jeudi 2 avril 2015
Infini....
J'ai l'infini au bout du regard,
là bas, là bas, tout au bout de l'horizon,
au bout des sables et des chemins de terre,
au bout des départs, là bas, là bas,
le ciel immense de ceux qui voyagent,
les danses mystiques et les prières des doigts,
là bas, là bas, tout au bout de la vie,
au bout des mots et des naissances,
au bout des sommeils, là bas, là bas
J'ai l'infini en offrande,
là bas, là bas, sur la terre des hommes,
au bout des contes de la nuit et des charmeurs de serpents,
au bout des frissons de la peau, là bas, là bas,
les mers lointaines et les grand voiles,
les amours de l'aube et les corps en poèmes,
là bas, là bas, tout au bout de mes rires,
au bout de mes rêves et des jeux d'enfants,
au bout des soleils, là bas, là bas
J'ai l'infini en azur porté,
là bas, là bas, dans mon ventre bercé,
au bout des terres inconnues et des couleurs des femmes,
au bout de ma langue, là bas, là bas,
les dunes des premiers pas,
les chuchotis des vents et les cauris qui disent,
là bas, là bas, tout au bout de mes rondes,
au bout des soupirs et des baisers,
au bout des lenteurs, là bas, là bas
J'ai l'infini comme des nuages de pluie,
là bas, là bas, tout au bout des marigots,
au bout des villages et des campements,
au bout des palmiers, là bas, là bas,
les bracelets qui chantonnent et les larmes d'un bébé,
les appels des troupeaux et les vertiges mouillés,
là bas, là bas, tout au bout de la piste,
au bout du monde et du Ghazal,
au bout de mes cils, là bas, là bas
J'ai l'infini en psaume et en tapis de prières
et je danse
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Helen ABBAS)
samedi 21 mars 2015
Corps....
J'ai le corps en alphabet, en lettres,
en mains qui se posent
j'ai le corps en soupirs
en vertiges
en traces ténues
en morsures
J'ai le corps comme on a des chants
en notes
en vibrations
j'ai le corps en impatiences
en souffles
en odeurs mouillées
J'ai le corps qui se déploie
à chaque toucher
il chuchote
j'ai le corps en bordures
en centres
en senteurs marines
Je suis face à l'univers
et entre mes seins je porte mes rêves
j'ai le ventre en aurores
j'ai les bras en poèmes
en mantras
en amants
J'ai le corps qui chante et chante encore
en vie perpétuelle
en infinis
j'ai le corps comme un collier
en danses profondes
il dit
J'ai le corps en liberté
il écrit les mots de l'amour
il tisse les histoires fabuleuses
j'ai le corps en nuits et en jours
accroché aux temps féminins masculins
inscrit sur les murs
Murmures et folies
mots
désirs
Corps
Mariem mint DERWICH
(Street Art.. Artiste : Nme)
jeudi 12 mars 2015
La femme qui vient...
et que de mes mots sortent les vents
Ils diront alors les voyages et les terres lointaines,
celles de feu et d'azur, celles battues par les hommes
Ils diront les amours mortes, les enfants de l'aube,
les caravanes aux pieds nus
Donne moi tes regards pour que je me lève, enfin,
et que de mes mots sortent les pluies
Ils diront alors les sommeils dans l"herbe,
les jeux d'eau, les marelles et les rondes
Ils diront les villages perdus, les statues de pierre,
les femmes qui s'éveillent dans la brume du matin
Donne moi tes mains pour que j'écrive, enfin,
et que de mes mots sorte la musique
Ils diront tous les soupirs, tous les chants,
les yeux bordés, les corps dressés, les cheveux libérés
Ils diront que tout est fuite, que nous mourons et que nous renaissons,
que nos histoires ne sont que broderies fugaces,
que nous sommes argent et or, cuivre et terre, vagues et boue
Ils diront nos corps en désirs, les mots promenés le long des flancs,
le temps de l'amour, le temps de l'ami,
les secondes murmurées, entre les seins posées
Ils diront la femme qui vient, dans l'ombre des arbres,
qui vient et qui raconte les histoires des hommes,
elle marche, elle balance les hanches et tamise la lumière,
elle vient et sa bouche roule les mots à venir
Ils diront les mots de la terre, les contes des profondeurs,
qui montent du ventre, empoignent les bras, entourent le cou,
les mots des gestes qui brûlent
Aux rives de ma mémoire la femme vient et marche
elle est belle, elle est perle, elle est collier, elle est note blanche, note noire,
Vois!
Elle vient la femme en mots, en écriture, en atomes, en poussières
elle est étoile dans le Livre des Morts
Elle porte son coeur sur ses paupières et elle entend les choses du silence
Elle ouvre les bras, et le corps, et les yeux
Dans la nuit qui tombe elle devient luciole
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Lionel SMIT)
samedi 7 mars 2015
Je suis femme...
Je suis femme
Je suis femme, allongée au bord des sables,
enfouie dans l'eau des marigots,
endormie dans les voiles des vents
Je suis femme
Dans tes chants tu m'as transformée en lune, en soleil,
en colliers de perles, en bracelets de cheville,
en dessins de henné
en pagnes multicolores
Je suis femme
Fille du ciel et de la nuit, en miroirs de l'aube,
j'ai écrit mon nom sur les murs des cavernes,
j'ai laissé mes mains sur mon ventre
j'ai enfanté les futurs
Je suis femme
J'ai traversé les mondes, j'ai offert mon souffle,
je t'ai aimé, portant ton corps comme on se pare de parfums,
j'ai fermé tes yeux pour que tu entendes ma voix,
j'ai scellé tes lèvres pour que tu gardes mon goût
Je suis femme
En chantant mes histoires j'ai changé les choses,
les arbres sont devenus femelles,
les nuages sont descendus sur terre, statues sensuelles,
les petits des hommes ont ouvert les yeux et ont tutoyé le monde
Je suis femme
Par moi tu as inscrit ton nom dans l'immortalité
j'ai bercé tes peurs, j'ai gardé ton foyer,
j'ai été la conteuse, la guérisseuse, l'infante devenue reine,
l'oiseau qui passe, le vent sur la peau
Je suis femme
J'ai les yeux grands ouverts, je regarde l'univers,
je me tiens debout, dans la poussière de ce qui est déjà enfui,
je lève mes mains face aux murs des villages,
et je lance ma chanson de femme
Je suis femme
Je suis celle de la nuit, celle des jours brûlants,
je suis celle qui raconte et qui garde les mémoires,
je suis celle là qui ne baisse pas le front
et te regarde, te regarde, jusqu'à brûler tes yeux
Je suis femme
Je suis femme, matrice du monde, porteuse d'eau,
j'ai les mots qui roulent sur les langues des mémoires,
je suis pierre, je suis pluie, je suis sang, je suis origines,
je suis charbon et plume et soupirs et amours
Je suis femme
Je suis bâton, départs, retours, identités flamboyantes
je suis écuelle, je suis calebasse, je suis musique, je suis ombre,
je suis l'épine et le pas des caravanes
je suis l'argile et la glaise, le banco, marécages
Je suis femme
Et, dans ma mémoire qui danse, je tourbillonne....
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Lionel SMIT)
mercredi 4 mars 2015
L'amante...
N'entends tu pas que même au plus profond des nuits hantées
je suis sous tes mains, en relief dans ta peau?
N'entends tu pas le souffle des voix venues des autres mondes
murmurer que les ailleurs ne s'effacent pas?
N'entends tu pas le chant de l'oiseau, derrière la vitre,
qui parsème de duvet les choses enfouies?
