fuite, que nous mourons et que nous renaissons,
que nos histoires ne sont que broderies fugaces,
que nous sommes argent et or, cuivre et terre, vagues et boue
Ils diront nos corps en désirs, les mots promenés le long des flancs,
le temps de l'amour, le temps de l'ami,
les secondes murmurées, entre les seins posées
Ils diront la femme qui vient, dans l'ombre des arbres,
qui vient et qui raconte les histoires des hommes,
elle marche, elle balance les hanches et tamise la lumière,
elle vient et sa bouche roule les mots à venir
Ils diront les mots de la terre, les contes des profondeurs,
qui montent du ventre, empoignent les bras, entourent le cou,
les mots des gestes qui brûlent
Aux rives de ma mémoire la femme vient et marche
elle est belle, elle est perle, elle est collier, elle est note blanche, note noire,
Vois!
Elle vient la femme en mots, en écriture, en atomes, en poussières
elle est étoile dans le Livre des Morts
Elle porte son coeur sur ses paupières et elle entend les choses du silence
Elle ouvre les bras, et le corps, et les yeux
Dans la nuit qui tombe elle devient luciole
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Lionel SMIT)
samedi 7 mars 2015
Je suis femme...
Je suis femme
Je suis femme, allongée au bord des sables,
enfouie dans l'eau des marigots,
endormie dans les voiles des vents
Je suis femme
Dans tes chants tu m'as transformée en lune, en soleil,
en colliers de perles, en bracelets de cheville,
en dessins de henné
en pagnes multicolores
Je suis femme
Fille du ciel et de la nuit, en miroirs de l'aube,
j'ai écrit mon nom sur les murs des cavernes,
j'ai laissé mes mains sur mon ventre
j'ai enfanté les futurs
Je suis femme
J'ai traversé les mondes, j'ai offert mon souffle,
je t'ai aimé, portant ton corps comme on se pare de parfums,
j'ai fermé tes yeux pour que tu entendes ma voix,
j'ai scellé tes lèvres pour que tu gardes mon goût
Je suis femme
En chantant mes histoires j'ai changé les choses,
les arbres sont devenus femelles,
les nuages sont descendus sur terre, statues sensuelles,
les petits des hommes ont ouvert les yeux et ont tutoyé le monde
Je suis femme
Par moi tu as inscrit ton nom dans l'immortalité
j'ai bercé tes peurs, j'ai gardé ton foyer,
j'ai été la conteuse, la guérisseuse, l'infante devenue reine,
l'oiseau qui passe, le vent sur la peau
Je suis femme
J'ai les yeux grands ouverts, je regarde l'univers,
je me tiens debout, dans la poussière de ce qui est déjà enfui,
je lève mes mains face aux murs des villages,
et je lance ma chanson de femme
Je suis femme
Je suis celle de la nuit, celle des jours brûlants,
je suis celle qui raconte et qui garde les mémoires,
je suis celle là qui ne baisse pas le front
et te regarde, te regarde, jusqu'à brûler tes yeux
Je suis femme
Je suis femme, matrice du monde, porteuse d'eau,
j'ai les mots qui roulent sur les langues des mémoires,
je suis pierre, je suis pluie, je suis sang, je suis origines,
je suis charbon et plume et soupirs et amours
Je suis femme
Je suis bâton, départs, retours, identités flamboyantes
je suis écuelle, je suis calebasse, je suis musique, je suis ombre,
je suis l'épine et le pas des caravanes
je suis l'argile et la glaise, le banco, marécages
Je suis femme
Et, dans ma mémoire qui danse, je tourbillonne....
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Lionel SMIT)
mercredi 4 mars 2015
L'amante...
N'entends tu pas que même au plus profond des nuits hantées
je suis sous tes mains, en relief dans ta peau?
N'entends tu pas le souffle des voix venues des autres mondes
murmurer que les ailleurs ne s'effacent pas?
N'entends tu pas le chant de l'oiseau, derrière la vitre,
qui parsème de duvet les choses enfouies?
N'entends tu pas le bruit de la terre, mouvement de l'eau,
te dire que la mémoire est tout, que le présent n'est rien?
Derrière la porte il y a la ville qui s'éparpille,
les bruits des choses, les bruits des riens,
il y a l'enfant qui te regarde, à qui tu offres ton regard,
et le mendiant, à ta fenêtre penché.
Tu enfermes tes mots derrière tes yeux, tu lances la clé des silences
Et la mer continue de danser, à la frontière des envies
N'entends tu pas la musique d'un parfum endormi au creux de ton cou,
qui te chuchote les mots de l'amante, les mots des bras?