N'entends tu pas le bruit de la terre, mouvement de l'eau,
te dire que la mémoire est tout, que le présent n'est rien?
Derrière la porte il y a la ville qui s'éparpille,
les bruits des choses, les bruits des riens,
il y a l'enfant qui te regarde, à qui tu offres ton regard,
et le mendiant, à ta fenêtre penché.
Tu enfermes tes mots derrière tes yeux, tu lances la clé des silences
Et la mer continue de danser, à la frontière des envies
N'entends tu pas la musique d'un parfum endormi au creux de ton cou,
qui te chuchote les mots de l'amante, les mots des bras?
N'entends tu pas les soupirs des murs, ceux qui entendent, ceux qui s'ouvrent
dans la quiétude d'un après midi alangui?
N'entends tu pas le bruissement d'une chevelure envolée sur tes lèvres,
et les poèmes tissés ?
N'entends tu pas, dans les mots des nuages, les épopées et les rêves,
Qâf ancien, mots des puits, mots des campements oubliés?
Derrière ton front, elle dort encore l'amante disparue,
enroulée sur ton souffle, posée sur tes doigts,
il y a les instants de soie, les instants frivoles,
et toi qui regardes et qui fermes les yeux
Et la mer continue de danser, à la frontières des corps.
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Santosh Chattopadhyay )
lundi 2 mars 2015
Les mots chagrins....
Je n'ai que les mots pour éloigner l'obscurité
la bouche qui raconte, raconte les aux delà,
la langue qui danse dans les fins de nuit
Je suis lasse de porter le monde,
épaules courbées et yeux miroirs
Je voudrais dessiner des pays de miel
des pays de femmes,
là où les chants des dunes diraient les rêves
Je n'ai que les notes et la musique pour dire,
dire encore, encore, encore,
jusqu'à m'ouvrir aux vents venus de l'Est,
devenir grain de chapelet et perle bleue,
inventer de nouveaux matins,
réciter Rûmi à la lumière des feux de camp
Je voudrais donner, donner à en perdre la respiration,
renaître dans les méandres d'un marigot,
dans le fleuve des mémoires,
recevoir le regard unique, celui qui berce,
téter le lait aux seins de mes mères,
m'endormir dans le souffle de l'encens
Je n'ai que les mots, les mots de l'absolu,
pour inventer demain
et les jours à venir,
les minutes silencieuses
Je voudrais vibrer dans la chaleur d'un corps,
coudre patiemment les perles amoureuses
sur le front de l'amant,
boire ses paupières
et murmurer doucement les mots du désir
Je n'ai que les mots pour sculpter mes vies,
les offrir aux murs des villes,
inscrire mes noms sans papiers,
enfanter des bébés
Je n'ai que mes mots pour pleurer et rire
jeter aux horizons mes solitudes
Tournoyer dans son regard
m'envoler à tire d'ailes
entendre les cris des silences
Je n'ai que les mots, mendiante, femme, enfant, plaisir,
Dans l'infini des poètes, je danse, je danse
et je te regarde...
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Guy Denning)
mercredi 25 février 2015
Naissance...
Je m'envole, je vole loin de toi
dans la parole libérée
et mon corps comme une étoile
Je marche, bras ouverts
J'emporte avec moi tout ce qui fut
tout ce qui ne fut pas
je dis à la lune les moments sombres
les doutes, les reniements,
les silences assassins
Je marche, ventre ouvert
Je sème derrière moi les bribes de toi,
ce qui fut saccage, défrichements douloureux,
je raconte aux passants les poèmes perdus,
les mille mots de la renaissance devenue agonie,
les mensonges, les pourquoi inutiles
Je marche, yeux ouverts
J'écris mes rêves, mes ailes atrophiées
soudain déployées,
je porte mon amour en collier de feu
je le disperse dans les feux de la mémoire
j'ai la peau qui pleure ses chagrins d'enfant femme
Je marche et je m'arrache la langue
Je jette les bribes de vie, les tu, les nous, les eux,
les espérances futiles, les fuites,
je jette et jette encore, cils après cils,
les morceaux qui crient encore
je déracine les désirs
Je bois les nuages, je tisse mes futurs,
Je marche, marche, au bout des murs
avec mon amour immense
la lumière en moi
Et j'arriverai en un port aux bras ouverts,
qui prendra ma tête sur les épaules des voiles,
qui boira mes mots dans les chants des poissons,
je serai sirène et j'entendrai, dans la houle des vagues,
une voix me dire " tu es, j'aime, prends moi, donne toi, offre toi, sois"
Enfin, dans l'aube d'une arrivée dernière,
je brûlerai les départs et les larmes rauques qui figent la bouche,
je deviendrai femme, unique, lumière,
dans le regard d'un homme nouveau
je deviendrai femme
dans le rouge des crépuscules des corps
Et je te regarderai comme on danse un monde,
toi que je ne connais pas mais qui me parle doucement.
Je laisserai ton souffle me faire grandir
j'attraperai toutes les histoires, tous les amours,
Je deviendrai étoiles et planètes...
Je recommencerai, dans ce port qui existe quelque part,
je recommencerai ma vie de femme
Il prendra ma main
et j'incendierai sa mémoire éternelle.
Il sera soleils ocres dans les nuits tordues.
Et il m'aimera à la démesure des ventres offerts.
il sera celui là qui berce les cauchemars, qui apaise la femme,
qui lui donne une vie en lui tatouant ses histoires.
Il ne me reniera pas, ne m'abandonnera pas....
Il me donnera une place, un nom, un lien profond avec la terre
Il m'acceptera dans ma plénitude trouvée
et je serai lumières.....
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Sidi Yahya)
lundi 23 février 2015
L'homme...
Entends tu la terre qui inspire doucement,
là bas, la bas, tout au bout des souvenirs?
Portes tu la pluie qui goutte sur les arbres du jardin,
la bas, là bas, dans la mémoire qui s'endort?
Chantes tu les notes du désir,
là bas, là bas, là bas dans le lointain d'une chambre?
Y a t'il, endormie derrière tes paupières,
une femme qui rêve?
Dessines tu les mots de l'après,
là bas, là bas, dans le murmure des silences?
Homme debout, en pas, en chemins, en sourires fracturés,
poses tu sa chevelure sur ta bouche?
Danses tu les heures de rires, les rondes des mains,
là bas, là bas, dans l'odeur d'un parfum enfui?
Prends tu dans ton cou les mots envolés,
là bas, là bas, dans la douceur d'une feuille de thé?
Brodes tu les courbes, les creux, les déliés,
là bas, là bas, là bas assoupis dans la pénombre?
Y a t'il, dansant dans ta mémoire,
une femme qui rêve ?
Cisèles tu les paumes aux bras ouverts,
là bas, là bas, dans les vents de l'amour?
Homme pluriel, homme ambigu, homme enfant,
poses tu sa chevelure sur ta bouche?
Mariem mint DERWICH
(Artiste : T. Chassériau)
Mes yeux fermés...
Il y aurait, dans le tourbillon de l'air,
un murmure, un soupir, une note ténue,
petits mots, petits mots...
Il y aurait des gestes esquissés, à peine effleurés,
des bleus en charmilles,
petits mots, petits mots...
Il y aurait mes yeux fermés, attente.
Il y aurait des silences en chuchotis,
des rires légers
Il y aurait mes yeux fermés, attente.
Et je serais là, à ma place,
mains ouvertes et paumes orphelines,
ma peau en écoute
ma bouche entrouverte
ma langue en prières
J'attendrais les mots de l'envol,
ceux qui rendent oiseau, papillon, libellule, voiles, vents, palmes
Petits mots, petits mots....
Mes yeux fermés, attente.
Petite fille, j'irais courir dans la nuit,
jusqu'au bout de mes peurs,
et dans mes poings j'aurais le monde de ce Je t'aime
attrapé au bout de l'horizon....
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Mokhis)
mardi 27 janvier 2015
Tu....
Je marche
et tu es, présence, ténue, fragile, tremblante,
souffle léger en murmure sur mon épaule posé
Je marche, en oubli, mes pieds dans les sillons,
je récite les prières bleues, celles qui frémissent,
celles qui font s'apaiser
Je marche, aux frontières de ma mémoire,
et tu es, chaleur sur ma peau déposée
tu es, en mots contés, en mots piquants
Je marche, et je dévide les noms, les noms de ceux qui ne sont plus,
fantômes de tous mes rêves,
je marche, marche encore, sommeil des envies
Je marche, en petits mots, ceux qui furent tout, ceux qui furent ciel,
étoiles, livres ouverts, couleurs sur les paupières,
et tu es, en lisière de mes doigts
Je marche
je pianote les notes sucrées, douces amères,
J'écoute les possibles endormis aux horizons,
ils fredonnent la mémoire des corps,
les chants des profondeurs,
ceux des regards accrochés au bord des lèvres,
ils me tissent les frissons,
les arabesques des jeux,
les mains accrochées, comme repliées sur le feu
Je marche,
tout en marchant je me fais statue,
je me dépouille de tout,
tissu après tissu
je redeviens la femme qui danse
et tu es,
dans les bruits des vents
ta voix au creux de mon cou
Je marche et je me pose
morceau après morceau
dans l'immensité de ce qui est
Je redeviens la femme qui danse
et dans la pâleur de la nuit qui vient,
au bord de mes routes,
tu es
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Kandinsky)
vendredi 23 janvier 2015
Infinis...
Dans les espaces infinis, dans le souffle des planètes,
dans les chants des galaxies,
dans les contes chuchotés par les étoiles,
dans les aurores des mondes
et les histoires immenses,
j'irai
j'irai inventer de nouveaux mots,
j'irai saupoudrer mes rêves de sonorités colorées
Et quand les corps ne seront plus, atomes de soleil,
fantômes des Big bang,
quand les yeux se seront fermés à jamais
je déploierai toutes les mémoires
je serai souffles
et tempêtes
j'irai
j'irai dire, à la face de l'infini, mes langues oubliées,
j'irai danser sur les poussières de temps
Et quand le tout sera à nouveau, quand d'une lettre
naîtront les alphabets de demain,
quand dans la silhouette du langage riront les chants d'ailleurs
je partirai vers les frontières qui ne sont pas,
départs et retours, cercles et horizons,
j'attraperai la queue des comètes,
j'irai
j'irai, souvenir de corps, m'inventer des futurs lointains,
j'irai promener mes passés, je les frotterai aux Nova
Je me re créerai, encore et encore, naissances et morts,
re naissances, de marches en marches, de mots neufs en mots ouverts,
je deviendrai étoile
et, au bout de mes voyages, je redeviendrai coeur et femme
Mariem mint DERWICH
mercredi 21 janvier 2015
L'oubli des heures de nuit...
Chercher, chercher encore l'image du miroir,
la lumière dans les yeux
petite chose chaude, au bord des paupières
puits sans fonds, rempli d'étoiles
Plier la nuque, sentir, toucher la bouche, compter les frissons,
entendre la musique des mains
Tourner la tête, ployer ses cheveux, souffler sur les doigts,
comptine amoureuse, comptine câline
Poser son visage au creux de ses bras, pleurer, pleurer,
pleurer à en perdre la couleur des yeux, à en disparaître,
pleurer jusqu'à la déraison de toutes choses
pleurer à en oublier de voir
En ses mains reposer ma mémoire, bruissements des mots chuchotés,
devenir musique, heures, secondes, siècles
Aimer le frisson courant sur la peau, le rire absolu des lèvres gaies,
sauter les jours, sauter les nuits
Enjamber les ponts, déployer le corps, semer les baisers,
les promesses des amants, les berceuses enfantines
Arrondir la peine, atténuer le chagrin,
dire, dire, dire
dire les mots qui dansent, les mots magiques,
dire, dire, dire
dire la déraison, dire l'amour, dire les mondes
Poser les mains sur son ventre, poser des arpèges voluptueux,
espaces infinis enclos entre les cils
S'endormir, enfin, dans le fouillis des yeux gonflés,
renifler comme la femme redevenue enfant,
fermer les doigts sur les "jamais", les "toujours", les "aime moi"
l'oubli des heures de nuit
Se réveiller et recommencer
dans la moiteur des heures ternes
accomplir les petites choses
rire quand il faut rire
Poser au bord de la porte ses chaussures,
lever le visage à la pluie
Etre fantôme, être brume, être nausée
Ne plus respirer
Ouvrir la bouche pour laisser passer la folie
Et, s'endormir, enfin, dans le fouillis des yeux gonflés,
renifler comme la femme redevenue enfant
fermer les doigts sur les prières en chapelets
l'oubli des heures de nuit
Se réveiller et recommencer
Apprivoiser la bête tapie dans le ventre....
Mariem mint DERWICH
(Zeïnabou CHIAA)
heures de pluie....
Il pleut
je souffle sur la vitre, du bout du doigt je dessine
doucement, doucement,
enfermant mon souffle dans le bruit de la pluie sur les carreaux
à mes oreilles j'entends chuchoter tant de choses,
tant de choses,
doucement, doucement,
je pose ma peine au bout de ma langue et je ferme les yeux
je voudrais devenir pavés, feuilles mouillées, odeurs âpres,
devenir oiseau mort
doucement, doucement,
je replie ma main sur le mur posée
Il pleut
et la musique amère, la musique syncopée,
doucement ,doucement,
fait pencher mes mots, je suis aphone
j'ai le corps dévié, loin de la route,
j'ai les silences comme des chaînes lourdes,
doucement, doucement,
je me roule en boule
je voudrais devenir grain de sable, atome, misère,
devenir le mot mort, le mot disparu,
doucement ,doucement,
j'enfonce mes doigts dans mes yeux
Il pleut
je suis aveugle, je suis sourde, je suis muette,
doucement, doucement,
j'écoute la douleur monter
doucement, doucement
je m'estompe, je calfeutre ma mémoire,
je lève mes yeux aveugles et mon âme et mon sang et mes poings et mes cris
et je brise la vitre
Mariem mint DERWICH
(Guy DENNING)
lundi 19 janvier 2015
Mon coeur....
Il est toujours là
ce battement de coeur perdu,
toujours là,
au bord des lèvres, en partance
et, pourtant, si présent
Il est toujours là comme une douleur sourde
qui tait les cris et les contes
Il est toujours là
ce battement de coeur perdu,
toujours là,
endormi dans mes mots,
innocence envolée
Il est toujours là, petite chose acérée
qui regarde le miroir
Il est toujours là
ce battement de coeur perdu,
toujours là,
accroché aux milliers de battements de coeur perdus,
arrêté au bord du chemin
Il est toujours là, en farandole,
dansant la douceur des images
Il est toujours là
ce battement de coeur perdu,
toujours là,
je souffle doucement sur lui, oiseau aux ailes brisées,
je souffle doucement sur lui et je lui parle,
je lui parle et éponge le sang,
je lui parle des aurores à venir,
je lui parle des nuits à créer,
je lui dis les pages des livres et les musiques des poèmes
Il est toujours là et je le regarde
j'ouvre ma poitrine pour qu'il revienne en moi.