N'entends tu pas les soupirs des murs, ceux qui entendent, ceux qui s'ouvrent
dans la quiétude d'un après midi alangui?
N'entends tu pas le bruissement d'une chevelure envolée sur tes lèvres,
et les poèmes tissés ?
N'entends tu pas, dans les mots des nuages, les épopées et les rêves,
Qâf ancien, mots des puits, mots des campements oubliés?
Derrière ton front, elle dort encore l'amante disparue,
enroulée sur ton souffle, posée sur tes doigts,
il y a les instants de soie, les instants frivoles,
et toi qui regardes et qui fermes les yeux
Et la mer continue de danser, à la frontières des corps.
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Santosh Chattopadhyay )
lundi 2 mars 2015
Les mots chagrins....
Je n'ai que les mots pour éloigner l'obscurité
la bouche qui raconte, raconte les aux delà,
la langue qui danse dans les fins de nuit
Je suis lasse de porter le monde,
épaules courbées et yeux miroirs
Je voudrais dessiner des pays de miel
des pays de femmes,
là où les chants des dunes diraient les rêves
Je n'ai que les notes et la musique pour dire,
dire encore, encore, encore,
jusqu'à m'ouvrir aux vents venus de l'Est,
devenir grain de chapelet et perle bleue,
inventer de nouveaux matins,
réciter Rûmi à la lumière des feux de camp
Je voudrais donner, donner à en perdre la respiration,
renaître dans les méandres d'un marigot,
dans le fleuve des mémoires,
recevoir le regard unique, celui qui berce,
téter le lait aux seins de mes mères,
m'endormir dans le souffle de l'encens
Je n'ai que les mots, les mots de l'absolu,
pour inventer demain
et les jours à venir,
les minutes silencieuses
Je voudrais vibrer dans la chaleur d'un corps,
coudre patiemment les perles amoureuses
sur le front de l'amant,
boire ses paupières
et murmurer doucement les mots du désir
Je n'ai que les mots pour sculpter mes vies,
les offrir aux murs des villes,
inscrire mes noms sans papiers,
enfanter des bébés
Je n'ai que mes mots pour pleurer et rire
jeter aux horizons mes solitudes
Tournoyer dans son regard
m'envoler à tire d'ailes
entendre les cris des silences
Je n'ai que les mots, mendiante, femme, enfant, plaisir,
Dans l'infini des poètes, je danse, je danse
et je te regarde...
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Guy Denning)
mercredi 25 février 2015
Naissance...
Je m'envole, je vole loin de toi
dans la parole libérée
et mon corps comme une étoile
Je marche, bras ouverts
J'emporte avec moi tout ce qui fut
tout ce qui ne fut pas
je dis à la lune les moments sombres
les doutes, les reniements,
les silences assassins
Je marche, ventre ouvert
Je sème derrière moi les bribes de toi,
ce qui fut saccage, défrichements douloureux,
je raconte aux passants les poèmes perdus,
les mille mots de la renaissance devenue agonie,
les mensonges, les pourquoi inutiles
Je marche, yeux ouverts
J'écris mes rêves, mes ailes atrophiées
soudain déployées,
je porte mon amour en collier de feu
je le disperse dans les feux de la mémoire
j'ai la peau qui pleure ses chagrins d'enfant femme
Je marche et je m'arrache la langue
Je jette les bribes de vie, les tu, les nous, les eux,
les espérances futiles, les fuites,
je jette et jette encore, cils après cils,
les morceaux qui crient encore
je déracine les désirs
Je bois les nuages, je tisse mes futurs,
Je marche, marche, au bout des murs
avec mon amour immense
la lumière en moi
Et j'arriverai en un port aux bras ouverts,
qui prendra ma tête sur les épaules des voiles,
qui boira mes mots dans les chants des poissons,
je serai sirène et j'entendrai, dans la houle des vagues,
une voix me dire " tu es, j'aime, prends moi, donne toi, offre toi, sois"
Enfin, dans l'aube d'une arrivée dernière,
je brûlerai les départs et les larmes rauques qui figent la bouche,
je deviendrai femme, unique, lumière,
dans le regard d'un homme nouveau
je deviendrai femme
dans le rouge des crépuscules des corps
Et je te regarderai comme on danse un monde,
toi que je ne connais pas mais qui me parle doucement.
Je laisserai ton souffle me faire grandir
j'attraperai toutes les histoires, tous les amours,
Je deviendrai étoiles et planètes...