J'empoigne mon coeur, je compte les battements,
j'écoute le tambour des choses qui furent,
ma peau devient rythmes.
J'empoigne mon coeur, je le lance aux cieux.
Et je lui dis : aime, mon battement de coeur perdu......!
Aime !
Mariem mint DERWICH
(Artiste : KLIMT)
mercredi 14 janvier 2015
Je m'envole...
J'ai cet amour passé, couleurs des temps infinis,
comme une prière dans l'aube de mon corps,
en écritures arabesques sur ma bouche,
enfermé entre mes cils et chuchotant au bord de mon regard.
J'ai le goût doux amer de la peau sous la langue,
petits papillons du désir et des rives lointaines
J'ai le coeur racontant les histoires d'avant,
les battements perdus, douceurs,
j'ai le coeur en images, murmurant les promesses des étoiles,
la musique comme des mains dans mes cheveux.
J'ai la lumière rêveuse de celle qui marche au bout du monde,
dans la splendeur des pluies chaudes
J'ai les lettres inscrites au bout des doigts,
mains vers le ciel et je dis nos noms, offrande à la nuit,
j'ai les lettres des ports, des départs, des Je t'aime,
posées sur mon cou, à l'orée de mon oreille
J'ai la mémoire dorée de ce qui fut dans la douceur de la voix,
petites chansons des nuits endormies
J'ai les contes enfantins, les comptines des rondes amoureuses,
les couleurs passées des rires, des soupirs lissant mes épaules
J'ai la tête vers le ciel renversée et je le regarde, de ce lointain où je m'envole,
je le regarde dormir dans ma mémoire
je pose ma main sur son bras et dénoue mes doigts
et je lui dis mes horizons, mes exils, mes chants des dunes, mes chants des vents
J'ai tous les murmures du monde, en bordure de mes mémoires,
en bordure de son corps allongé
Je danse, je danse, je pose mes pieds dans la poussière des jolies choses perdues
Je le pose dans mes mains et je lui parle, je lui dis, je lui dis les mots qui naissent,
les mots qui furent, les mots tus, les mots langueur, les mots poésie.
Et je m'envole....
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Ademaro BARDELLI)
lundi 12 janvier 2015
Etre mots...
Parler de tout et de rien
parler comme on aime, parler comme on pleure,
parler comme on rit
Ecrire tous ces mots, les mots de l'absurde,
les mots des choses insignifiantes et des choses immenses
Dessiner les lettres, les remplir des sens nomades,
vouloir y tatouer la langue,
dévider, arrondir, graver
Empoigner le verbe, le poser sur ses mains,
écrire à n'en plus finir
écrire à en mourir parfois
écrire pour vivre
entendre les notes de la mer
et les chants des vents
et les flûtes de ceux qui ne sont pas
Colorier les mots, enfanter les alphabets,
inventer à l'infini les mots neufs, les mots nouveaux,
en faire des tableaux de nos corps
Poser les mots sur nos ventres,
les écouter danser, offrir des frissons,
les boire sur nos bouches et les laisser chantonner.
Etre mots, simplement, mots d'argent et de vermeil,
mots d'enfants et mots des hommes,
mots des poètes, mots des sables, mots enluminures,
être mots des abîmes et mots morts, mais mots de vie
Donner les mots aux arcs en ciel, en faire des papillons,
en faire des enfantements, des renouvellements,
des cadeaux naïfs pour ce qui est
Et puis prendre le mot, le mot qui est tout, celui qui nous berce,
le tresser en ailleurs lointains
le sculpter sur nos paupières
regarder les nuages
regarder la lune
inspirer l'éternité
boire, la bouche collée à la terre
Fermer les yeux, ouvrir les doigts,
devenir mot, devenir mots
Renaître
Etre
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Abdel Malik Nounouhi)
samedi 3 janvier 2015
Les mots de Mona Mac DEE, ce beau "dialogue" à 4 mains que nous effectuons, ces regards croisés, ces intimités de femmes partagées....
Mon "Autre"
Tu es murmure, miroir lointain,
jour après nuit, je t'entends,
en écho,
d'une oreille au coeur;
tu me chuchotes les cris d'orage,
les douleurs vives,
les absences.
Abaissée à n'être rien,
acculée à leur être tout,
tes larmes coulent sur mes joues et tes poids courbent mes épaules.
Nos rires s'éclaboussent,
nos paumes sur l'écran se fondent,
et nos doigts que la plume emporte,
alignent un à un, les mots étonnés et furieux.
je t'entends, encagée, arpenter au-delà des murs, les dunes de tes hanches, rondes et sensuelles, et s'écouler les grains de sable de ta terre, si doux entre tes mains, libérées.
Sans cesse, nos voix se croisent, s'emmêlent, là au centre de moi, en ce chant si léger, que seules peuvent fredonner les femmes-envie...
Mona Mc DEE"
http://monazarts.blogspot.be/2015/01/mon-autre.html
vendredi 2 janvier 2015
Ma terre
emperlée au bout de mes doigts
Je la prie, la déroule, la récite,
grain après grain,
Je la porte en livres, en vers, en chants,
tatouée sur mes épaules
Je la danse, l'empoigne, la caresse
fil de laine après fil de laine,
Du fond des nuits froides je la tire
la rappelle au bord de mes cils
je lui raconte les soleils
et la mer et les hommes,
les enfants et les femmes,
les vieillards accroupis,
les mendiants en aumône
Je la tisse, je l'ouvre, je la lis
j'épèle les matins dans les chants des mosquées
les notes lourdes
les prières murmurées
Je raconte les plis, les dunes, les arbres, le Fleuve
les voix dans la poussière
j'écris
je tamise les vents, j'attrape les lettres
je fais de ses voix des grands larges des draps froissés,
à l'odeur de l'amour
Je prends l'homme par la main, je le roule sur mes flancs
et je gravis les sentiers des caravanes
je me pends au cou des chameaux, je bois les larmes de leurs yeux
je pose ma tête sur leurs cous et je m'endors
Je chante ma terre, mes terres, les pourpres des réveils,
je suis le paysan arrimé à la terre, mains puissantes
dos courbé
Je nage dans ses eaux, je suis pêcheur, habitant du monde de là bas
j'ai le corps poisson, le corps sirène, le corps abysses, le corps pirogues,
en éclats liquides
Je suis fille des nuages, je poursuis les rêves fous aux yeux brûlés
et les poèmes et les temps infinis
j'ai la couleur de mes chemins
Je suis rahla, je suis jehfa, je suis homme, je suis femelle,
Je suis dguig
Je suis lait
Je suis tassoufra
Je suis musique, je suis Nqaymish, je suis noire, je suis blanche
Je suis les 4 points cardinaux et la rose des sables
Je suis ébène, je suis coquillage
Je suis voiles
Je suis dialdiali
Je prends la femme par la main, j'enfante, je crie la délivrance
et je donne au ciel mon ventre ravagé
je me couche contre son sein
je deviens mère
Je suis femme des immensités
je suis femme sable
je suis femme thé
je suis femme divinations
Je pose mes paumes à l'orée des bathas
je tourbillonne au son de la flûte
je prends les mots des griots et je déchire la pluie d'hivernage
Je porte ma terre,
voyageuse éternelle en absolu d'immortalité
Je l'inscris sur les murs du monde en mes langues chantonnées
Je suis fille de tous les royaumes.....
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Sidi Yahya)
jeudi 1 janvier 2015
Pertes...
Je n'ai pas les mots pour dire
dire, dire encore, dire à en perdre le sens,
dire l'indicible,
l'adoucir un peu, le polir, le rouler dans le creux de ma main
Je n'ai pas l'écriture pour signer les mots, les ouvrir,
leur faire perdre leur aspérité
écrire, écrire encore, écrire à en perdre l'alphabet des sens,
les tamiser dans la lumière de mes yeux
Je n'ai pas les armes à la main, le poing dressé,
je n'ai pas la cuirasse
je n'ai pas les futurs
Je suis comme un rond dans l'eau, en cercles évidée,
bois mouillé,
herbes mouvantes,
bleu vert des profondeurs
Je ne sais pas bouger au rythme de la douleur
Je ne sais que me lover en moi même, aller là, au plus profond,
là où il fait si noir mais si doux
aller là bas, tout là bas, de chemins de déraisons en chemins de folie,
aller là bas, au pays des anges déchus
Je ne sais pas danser, je ne sais plus tourner sur moi même
Je sais les cachettes des enfants terrifiés, celles où le monstre dort sous le lit
je sais les écorchures et le sang
je sais les coups et les bleus
Je ne sais pas respirer, je ne sais plus boire les vents
J'ai perdu les traces de la lumière du monde
je le murmure, je le murmure, je le murmure
jusqu'à ce que la parole devienne silencieuse
langue coupée
ailes brisées
Je ne sais plus manger les couleurs et les réveils
En moi je me replie, rond après rond, cercles après cercles,
bracelets de cheville emmurant mes lèvres
Je ferme les mains et je pleure dans le noir.
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Patrick SINGH)
mardi 30 décembre 2014
La brodeuse...
Je ne suis pas femme de solitude
en solitude, comme ancrée dans l'intemporel,
cet endroit d'entre deux où rien n'est tout à fait, où rien ne respire vraiment
je suis femme des multiples, d'abord duelle, aux frontières des mondes
je pense, je pleure, je chuchote les terres arides et les terres fertiles
Je ne suis pas femme de solitude, celle qui rend à la nuit les couleurs des jours,
qui fait du geste une écriture sèche, à l'âme envolée
ce lieu de tous les miroirs et du questionnement
je suis femme comme on naît homme, créature de vie, animal de sang
j'écris, je brode, je murmure à l'oreille des enfants mes langues de vie
Je ne suis pas femme de solitude
je n'ai pas de mon souffle la perception de ceux qui pensent savoir,
détenir les pouvoirs qui peignent de gris l'arc en ciel
je suis femme infinie, petite fille redevenant petite fille, dans la roue des aubes bleues
je mets mes yeux devant ma bouche et je dis à mes lèvres de me raconter l'histoire
Je ne suis pas femme en solitude, je ne peux, je ne sais pas être cela
je suis femme à aimer et femme qui enfante
dans les brumes des nuits qui offrent
je suis femme khôl, celle qui peint ses murs pour ôter les larmes
je tends le doigt et je regarde la lune
Je ne suis pas femme en solitude, celle qui broie, celle qui mange, celle qui expulse
je suis femme redevenant femme, dans la profondeur du puits
je vois l'image qui tremble de l'absolu qui est au bout, là bas, là bas
je suis femme, enfant devenant femme, femme devenant enfant
et, dans le sommeil des ailleurs, j'invente les lendemains
ils seront mon toit et mes yeux et mes murs et ma peau
et je redis, face à la porte ouverte sur l'étranger qui entre :
je suis femme, hors de toute solitude
entre et bois
allonge ton corps sur le tapis
donne moi ton langage pour que j'invente ma langue plurielle
Je ne suis pas femme de solitude
Dans l'iris de l'étranger qui dort, me voyez vous?
Mariem mint DERWICH
(Artiste : KUBICKI)
Pour mon amie Mona Mac DEE, elle qui écrit sur les nuages...
lundi 29 décembre 2014
Maux ...
Fille de rien disent tous ces mots des murs
Fille à personne chantent les cailloux
Fille pour rien dansent les vents
Fille sans sang
Fille sans peau
Fille sans coeur
Femme de l'ombre murmurent mes mémoires
Femme de la terre crient les oiseaux
Femme objet blatèrent les chameaux
Femme daba
Femme tortures
Femme calebasse
Fille des riens ricanent les biens pensants
Fille misère se moquent les yeux
Fille perdue fredonnent les langues
Fille équilibriste
Fille de l'abîme
Fille des enfers
Femme sans toit martèlent les coups
Femme sans amour tissent les vieilles femmes
Femme sans horizon soufflent la mémoire du corps
Femme de peu
Femme des abysses
Femme en apparence
Femme sans nom, sans lignées, sans honneur
Femme de rien, femme à personne, femme pour rien
Identités
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Christopher CUSEO)
dimanche 28 décembre 2014
Je renais....
Je me lapiderai jusqu'à extraire de ma peau tous les parfums
toutes les odeurs qui furent
je m'ouvrirai, encore et encore, jusqu'à ne plus être qu'abîme,
et j'ôterai les images, les paroles, les gestes
A m'en faire saigner les yeux, je brûlerai tous les ailleurs,
je t'effacerai, ferai de toi un fantôme, pâle imitation de ce que tu fus
je me lapiderai à en danser, danser encore, enfin libérée de ta parole,
en envol, loin, très loin, par dessus les herbes hautes
je prendrai ton nom, encore et encore, mélangerai les lettres
et je gommerai ce qui fut
Dans la splendeur de la mort d'un amour mensonge
je redeviens l'enfant éblouie, la femme qui marche
celle qui dessine les nuages, celle qui porte et qui dit,
je redeviens mon corps, ma langue, mes mains, mon ventre
Je renais dans la couleur des larmes
Je renais dans cette absence
je renais dans le silence
je renais, en miroir de ce que je suis
à l'aune de tes mirages et folies
je renais
et je m'envole....
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Christopher Cuseo)
vendredi 26 décembre 2014
Il dit....
Je pars en petits morceaux
tous ces petits morceaux pointus
ces petits morceaux de moi,
accrochée à son regard
Il dit : tu ne sais pas aimer
il dit : tu ne sais pas vivre
il dit : tu ne sais pas la douceur
il dit : tu ne sais pas les mots de l'amante
il dit : tu parles trop
il dit : tu as souvent les lettres de la colère
il dit : ta vie n'est que barrières
il dit : tu es sans être
il dit : tu demandes trop
Il dit...
Et je regarde tous ces petits papiers sur lesquels sont inscrits
les mots de l'implosion
écritures acérées
scarifiant ma peau
Je dis : je suis
Je dis : je vis
je dis : j'aime
je dis : je suis l'amoureuse, la conteuse, la femme
je dis : je suis elle et elle
je dis : je suis tatouée, en cicatrices dessinée, en fractures
je dis : je suis monstre, je suis mots et paroles
je dis : je suis langue
je dis : je cours, je m'enfuis, je reviens, je veux
je dis tout cela et je cours après les morceaux de moi
je les empoigne, exige d'eux qu'ils redeviennent un tout
qu'ils redeviennent ma vie
je dis les choses du plaisir et celles de la douleur
les choses qui font pleurer, sangloter, arrimée aux spasmes
je dis les choses de la peau et du ventre
je dis : j'ai le coeur comme une aurore
je dis : j'ai le corps comme un voyage
je dis : je pense, je pense, je pense
je dis : je ressens, sensitive de l'ombre
je dis : j'ai l'abandon en mémoire
je dis : je prie
Quand, enfin, enfin, Mon Dieu, Mon Dieu, Mon Dieu
serais je celle là qui donne les envies du monde?
Quand serais je, enfin, enfin, à aimer?