Je recommencerai, dans ce port qui existe quelque part,
je recommencerai ma vie de femme
Il prendra ma main
et j'incendierai sa mémoire éternelle.
Il sera soleils ocres dans les nuits tordues.
Et il m'aimera à la démesure des ventres offerts.
il sera celui là qui berce les cauchemars, qui apaise la femme,
qui lui donne une vie en lui tatouant ses histoires.
Il ne me reniera pas, ne m'abandonnera pas....
Il me donnera une place, un nom, un lien profond avec la terre
Il m'acceptera dans ma plénitude trouvée
et je serai lumières.....
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Sidi Yahya)
lundi 23 février 2015
L'homme...
Entends tu la terre qui inspire doucement,
là bas, la bas, tout au bout des souvenirs?
Portes tu la pluie qui goutte sur les arbres du jardin,
la bas, là bas, dans la mémoire qui s'endort?
Chantes tu les notes du désir,
là bas, là bas, là bas dans le lointain d'une chambre?
Y a t'il, endormie derrière tes paupières,
une femme qui rêve?
Dessines tu les mots de l'après,
là bas, là bas, dans le murmure des silences?
Homme debout, en pas, en chemins, en sourires fracturés,
poses tu sa chevelure sur ta bouche?
Danses tu les heures de rires, les rondes des mains,
là bas, là bas, dans l'odeur d'un parfum enfui?
Prends tu dans ton cou les mots envolés,
là bas, là bas, dans la douceur d'une feuille de thé?
Brodes tu les courbes, les creux, les déliés,
là bas, là bas, là bas assoupis dans la pénombre?
Y a t'il, dansant dans ta mémoire,
une femme qui rêve ?
Cisèles tu les paumes aux bras ouverts,
là bas, là bas, dans les vents de l'amour?
Homme pluriel, homme ambigu, homme enfant,
poses tu sa chevelure sur ta bouche?
Mariem mint DERWICH
(Artiste : T. Chassériau)
Mes yeux fermés...
Il y aurait, dans le tourbillon de l'air,
un murmure, un soupir, une note ténue,
petits mots, petits mots...
Il y aurait des gestes esquissés, à peine effleurés,
des bleus en charmilles,
petits mots, petits mots...
Il y aurait mes yeux fermés, attente.
Il y aurait des silences en chuchotis,
des rires légers
Il y aurait mes yeux fermés, attente.
Et je serais là, à ma place,
mains ouvertes et paumes orphelines,
ma peau en écoute
ma bouche entrouverte
ma langue en prières
J'attendrais les mots de l'envol,
ceux qui rendent oiseau, papillon, libellule, voiles, vents, palmes
Petits mots, petits mots....
Mes yeux fermés, attente.
Petite fille, j'irais courir dans la nuit,
jusqu'au bout de mes peurs,
et dans mes poings j'aurais le monde de ce Je t'aime
attrapé au bout de l'horizon....
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Mokhis)
mardi 27 janvier 2015
Tu....
Je marche
et tu es, présence, ténue, fragile, tremblante,
souffle léger en murmure sur mon épaule posé
Je marche, en oubli, mes pieds dans les sillons,
je récite les prières bleues, celles qui frémissent,
celles qui font s'apaiser
Je marche, aux frontières de ma mémoire,
et tu es, chaleur sur ma peau déposée
tu es, en mots contés, en mots piquants
Je marche, et je dévide les noms, les noms de ceux qui ne sont plus,
fantômes de tous mes rêves,
je marche, marche encore, sommeil des envies
Je marche, en petits mots, ceux qui furent tout, ceux qui furent ciel,
étoiles, livres ouverts, couleurs sur les paupières,
et tu es, en lisière de mes doigts
Je marche
je pianote les notes sucrées, douces amères,
J'écoute les possibles endormis aux horizons,
ils fredonnent la mémoire des corps,
les chants des profondeurs,
ceux des regards accrochés au bord des lèvres,
ils me tissent les frissons,
les arabesques des jeux,
les mains accrochées, comme repliées sur le feu
Je marche,
tout en marchant je me fais statue,
je me dépouille de tout,
tissu après tissu
je redeviens la femme qui danse
et tu es,
dans les bruits des vents
ta voix au creux de mon cou
Je marche et je me pose
morceau après morceau
dans l'immensité de ce qui est
Je redeviens la femme qui danse
et dans la pâleur de la nuit qui vient,
au bord de mes routes,
tu es
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Kandinsky)
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