Peut on se créer de l'obscurité?
Mon Dieu, Mon Dieu, Mon Dieu....
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Guy DENNING)
mardi 23 décembre 2014
L'amante
Je décline ton nom sur le livre de ma peau
et je te raconte mes histoires, petits mots, petites lettres,
mes histoires du jour, mes contes de la nuit
je deviens l'eau sur ta bouche et, goutte qui roule,
je tatoue les virgules et les points des phrases tues
Je fais de tes murmures, de tes silences, une immensité
douloureuse et chaude
et je me replie dans ma voix qui monte du fonds de mon ventre
je te chantonne et me berce
je deviens le sel sur ta langue et, épine sucrée,
je lance aux vents tous mes désirs
Je fais de tes amours, de tes absences, une voile
à l'horizon déployée
et je me berce, encore et encore, dans les silences du monde
je te pleure pour ne plus t'aimer
je deviens le mot premier, celui qui enfante les matins
j'ouvre mes mains et j'empoigne le ciel
Je fais de tes vies ma broderie infinie
je couds les points sur tes yeux, fils de couleur, fils de nuit
et je me balance dans ma voix qui pleure
petite fille devenue soudain femme
je deviens le mot dernier, celui qui enferme les amants,
je me déploie, je tourne sur moi même et je ferme les yeux
Je fais de tes murs des arabesques posées à mes fenêtres
je te pose sur mes jambes, là où le monde s'ouvre
et je couche ma tête dans la splendeur d'une heure nouvelle
femme devenue soudain petite fille
je deviens les odeurs qui essaiment, celles des fleurs qui osent
je me démultiplie le long des miroirs et j'arpente les chemins
je fais de ton cou mon instant d'éternité
Entends mes mains qui parlent, qui écrivent
elles sont mains de femme, elles sont mains des mondes,
elles sont mains qui portent
elles sont mains amantes, sensuelles, plurielles
Elles sont mains sur mon visage refermées
et tu y dors
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Claire Villeret)
lundi 22 décembre 2014
Amour
J'ai tous les mots de l'amour
les mots du bout du monde
et les mots de la peau
Ceux que l'on effleure avec les lèvres
ceux qui caressent et ceux qui brodent
Je les porte comme des nuits bleues
en mes mains je les berce
et dans les jours de silence je les écris sur les murs
Ils chantent les corps et tous les papiers
les routes oubliées
et les maisons aux volets abandonnés
Je les porte, je les porte, je les porte
je les imprime dans mes yeux
et les dessine sur ma langue amoureuse
J'ai tous les amours des mondes
ceux des terres lointaines et des danses lumineuses
Ils sont murmures de femme
Je me replie sur mon ventre
je m'endors dans mes mots
je façonne les chuchotis de l'aube
Je les offre, je les pose sur les cils de celui qui entend
je lui ouvre le mot et tous les autres mots
je lui dis les paroles qui s'envolent
et les paroles qui brûlent
J'ai tous les mots de l'amour en partage
en offrande
à déposer sur la bouche d'un homme
J'ai tout cet amour immense, tellement immense
tellement immense
et je dis : entends les mots du bout de soi
ceux des intimités
J'ai tous les mots de l'amour en moi
et je les chanterai à celui qui est,
entre mes seins endormi,
à la frontière du jour
J'ai tous les mots des amours animales
des amours douceur
Entends les!
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Graham Dean)
mercredi 10 décembre 2014
Inspirations...
petits pas, petits pas,
je marche le long de la falaise
et je sème mes vies
J'ai en mes mains enfermé les instants d'ailleurs
coquillages qui soufflent leurs odeurs marines
chuchotant à mes oreilles les histoires du fonds de la mer
Dans mes cheveux j'ai tressé les comptines des hommes
je les écoute me sculpter toutes les vies et tous les regards
Je marche sur le fil de ma peau
sur la pointe des pieds je m'invente une danse
je marche au bord de mes cils
et je dessine les horizons passés
j'ai en mon ventre roulé l'amour, aimé l'amour
enfantements perpétuels repliés sur leurs coeurs
murmurant à mon cou les possibles cachés
Dans ma voix et ma langue et mes mots et mes multitudes frissonnantes
j'ai posé l'homme
Je marche, marche encore, petite fille et femme
en tourbillons de mes jambes, empoignée aux volants de ma jupe,
encerclée en bracelets de chevilles
je marche comme on inspire
et j'ouvre les bras, mes jambes, ma bouche, mes lèvres
je les ouvre jusqu'à devenir statue
et je porte mon amour
Je respire le vent salé
et dans les eaux je me lave
Inspirations.....
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Aziz Kacimi el Hasssani)
mardi 9 décembre 2014
Mots en écritures...
Grimper, grimper, comme des mots,
des syllabes, des sons
corps en écriture
yeux liquides
Grimper, grimper, au bout de la langue,
tisser les phrases, les lettres endormies
mains en éventail
coeur tam tam
Grimper, grimper, tout au long des jambes,
dessiner l'arc en ciel
paupières teintées
silences des profondeurs
Grimper, écrire, écrire encore
des poèmes en envolées
notes jetées
papiers de couleurs
Grimper, inscrire, tisser,
tisser encore les voix qui viennent
les voix qui vont, les voix qui chantent
somptuosité de la peau en mots dépliée
Grimper, lettre après lettre, au sommet des arbres
regarder la plaine et les hommes
brûler ses yeux aux mirages bleus
chorégraphie des ailes de papillons en accents effleurés
Grimper, tout en haut, en ma langue soudain vivante
enfermer en mes paumes les souvenirs d'autres notules
les traces menues des sangs qui sont miens
grimper et écrire, écrire jusqu'à l'abîme
Ecrire le tout, écrire le rien, écrire les rires et les larmes,
dormir sur l'épaule de la lune
écrire les mots de la femme
les mots des voiles
les mots dévoilés
Ecrire, comme en magie du commencement
là où les sables ne sont qu'immensités
Ecrire, grimper, sculpter, empoigner, dire, dire encore
dire jusqu'à la déraison des infinités
Dire et écrire
et tourner, tourner, paumes au ciel
en offrandes de mots.
Dire et écrire les mots vivants
Les mots des mondes
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Mahi BINEBINE)
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Mahi BINEBINE)
dimanche 7 décembre 2014
Un battement de coeur perdu...
J'ai le coeur au bord des lèvres
étoffe suspendue aux vents
ceux qui touchent, ceux qui essorent
j'ai le coeur comme une main sur les yeux
en mots déchirés
J'ai la bouche au bord de la fenêtre
et j'inspire, j'inspire
toutes les odeurs et tous les rires
j'empoigne les couleurs de mes respirations
et je les émiette à la lueur des mes intérieurs
J'ai la peau en voyages éternels
et je la touche, je la griffe, je la caresse
tous les gestes et tous les ailleurs
le plaisir tapi au fonds de mon ventre
crépuscules des corps
J'ai les mains en ailes envolées
orphelines de toutes les lumières
et je lance mes mains à la face des statues
je sculpte leurs flancs
pour retrouver mon sens
J'ai mes mots du sombre, mots de l'obscurité
et j'écris, j'écris sur tous les tableaux
j'écris mes douleurs
j'avale l'amer
j'écris comme on a peur
J'ai le coeur au bord des lèvres,
en ma vie, acrobate des lendemains
il saute et saute encore
jusqu'au Pierrot qui regarde la lune
je le pose en mon cou
tatouages infinis
j'ai le coeur ainsi fait
qu'il est immense, étoiles,
j'ai le coeur douloureux
coeur de tous les espaces et de tous les voyages
j'ai le coeur qui implose
le coeur qui saute un battement
et dans ce battement perdu, il y a tous mes abîmes
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Patrick SINGH)
vendredi 5 décembre 2014
Mémoire...
J'ai la mémoire des mondes
la mémoire des matins de lumière
la mémoire des promenades
au bout des chemins, traces sur le ciel imprimées
J'ai la mémoire du corps
la mémoire des mains
la mémoire des gestes
animaux familiers, brodés au bout de la peau
J'ai la mémoire des odeurs
la mémoire des musiques
la mémoire des lèvres
j'ai la mémoire des petites choses
et des grandes choses
de toutes les histoires, celle des contes
et celle des toujours, des serments, des amours
J'arpente mes lieux de mémoire
exilée à moi même
je dessine les murs de souffrance
effleurant les fleurs de nuit
J'arpente mes lieux de mémoire
Immenses déserts, oueds, oasis, ergs, sillons, montagnes
J'arpente et je fredonne ce qui n'a pas été
je chante les notes de l'abîme
j'ai la mémoire des mots
J'ai la mémoire en éclats lumineux
yeux fermés, repliés sur les cils endormis
mémoire du plaisir, mémoire des usures
je tisse ma mémoire à l'immensité des rêves
j'arpente, j'arpente, je marche dans ma mémoire
et je prends la main du ciel
je m'allonge à la porte des hommes
je leur dis mes mots de mémoire
je leur dis "entendez donc le chant de mes mondes;
entendez la femme qui pleure, ouvrez vos bouches au vent du large;
entendez la femme sans traces; ouvrez vos portes"
J'arpente mes lieux de mémoire
Une petite fille m'y attend, atome tournoyé,
Elle me dit, cette petite fille estompée :
" Te voici enfin, toi la femme que je serai."
J'arpente mes lieux de mémoire et je me donne une vie
je pose mes mains sur les yeux de l'enfant qui parle
et lui murmure : " pardon".
Mariem mint DERWICH
(Artiste : David WALKER)
lundi 1 décembre 2014
Parce que l'amour d'un homme.....
Je danse
je danse parce que l'amour d'un homme
est musique
est rondes
est espaces et nuits et jours
Je danse les heures, les minutes, les secondes
celles qui enfantent le plaisir
et celles qui jouent
Je danse, en notes, en harmoniques
et je touche du bout des lèvres
les mots de l'amour
les mots de l'amant
les mots du corps
et les mots de pluie
Je danse dans les regards aux nuages offerts
oiseau de feu
à l'orée de sa vie, posée en tapis couleurs
Je danse parce que l'amour d'un homme
est chansons de gestes
palabres de l'ombre
je danse les murs, les horizons, les miroirs
et les chants de l'intérieur
Je danse, je danse
danse infinie, comme une prière de l'aurore
brodée dans ses mots
tissée dans sa mémoire
et toutes les mémoires
à la porte des caravanes je danse et je dis
je dis mes danses de l'amour de cet homme
Je danse pour lui, dans la moiteur des pages de nos vies
Je pose mon front et mes yeux et ma langue et tout ce qui est devant
et tout ce qui est derrière
et tout ce qui viendra dans les vents des lendemains
je pose mon corps aux frontières de son amour
Je danse, je ferme les yeux
Je danse l'amour de cet homme
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Helen Abbas)
vendredi 21 novembre 2014
A la bordure de nos paupières....
à l'abri des vents
endormie dans le soleil du soir
une cour
où nous serions
à la bordure de nos paupières
nous dessinerions les mondes
les secrets des abeilles
et l'odeur du miel
tu poserais ta tête sur l'oreiller
et laisserais tes yeux monter vers le ciel
tu embrasserais ce moment de paix
quiétude
aux rives de nous
il y aurait l'odeur du thé
la couleur de l'encens
et les parfums des fleurs de nuit
Il est un jardin, une cour
derrière des murs
alanguie et amante
une cour
où nous serions
nous écouterions les silences
les silences et tous les mots
les mots des crépuscules
les silences du coeur
aux bordures de nous
il y aurait le chant des oiseaux
le murmure du vent dans les palmes
le bruissement du sable à la porte allongé
Il est un jardin, une cour
où nous serions endormis
dans la torpeur paresseuse
des gestes d'amour
une cour magique, une cour ronde
et savourer, goûter sur la langue
l'instant présent
où nous serions....
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Auguste Rodin)
mardi 18 novembre 2014
Solitude...
Il y a tous ces mots qui jamais plus ne t'atteindront
petits cailloux sur les pavés
couleurs de pluies
et derrière les fenêtres j'entends mon coeur battre
tambourin dans ma poitrine
à l'unisson de la peine des choses enfuies
il y a tous ces gestes qui ne seront plus lumières
petits mots des sens sur les murs
odeurs oubliées
derrière la porte de ton regard j'entends ma voix murmurer
notes amères et douces
en pierres lancées
il y a tous les matins partis au bout des horizons
ceux que tu ne verras plus
fantômes des ailleurs qui furent
et derrière mes paupières, tu dors encore mais tu n'es plus
vents et sables ont gommé les contours
je chantonne ma peine en berçant les regrets
il y a mes yeux qui épèlent tes syllabes
perles après perles enfouies dans l'abîme
tes syllabes qui furent
et derrière mes mains sur mes yeux posées
il y a les coeurs abandonnés aux ports
aux rivages des rires
oiseaux morts
de ceux qui ont tué l'élan et l'amour et la folie
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Lionel SMIT)
dimanche 16 novembre 2014
Exils
J'ai tous les exils dans mon exil
toutes les fractures, toutes les peines
tous les chants de ma mère
et les ailleurs de mes pères
J'ai tous les exils tricotés en écharpes
toutes les larmes
tous les ports
tous les départs
et le sang comme nom
J'ai tous les exils dans mon exil
tous les mondes et tous les hommes
toutes les prières de la nuit
et les couleurs du désespoir
j'ai tous les exils, ceux de l'âme et ceux du corps
tous les draps, les visages dans l'oreiller
toutes les noirceurs
tous les adieux
et ma peau comme une étrangère
j'ai tous les exils, de l'Espagne à l'Afrique
tous les sables et tous les minarets
les clochers des églises
et les places de villages
J'ai tous les exils, vols de nuit
soleils noirs
tous les trains en partance de moi
tous les regards portés
et la douleur comme une robe
J'ai tous les exils dans mon exil
je pose ma tête sur la poitrine de l'enfant
et j'écoute ma vie chantonner les brisures
je compte mes veines
je tatoue ma mémoire
et je dis aux nuages
Sauvez moi
regardez moi
vivez moi
aimez moi
donnez moi un lieu, une place, un nom, une identité
Je vous donne mes exils
donnez moi une vie
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Giovani Zanolino)
samedi 15 novembre 2014
Cocon....
mémoires de ma peau
dentelles des mots
couleurs des soleils, des lunes, des étoiles
et la voix de Fairuz comme un parchemin
J'écris sur mes yeux
tes noms multiples
en notes soyeuses
couleurs des sables, des amours, des pensées
et la voix de Fairuz comme effleurée
J'écris sur mes pages
mes histoires merveilleuses
enfant, petite fille éblouie
couleurs de tes silences, des abîmes, des plongeons
et la voix de Fairuz comme un baiser
J'écris nos histoires
en contes arc en ciel
pour raconter, raconter l'homme et la femme
couleurs des désirs, des vents, des perles
et la voix de Fairuz comme une danse
J'écris tout cela, en mots de feu
pour inscrire le temps dans l'infini
et dérouler la lenteur de l'amour
couleurs des aveux, des chuchotis, des prières
et la voix de Fairuz sur nos peaux déposée
J'écris la vie
malgré tout, malgré eux, malgré nous
pour dire aux étoiles l'odeur de mes cheveux
couleurs de tes mains, de tes yeux, des ailleurs
et la voix de Fairuz en cette chambre tourbillonnée
Je t'écris mes mots
mots de lune et mots en notes
mots vivants et mots morts
couleurs de demain
et la voix de Fairuz en colliers lumineux....
Mariem mint DERWICH
(Artiste David Larson Evans)
jeudi 13 novembre 2014
Péché gourmand....
bonbons
douceurs
sucrées
acidulées
Péché gourmand qu'est l'amour
d'un homme
Péché mignon
sur ma langue roulé
goûté
Ecouter les odeurs de tes mots
chantonner les nuages
caresser les vents
péché véniel que ton souffle
en mon souffle aspiré
Péché frissons qu'est l'amour
en tes mains endormi
Péché liquide
sur ma peau offerte
regards
Suivre tes mots amants
du bout de mes doigts tatoués
dire et dire encore
jusqu'à la fin de la parole
la musique de ta bouche
Péché mouillé qu'est l'amour
et tes yeux en mes yeux noyés
Péché de gourmandise
en offrande au monde
Et ta bouche en mon cou enfouie
Odeurs de sucre
caramel blond
cocon de plénitude
Renaître femme
à l'infini
de la douceur de tes bras
Fermer les volets sur nous
poser ma tête sur ton épaule
clore ta main sur mes lèvres
Dormir en ma gourmandise amoureuse....
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Graham DEAN)
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Graham DEAN)
lundi 20 octobre 2014
Un jour je serai danseuse...de Mona
Comme un écho de douceur, à mon " quand je serai grande...", les rêves de Mona....Elle du Nord et Elle du Sud, Elles des mondes.....
http://monazarts.blogspot.fr/2014/10/un-jour-je-serai-danseuse.html
http://monazarts.blogspot.fr/2014/10/un-jour-je-serai-danseuse.html
vendredi 17 octobre 2014
Laideurs....
Je suis la nuit
la laideur, la laideur des choses
la laideur de ce qui aurait pu être et qui ne sera qu'obscurité
Je suis corps, ce corps qui saigne
ce corps en larmes
corps tortures, blessures
Je suis éparpillée, miroirs cassés,
mendiante, les mains ployées,
la honte aux joues
Je suis colères et abandons
Je suis sang, je suis laide,
je suis viscères
nerfs et peau
tendons
Je suis colères et silences
Je porte les enfers, en griffes aiguisées,
je suis les flammes
je suis consumée
je suis punie
Je suis colères et coups
Je suis expiations
tape
cogne
jouis
Je suis colères et esclave
Je suis mort, non désir, non amour,
je suis regards vides
Je suis laide, piégée
corps prison, corps souffrances
corps moqué
Je suis mes nuits et vos nuits
j'explose pour que vous vous sentiez mieux
Je suis la femme qui pleure
Je suis votre miroir
Mourir....
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Guy DENNING)
mardi 14 octobre 2014
Chant du monde....
Je veux les bruits des mondes
tous les bruits
les fureurs
les tempêtes
les rochers brisés
Je veux les couleurs
les arcs en ciel
les éclats des pierres
les fleuves
les eaux profondes
Je veux les rires
tous les rires
les rires à en mourir
les rires des hommes
les rires des fleurs
Je veux l'herbe
la douceur
la glaise
le sable
les lits de feuilles
Je veux les arbres
ceux qui voient
ceux qui parlent
les arbres de vie
les arbres dressés
Je veux les yeux
les bouches
les caresses
les baisers dans le cou
et la tendresse
je veux tout
et plus encore
Je veux les vents
les vents des larges lointains
les vents dans les nuages
les vents qui piquent
les vents de midi
je veux tout
et plus encore
Je veux les vies
à perpétuité
striée
par les chants de l'univers
à perpétuité bouillonnante
Je veux la graine
et l'éternité des nuits
les jours de faim
et les jours de soif
Je veux vivre
en morceaux respirations
à jamais envolée
Courir
pieds nus
cheveux dénoués
dans le commencement de tout....
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Safwan DAHOUL)
lundi 13 octobre 2014
Et...
M'égrener en chapelets
en prières
en mots des aubes du ciel
me rouler
en mes paumes
en arrondis
en notes chuchotées
Du bout des doigts
effleurer les yeux
souffler sur la bouche
mouiller la peau
dessiner des mantras
et
yeux fermés
respirer tous les vents
Boire les secrets, les abysses
les profondeurs
d'où la parole naît
et
renaître en laves
en textes, en hymnes lumineux
Me humer en odeurs moiteurs
sculpter le monde
en nuits infinies
nager
en mon corps puzzle
en rondeurs laiteuses
en contes murmurés
et
en ton cou psalmodier
les gestes de l'amour
les gestes des désirs
te raconter ce qui fut
ce qui est
traits, ronds, points, virgules, accents
la trame des doigts en partition de nous
lignes de vie
lignes de mort
et
sur ta peau m'enrouler
dormir en ton oreille
tendre les bras aux battements de ton coeur
et
te dire, te dire, te dire
jusqu'à la déraison des choses
te dire les crépuscules des hommes
les chants des griots
les oiseaux de l'aube
les vagues des dunes
les villes endormies
les noms des amants
et les noms de ma peau
M'égrener en toi
et
ouvrir les yeux
Mariem mint DERWICH
dimanche 12 octobre 2014
Quand je serai grande...
Quand je serai grande, je serai lumière, présence et absence,
pleins et vides, mots,
eux et moi,
immensités et espoirs,
chaleurs et glaces.
je serai celle là et plus encore.
je serai celle qui, celle pour qui.
Je serai joliesses, source, eau.
je serai cette femme...
Quand je serai grande, je ne serai que regard, silences,
mots tus, écriture de la peau,
chemins, arbre, étoile...
Quand je serai grande je serai à nouveau enfant.
Quand je serai grande je serai bras et souffles, amour,
aime moi,
je t'aime,
lumière, lumière, lumière...
Quand je serai grande, je recommencerai.
Quand je serai grande j'écrirai sur les nuages,
je leur dirai les rêves d'enfant.
Quand je serai grande je marcherai au fond de la mer,
les cheveux dans les algues, le corps en osmose.
Quand je serai grande je serai les mots de toutes les vies et les noms des fantômes.
Quand je serai grande je mettrai le monde dans mes poings,
les couleurs dans mes poches et je marcherai,
marcherai jusqu'à l'arc en ciel.
Quand je serai grande, j'ouvrirai les yeux.
Et je recommencerai...
Quand je serai grande j'écrirai,
je serai femme en écriture.
Je serai mots, tous les mots, même les mots aveugles,
les mots rage, les mots doux.
Quand je serai grande je serai calame, papier, lit,
rideaux, volets, nuages, couleurs.
Je serai encre et murs.
Quand je serai grande je peindrai les pierres, les grottes,
je serai chasseuse.
Quand je serai grande, je serai petite fille, en retours, en départs.
Quand je serai grande, je recommencerai.
Et je réinventerai les aurores,
chanterai les vents du soir,
je sculpterai l'argile,
je parlerai aux anges.
Quand je serai grande
je mettrai au monde les hommes enfants.
Quand je serai grande, je me donnerai un nom.
Et je recommencerai...
Mariem mint DERWICH
(Artiste : Nancy ALMAZAN)
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